Le courage des pompiers vu par la macronie… pic.twitter.com/AhwasTgZRI
— herate jean-marc (@perjovem) July 24, 2026
La République adore ses pompiers. Surtout lorsqu’ils restent sagement alignés derrière un ministre, avec un drapeau, une médaille et les caméras au bon endroit. Lorsqu’ils demandent des effectifs, une retraite adaptée à leur métier, une protection contre les agressions ou une prime correspondant aux risques encourus, la tendresse institutionnelle disparaît rapidement. Le 28 janvier 2020, plusieurs milliers de sapeurs-pompiers professionnels manifestaient à Paris après sept mois de mobilisation. Ils réclamaient notamment que leur prime de feu passe de 19 à 28 % de leur traitement.
La journée s’est achevée par des affrontements avec les forces de l’ordre. Le cortège s’était dispersé et certains manifestants avaient quitté l’itinéraire autorisé. Cela n’efface pas les images : charges, coups de matraque, grenades lacrymogènes, canon à eau et pompiers frappés en uniforme. Le Parisien racontait que « des coups de matraque pleuvent » tandis que les gaz atteignaient même la cour d’une école maternelle. Sous Macron, la France avait réussi ce spectacle absurde : les hommes chargés d’éteindre les incendies affrontaient ceux chargés de maintenir l’ordre.
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Une prime arrachée après sept mois de grève
Les pompiers n’étaient pourtant pas en guerre contre les Français. Bien au contraire. Une enquête de l’Ifop indiquait encore en 2023 que 97 % des Français leur faisaient confiance. Il existe peu de professions bénéficiant d’un tel soutien (seulement 63 % des Français font confiance à la police en 2026 selon un sondage Elabe). Le problème n’était donc pas de convaincre la population qu’un pompier exposé aux flammes, aux fumées toxiques, aux accidents et aux agressions méritait une indemnité correcte. Le problème était budgétaire. Comme souvent, l’État reconnaissait le danger, saluait le courage et discutait la facture.
Le gouvernement de Christophe Castaner finit par concéder une hausse de six points, portant la prime de feu de 19 à 25 %, contre les 28 % demandés. La mesure fut ensuite inscrite dans un décret publié le 24 juillet 2020. Ce résultat fut présenté comme une avancée gouvernementale. Il s’agissait surtout d’une concession arrachée après sept mois de grève, plusieurs manifestations et une dernière journée marquée par la violence. Les pompiers avaient obtenu une partie de ce qu’ils réclamaient. Ils avaient aussi découvert le prix à payer pour être entendus.
En 2026, les pompiers affrontent des incendies hors norme
Au matin du 25 juillet 2026, les incendies en Gironde et dans les Landes avaient déjà entraîné l’évacuation de plus de 140 000 personnes et ravagé environ 22 000 hectares. Des communes situées aux portes de Bordeaux ont été évacuées préventivement. L’armée a été appelée en renfort et la France a sollicité des moyens européens. Lorsque plusieurs incendies majeurs éclatent simultanément, le discours sur la prétendue préparation exemplaire du pays résiste mal au passage des flammes.
Quelques jours auparavant, le 21 juillet, deux sapeurs-pompiers étaient morts près de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac. Le ministre de l’Intérieur déclara alors que « la Nation s’incline devant leur courage ». La formule est juste. Elle sonne néanmoins étrangement lorsqu’on se souvient qu’en 2020 cette même Nation, représentée par son appareil d’État, répondait à leur colère avec des lacrymogènes et des matraques.
Les Canadair promis arrivent après les incendies
Après les grands feux de 2022, Emmanuel Macron avait promis le remplacement des douze Canadair vieillissants et une flotte portée à seize appareils. En juin 2026, la Sécurité civile a annoncé l’achat de deux avions financés par la France et de deux autres cofinancés avec l’Union européenne. L’objectif officiel est désormais d’atteindre seize Canadair en 2032. Les promesses présidentielles ont un avantage sur les avions bombardiers d’eau : elles décollent immédiatement. Les appareils, eux, demandent dix ans.
Entre-temps, le gouvernement de Gabriel Attal a signé en février 2024 un décret annulant 52,7 millions d’euros de crédits de paiement sur le programme consacré à la Sécurité civile. La baisse a contribué à l’abandon, au moins temporaire, de deux appareils supplémentaires. Les documents budgétaires et les explications de l’administration sont publics. Le feu, malheureusement, n’a pas attendu que Bercy remette les crédits dans la bonne colonne.
Des casernes aux hôpitaux, la même gestion de la pénurie
Le fonctionnement rappelle celui de l’hôpital public. On laisse les effectifs se réduire, puis on ferme temporairement un service en expliquant qu’aucune autre solution n’était possible. À Ancenis-Saint-Géréon, la maternité suspendra les accouchements du 9 au 16 août 2026 faute de gynécologue-obstétricien disponible. Les futures mères devront parcourir entre 45 et 56 kilomètres pour rejoindre Nantes, Châteaubriant, Cholet ou Angers. Dans le même hôpital, les urgences seront également fermées la nuit pendant une partie de l’été.
Lorsque les urgences, les services sociaux ou les transports sanitaires ne répondent plus, les pompiers récupèrent une partie de la charge. Dans le Gard, où leurs interventions ont augmenté de 46 % en dix ans, un syndicat résumait la situation ainsi : « On est devenus les bouche-trous des services publics ». Le mot est dur, mais précis. À mesure que les autres structures reculent, le 18 devient le numéro que l’on appelle lorsque plus personne ne sait vers qui se tourner.
La macronie ou l’art de monter la France contre elle-même
Les CRS ne sont pas les ennemis des pompiers. Eux aussi sont des agents publics, soumis aux ordres, aux horaires impossibles et à une hiérarchie politique. C’est précisément ce qui rend les images de janvier 2020 aussi révoltantes. Le pouvoir avait placé deux corps constitués face à face : ceux qui protègent les Français contre le feu et ceux qui protègent l’ordre public. La violence n’était pas une fatalité naturelle. Elle fut le résultat d’une gestion politique de la colère sociale.
La méthode est devenue familière. On rationne les moyens, on reporte les investissements, on ignore les avertissements, puis on déploie les forces de l’ordre lorsque les agents protestent. Lorsque la catastrophe arrive, on ouvre une cellule de crise, on mobilise l’armée, on demande l’aide des voisins et on remercie solennellement les personnels. On ferme d’abord, on réquisitionne ensuite. On économise sur la prévention, puis on dépense dans l’urgence. Le tout accompagné d’un discours sur la mobilisation « exceptionnelle » de l’État.
En 2020, les pompiers demandaient davantage de moyens et de reconnaissance. En 2026, la Gironde et les Landes brûlent, des dizaines de milliers de personnes fuient leur logement et des renforts étrangers sont appelés. Les promesses ne larguent pas d’eau. Les médailles ne remplacent pas les collègues morts. Les lacrymogènes ne remplissent ni les casernes ni les réservoirs des Canadair. À force d’administrer le déclin et de réprimer ceux qui le dénoncent, la France se consume au propre comme au figuré.
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