Incendies en Gironde : 19 000 hectares brûlés, 110 000 évacués, une catastrophe historique après neuf ans de promesses sur les Canadair

Plus de 19 000 hectares parcourus par les flammes, au moins 110 000 personnes évacuées en Gironde et un incendie qui s’approche de la métropole bordelaise. Alors que la saison 2026 bat déjà des records, la France demande des renforts européens. Les nouveaux Canadair promis par Emmanuel Macron en 2022, eux, ne sont toujours pas arrivés.

mise à jour le 25/07/26

Après deux mandats, le pouvoir découvre encore qu’un incendie se combat mieux avec des avions disponibles.

Cette fois, dire que la France brûle n’a rien d’une métaphore. En Gironde, le dernier bilan consolidé fait état de plus de 19 000 hectares ravagés et de 110 000 personnes évacuées. Quelques heures plus tard, le président de la Défense des forêts contre l’incendie évoquait même une superficie supérieure à 30 000 hectares, une estimation qui doit encore être consolidée. Les chiffres sont déjà dépassés au moment où ils sont prononcés.

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Le feu parti de Saumos a contraint les autorités à vider la presqu’île du Cap-Ferret avant de progresser vers l’est. Saint-Médard-en-Jalles, Saint-Jean-d’Illac, Martignas-sur-Jalle et Saint-Aubin-de-Médoc ont reçu des ordres d’évacuation préventive. Les fumées ont atteint Bordeaux, où une alerte à la pollution a été déclenchée. Dans les Landes voisines, plus de 30 000 personnes ont également quitté leur logement. Au total, plus de 140 000 habitants et vacanciers ont été évacués dans le Sud-Ouest.


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Un record humain, bien au-delà des incendies de 2022

La Gironde avait déjà vécu l’enfer durant l’été 2022. Plus de 30 000 hectares avaient alors brûlé dans le département et 36 750 personnes avaient été évacuées. En 2026, le nombre de personnes déplacées est déjà près de trois fois supérieur. Par l’ampleur des évacuations, la proximité d’une grande métropole et la multiplication simultanée des foyers, la catastrophe actuelle atteint un niveau jamais observé en France.

Depuis janvier, plus de 50 000 hectares ont brûlé sur le territoire national, soit environ cinq fois la moyenne habituelle à cette période de l’année. Les pompiers font également face à des incendies dans le Var, les Hautes-Alpes et la Haute-Corse. En Gironde, les soldats du feu parlent d’une situation « dantesque ». Dans les Landes, le terme « apocalyptique » a été employé pour décrire un front qui a détruit plus d’une centaine de bâtiments.

La chaleur, le vent, la sécheresse et la quantité de végétation apparue après un hiver très humide ont favorisé la propagation. Ces conditions expliquent la violence des flammes. Elles n’expliquent pas pourquoi un pays régulièrement frappé par de tels incendies dépend encore de renforts improvisés et d’appareils étrangers.

La France appelle l’Europe pendant que ses Canadair vieillissent

Emmanuel Macron a demandé un « renfort maximal » aux armées. Mille militaires doivent épauler les pompiers, tandis que le mécanisme européen de protection civile a été activé. Des Canadair croates, des avions portugais ainsi que des hélicoptères tchèques et slovaques sont attendus. La solidarité européenne est nécessaire face à une telle catastrophe. Mais cet appel à l’aide montre aussi que les moyens nationaux ne suffisent plus lorsque plusieurs grands feux éclatent en même temps.

La France dispose toujours d’une flotte de douze Canadair âgés d’environ trente ans. Leur maintenance devient plus longue et les pièces détachées plus difficiles à trouver. Durant l’été 2024, plusieurs journées se sont déroulées sans qu’aucun de ces appareils soit disponible. Les pompiers peuvent être nombreux et courageux au sol : sans avions immédiatement opérationnels pour frapper un départ de feu, les premières heures perdues deviennent parfois impossibles à rattraper.



La promesse de Macron repoussée de 2027 à 2032

Après les incendies de 2022, Emmanuel Macron avait été catégorique : « Nous allons investir massivement pour que d’ici la fin du quinquennat ces douze soient remplacés et que leur nombre soit porté jusqu’à 16 ». La fin du quinquennat, c’est 2027. L’objectif officiel est désormais d’atteindre seize appareils en 2032.

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Le gouvernement a bien signé en juin 2026 la commande de deux nouveaux Canadair, pour près de 200 millions d’euros, auxquels doivent s’ajouter deux avions cofinancés avec l’Union européenne. Mais le nouveau calendrier publié par la Sécurité civile confirme que la flotte de seize appareils ne sera pas constituée avant plusieurs années.

Après deux mandats et neuf années passées à l’Élysée, les Canadair promis ne sont donc toujours pas sur le tarmac. La commande finit par arriver lorsque les incendies sont déjà devenus plus précoces, plus longs et plus violents. Entre l’annonce présidentielle de 2022 et l’échéance de 2032, une décennie entière aura été perdue.

Les 52,7 millions retirés sous Gabriel Attal

En février 2024, alors que Gabriel Attal occupait Matignon, un décret d’annulation de crédits signé par le Premier ministre a supprimé exactement 52 766 476 euros du programme 161 consacré à la Sécurité civile. Ce retrait s’inscrivait dans une coupe générale de dix milliards d’euros décidée par le gouvernement.

Des documents parlementaires et les explications fournies par la Direction générale de la Sécurité civile ont ensuite confirmé que cette baisse avait participé à l’abandon, à ce stade, de l’achat de deux appareils supplémentaires. Accusé d’avoir diminué les moyens consacrés aux avions bombardiers d’eau, Gabriel Attal a répondu que cette affirmation était « n’importe quoi ». Le décret, lui, est toujours consultable au Journal officiel.



Les pompiers tenus à bout de bras, comme l’hôpital public

La comparaison avec l’hôpital public s’impose. Dans les deux cas, des agents épuisés compensent les failles du système. On ferme des lits, puis on déclenche un plan blanc. On laisse vieillir les avions, puis on appelle les armées et les pays voisins. On réduit les budgets avant de présenter les renforts d’urgence comme la preuve d’une mobilisation exceptionnelle.

Les pompiers ne manquent ni de courage ni de savoir-faire. Ce qui manque, ce sont des effectifs disponibles, des véhicules entretenus, des avions récents, une maintenance solide et une véritable politique de prévention. La lutte commence bien avant l’apparition des flammes : entretien des forêts, débroussaillage, surveillance, soutien aux services départementaux d’incendie et de secours et présence suffisante des agents forestiers.



Une catastrophe naturelle aggravée par des choix politiques

Un gouvernement ne commande ni le vent ni la température. Il décide en revanche des budgets, des commandes d’avions, des effectifs et du niveau de préparation du pays. Les conditions météorologiques transforment les forêts en poudrières ; le manque d’anticipation laisse les secours affronter l’explosion avec une flotte vieillissante et des renforts obtenus dans l’urgence.

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En Gironde, des dizaines de milliers de personnes ont abandonné leur maison avec quelques affaires, sans savoir ce qu’elles retrouveront. Des pompiers combattent des murs de flammes pendant que les bilans changent d’heure en heure. Après les incendies de 2022, les avertissements étaient pourtant clairs. Quatre ans plus tard, la France brûle encore et les avions promis attendent toujours.

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