Avec cette question d’une urgence absolue – « Le vin est-il d’extrême droite ? » – le quotidien subventionné poursuit son grand travail de classification idéologique du quotidien. Après les barbecues, les fêtes de village, la voiture, la maison individuelle et le drapeau français, voici donc le raisin fermenté convoqué devant le tribunal du progrès.
L’avantage quand tu vis grâce aux subventions de l’état et pas grâce à un lectorat (désormais quasi inexistant), c’est que tu peux te permettre toutes les débilités, du moment que ton mécène est content.
Bravo @libe .
Vous êtes de plus en plus intelligents… pic.twitter.com/rnL0qsvCTx— AuBonTouiteFrançais 🍾🍾🍾 (@VictorSinclair3) July 23, 2026
Le vignoble français placé sous surveillance
Le raisonnement tient dans un verre à digestif : le Rassemblement national parle aux viticulteurs, certaines régions productrices votent à droite et le vin reste associé au terroir, à la transmission et aux traditions. Autant d’indices accablants pour une rédaction capable de repérer une dérive fasciste entre deux rangées de cabernet-sauvignon.
La question politique autour du vin n’est pourtant pas nouvelle. Dès 2017, la Cité du vin de Bordeaux organisait un débat demandant si le vigneron était conservateur ou progressiste et si le vin pouvait être nationaliste. La différence est qu’à l’époque, personne ne semblait craindre qu’un côtes-du-rhône organise une ratonnade en sortant du cellier.
Chez Libé, le suspect idéal est connu : il travaille de ses mains, possède parfois quelques hectares hérités de ses parents, parle de transmission et souhaite vivre de sa production. Bref, un profil suffisamment inquiétant pour mériter une fiche S – S comme sauvignon.
Un passé éditorial qui vieillit beaucoup moins bien que le vin
Cette soudaine vigilance morale prête d’autant plus à sourire que Libération possède quelques bouteilles particulièrement bouchonnées dans ses archives. Durant les années 1970, le journal a ouvert ses colonnes à des textes défendant la prétendue « liberté sexuelle » des enfants et contestant la répression des relations entre adultes et mineurs.
Cette période n’est pas une invention de ses détracteurs. Une étude historique publiée par la revue Genre, sexualité & société détaille la place occupée par ces discours dans les mouvements politiques de l’après-Mai 68. Le Monde a également rappelé que Libération servit notamment de boîte aux lettres au Front de libération des pédophiles.
En 1977, le quotidien publiait des textes contestant l’incarcération d’adultes poursuivis dans une affaire impliquant des mineurs de 13 et 14 ans. En 1979, ses pages accueillirent encore un plaidoyer en faveur d’un homme accusé de relations sexuelles avec des fillettes. Le Média en 4-4-2 est revenu sur cette histoire éditoriale, documents et citations d’époque à l’appui.
Quarante-cinq ans plus tard, le journal paraît beaucoup plus ferme lorsqu’il s’agit de surveiller la sexualité politique d’un verre de beaujolais.
Attention au rouge qui vire au brun
Les amateurs devront désormais procéder à quelques vérifications avant de trinquer. Le domaine emploie-t-il le mot « tradition » sur son étiquette ? Le vigneron possède-t-il un drapeau français ? A-t-il déjà prononcé « nos terroirs » sans présenter immédiatement ses excuses ? Dans le doute, mieux vaut vider la bouteille dans l’évier et commander un kombucha inclusif livré à vélo depuis Paris.
Le vin rouge reste toutefois autorisé, à condition qu’il soit du bon rouge : urbain, subventionné, déconstruit et servi dans une cantine culturelle où personne ne connaît le prénom de l’agriculteur qui l’a produit.
Santé, camarades. Et n’oubliez pas de vérifier les opinions politiques du bouchon.
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