Talents de nos régions – Rose de La Haye, artiste défenseur des nuisibles

Art, Interviews

mise à jour le 28/10/21

Talents de nos régions c’est quoi ?

Amateur de la beauté du monde, j’en avais résolument marre des immondices que nous balançaient les médias à longueur de journée. A force de regarder le monde à travers leur prisme, on se persuade que le monde d’après est bien laid. J’ai donc décidé de partir à la rencontre de ceux qui portent une bonne solution face aux problèmes de notre société. Mon premier voyage m’amène en Belgique. Attachez vos ceintures, on va faire ça en 4-4-2 : rapide et efficace.

Rose de La Haye, artiste engagée, défend les nuisibles dans la rue, les renards et les autres. Son message plaît aux citadins.


Le Média en 4-4-2 : Bonjour Rose et merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?  Quel est votre parcours ? Que faites-vous aujourd’hui ?

Rose : Je me décris comme une artiste belge engagée autodidacte. J’ai pendant très longtemps été un peintre d’atelier. Il y a cinq ans je me suis dirigée vers le street art et je m’y suis entièrement consacrée. Je peins aux pinceaux à l’atelier comme dans la rue. Mon art est engagé depuis environ onze ans.

Le Média en 4-4-2 : Effectivement on voit surtout du street-art sur votre Instagram : des renards sur des armoires électriques. Pourquoi ce choix?

Rose : Mon street art est dédiée à la défense de tous les nuisibles, de tous les individus qui se sentent exclus. Le renard en est le messager, car celui-ci est présent depuis plusieurs années sur le territoire bruxellois : le seul endroit de Belgique où il est protégé. J’utilise principalement des armoires électriques comme support. Elles conviennent bien pour les mettre en scène dans une situation réaliste. Les renards sont à chaque fois dans une position différente mais c’est toujours le même slogan « Je ne suis pas un nuisible ». C’est devenu ma signature. A ce jour j’ai décoré plus de 90 armoires électriques en collaboration avec certaines communes et la société des armoires électriques. J’utilise également d’autres supports comme des cartons trouvés dans la rue…

Atelier de Rose – renard

Le Média en 4-4-2 : Vous parlez de collaboration, pourriez-vous en dire un peu plus à ce sujet ? Comment est-ce arrivé ? Est-ce que vous peignez toujours légalement ?

Rose : J’ai commencé il y a environ cinq ans en répondant à un appel à projet d’une commune bruxelloise. Ensuite un magazine et un média local ont mis en avant mon travail. Depuis lors, les communes, les centres culturels, les bibliothèques, les écoles et les particuliers me contactent. En ce qui me concerne c’est donc un street art en majorité légal. Cela me permet de peindre à mon aise, sans avoir à me cacher. Ça m’évite également d’être verbalisée. Pas mal d’artistes fonctionnent en collaboration. Ça nous permet également d’être rémunérés ! Les artistes qui peignent illégalement recherchent le défi, le risque. On n’a pas le même objectif.

« Je veux que ma peinture soit le reflet de mon âme »

Le Média en 4-4-2 : Pensez-vous que l’art doit transmettre un message ? Doit-il être engagé ?

Rose : C’est le sens que j’ai donné à ma peinture depuis environ onze ans. Je veux qu’elle fasse passer un message de conscientisation, qu’elle soit le reflet de mon âme.

Le Média en 4-4-2 : Est-ce que le street art peut se réapproprier l’espace public ?

Rose : Oui, le street art permet de se réapproprier l’espace public. Je me rends compte que beaucoup de gens connaissent mes renards : ils sont remarqués et le message passe très bien. Mes connaissances, les passants et mêmes les écoles m’encouragent à en peindre plus.

Le Média en 4-4-2 : Que pensez-vous de la pop culture actuelle ?

Rose : Concernant la pop culture, il y a des choses intéressantes et inintéressantes comme dans tout courant artistique. Pour moi, ce courant est annonciateur de ce que veulent nous imposer les mondialistes : un monde d’individus identiques, des individus robotisés dont rien ne se dégage.  Ce que je fais est à l’inverse de ce courant, c’est de l’artisanat.

Le Média en 4-4-2 : Avez-vous aussi d’autres formes d’expression ? Des choses plus personnelles ou tout simplement moins mises en avant ?

Rose : J’ai d’autres formes d’expressions comme le moulage des mains, elles sont souvent représentatives de ce que fait le modèle. Si je veux qu’il y ait une symbolique, la main d’un graffeur tiendra une bombe aérosol par exemple. Dernièrement j’ai moulé les mains d’un violoniste et celles d’un défunt. C’est différent à chaque fois.

A ceux qui n’ont pas confiance en eux : « C’est en forgeant qu’on devient forgeron »

Le Média en 4-4-2 : Que diriez-vous à des personnes qui n’ont jamais fait d’art mais qui hésitent à essayer ? Par manque de moyens et surtout par manque d’assurance quant à leurs capacités.

Rose : Si quelqu’un hésite à essayer une discipline artistique par peur de ne pas se sentir capable ou pour un tas d’autres raisons, je lui réponds que c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Il faut cesser de se mettre des barrières avec ses pensées pour enfin agir avec son cœur.

Le Média en 4-4-2 : Merci Rose pour vos réponses claires et précises. Avez-vous un dernier message pour les « nuisibles », ceux qui se sentent exclus de notre société ?

Rose : Pour en revenir à mon slogan qui s’adresse également aux exclus de notre société, je leur dirai que ceux qui les ne les comprennent pas, les jugent ou les rejettent le font souvent par ignorance de l’autre. Faire un pas vers eux pour les comprendre, les éveiller serait une belle réponse.

  • Retrouvez Rose de la Haye sur Instagram
  • Propos recueillis par Thomas pour Le Média en 4-4-2.

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