Quarante ans de dons, puis le robinet fermé
Dans un communiqué publié le 15 juillet 2026, la Fondation Ben & Jerry’s explique que la décision de couper ses ressources remonte à avril 2025. Elle a ensuite reçu l’ordre de libérer ses locaux de South Burlington le 15 juillet 2026. Sans financement ni bureaux, elle affirme ne plus pouvoir poursuivre ses activités au-delà de l’année.
Créée en 1985, la structure finance des organisations locales actives dans la justice raciale, les droits des travailleurs, l’environnement et les libertés publiques. Rien qu’au Vermont, environ 600 000 dollars de subventions annuelles sont menacés, selon l’Associated Press. Liz Bankowski, présidente du conseil de la Fondation, résume : « Magnum nous oblige à fermer au moment où ce travail est le plus urgent. »
UNILEVER VEUT RÉDUIRE AU SILENCE LES CRÉATEURS DES GLACES BEN & JERRY’S
La fondation Ben & Jerry’s cessera ses activités de vendeur de glaces à la fin de l’année, après que sa maison mère, UNILEVER, a interrompu le financement annuel et licencié le personnel.
Ben Cohen,… pic.twitter.com/xbvqlx02Jl
— CAPJPO – EuroPalestine (@Europalestine1) July 22, 2026
Magnum veut bien d’une fondation, mais sous surveillance
Magnum conteste cette version. Le groupe dit qu’un audit a relevé des conflits d’intérêts ainsi que des faiblesses dans les contrôles financiers et la gouvernance. Il assure vouloir continuer à financer une fondation distributrice de dons, mais avec des « contrôles de gouvernance appropriés ». La charité reste donc au menu, à condition que le propriétaire la gère à sa guise.
La Fondation répond que ses comptes sont examinés chaque année par un auditeur indépendant et qu’aucun contrôle antérieur n’a constaté de détournement ou de mauvaise gestion. Sur sa page consacrée à son indépendance menacée, elle présente l’audit invoqué par Magnum comme un moyen de reprendre la main sur sa direction et ses choix.
La Palestine n’est pas un détail du dossier
Le conflit ne naît pas dans un désert politique. En 2021, la marque annonçait l’arrêt de ses ventes dans les territoires palestiniens occupés, jugeant sa présence incompatible avec ses valeurs. Elle précisait rester présente en Israël, mais refusait de vendre dans les colonies.
En 2024, le conseil indépendant de Ben & Jerry’s a poursuivi Unilever devant un tribunal fédéral, l’accusant d’avoir bloqué plusieurs textes : appel à un cessez-le-feu, soutien au passage sécurisé des réfugiés palestiniens, défense des étudiants mobilisés et demande d’arrêt de nouvelles livraisons d’armes américaines à Israël. En 2025, ce même conseil a qualifié l’offensive à Gaza de « génocide ». À force, la glace engagée avait pris un goût que les directions financières trouvent rarement rentable.
Le procès dira si l’indépendance existait vraiment
Lors du rachat par Unilever en 2000, un montage particulier devait protéger la mission sociale de Ben & Jerry’s grâce à un conseil indépendant. La Fondation a rejoint la procédure fédérale à New York pour faire respecter ces engagements face à Magnum, devenue propriétaire après la séparation des activités glaces d’Unilever. Unilever ne possède plus que 20 % des parts de Magnum.
Ben Cohen, cofondateur de la marque, accuse désormais Magnum de « détruire les valeurs sociales de Ben & Jerry’s ». La direction promet, elle, une philanthropie mieux encadrée. L’image est simple : le logo gardera ses couleurs, les pots continueront de tourner et la solidarité sera priée de ne plus tacher l’emballage.
La Fondation ne fermera pas forcément le 31 décembre : une décision judiciaire favorable peut encore la sauver. Mais si elle disparaît, les associations perdront des financements réels, tandis que Magnum conservera l’accessoire le plus rentable de l’engagement social : son marketing.
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