Barbara Butch a choisi la voie judiciaire après les événements du samedi 18 juillet 2026 à Grenoble. Son avocate, Audrey Msellati, a annoncé le dépôt de plusieurs plaintes pour « provocation à la haine et à la violence », visant notamment La France insoumise, certains élus et représentants locaux, Omerta et Alain Soral. Une précision s’impose : être visé par une plainte ne signifie pas être reconnu coupable, ni même déjà renvoyé devant un tribunal.
Le concert avait été arrêté au bout d’une vingtaine de minutes après l’arrivée d’environ cent militants pro-palestiniens et insoumis. Leur cible était le soutien affiché par la DJ à la proposition de loi Yadan, retirée depuis par le gouvernement. Les opposants à ce texte estimaient qu’il risquait de limiter la critique de la politique israélienne et de la guerre menée dans la bande de Gaza.
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Contester Barbara Butch reste un droit
En France, le droit de manifester est protégé. On peut donc désapprouver les positions de Barbara Butch, appeler au boycott de son concert et exprimer publiquement cette opposition. Manuel Bompard l’a d’ailleurs rappelé en disant comprendre qu’une position politique puisse provoquer une protestation, à condition qu’elle soit pacifique. Il a également condamné les insultes, « s’il y en a eu ».
Reste le désaccord sur ce qui s’est réellement passé à Grenoble. La municipalité évoque des menaces, des jets de bouteilles et un sabotage électrique. Dans son communiqué officiel, la ville explique avoir suspendu le spectacle afin de garantir la sécurité du public et des équipes. Les images diffusées montrent surtout des huées, des sifflets, des drapeaux palestiniens et des gestes hostiles. La version municipale n’est pas un jugement, mais affirmer avec certitude qu’aucune violence n’a eu lieu serait tout aussi imprudent.
Le Code pénal distingue d’ailleurs la protestation de l’entrave. L’article 431-1 sanctionne l’entrave concertée à la liberté de création artistique lorsqu’elle s’accompagne de menaces, de violences ou de dégradations. C’est précisément ce que l’enquête devra établir. La nuance fait moins de bruit qu’un slogan, mais elle reste utile.
Alain Soral cité, les faits précis restent à connaître
Le nom d’Alain Soral figure dans la liste communiquée par l’avocate de celle qui se définit comme une grosse juive lesbienne et fière de l’être, Barbara Butch. En revanche, les déclarations rendues publiques ne détaillent pas encore les propos, publications ou actes qui lui sont personnellement reprochés. Le motif général annoncé est la provocation à la haine et à la violence, mais la répartition exacte des griefs entre LFI, ses représentants, Omerta et Alain Soral n’a pas été exposée.
Autrement dit, le communiqué distribue les noms avant de montrer les pièces. La justice pourra ensuite déterminer si les éléments produits correspondent réellement aux infractions invoquées. En attendant, présenter LFI ou Alain Soral comme déjà condamnés reviendrait à sauter quelques étapes, ce qui est pratique pour un bandeau télévisé, moins pour informer correctement.
Dieudonné interdit de scène le même week-end
Le contraste devient plus net lorsqu’on regarde ce qui arrive à Dieudonné. Une représentation prévue le dimanche 19 juillet 2026 dans la région toulousaine a été interdite par le préfet de Haute-Garonne, qui invoquait un risque de troubles graves à l’ordre public et les nombreuses condamnations de l’humoriste. Pas besoin d’attendre qu’un incident se produise : dans son cas, l’arrêté administratif arrive avant le lever de rideau.
Le traitement politique reste saisissant. Pour Barbara Butch, les autorités promettent protection, soutien et maintien des prochaines dates. Pour Dieudonné, l’administration empêche la représentation avant qu’elle commence, avec les forces de l’ordre chargées de faire appliquer les interdictions lorsqu’il tente malgré tout de jouer. L’une bénéficie de la présomption de sécurité, l’autre de la présomption de désordre.
Dieudonné affirme par ailleurs avoir vu un spectacle privé interrompu près de Valenciennes et dénonce depuis plusieurs mois une série d’arrêtés préfectoraux. Son récit et ses arguments ont été détaillés dans un entretien consacré à ses interdictions de spectacle. Chacun peut juger son humour, ses propos et son parcours. Le sujet est plus simple : un principe ne devrait pas changer de définition selon le nom inscrit sur l’affiche.
On se demande où sont passés Alain Chabat, Géraldine Nakache, Vincent Elbaz et les 300 autres artistes qui ont signé une pétition en soutien à la DJ Barbara Butch. Pourquoi ne signent-ils pas un texte similaire pour Dieudonné ? Est-ce parce que l’une est pro-israélienne et l’autre pro-palestinien ? Est-ce parce que Barbara Butch bénéficie d’un large soutien médiatique et gouvernemental, tandis que Dieudonné est systématiquement attaqué par les médias et les pouvoirs publics ?
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