Dans la grande loterie administrative où l’Aide sociale à l’enfance promet de protéger les mineurs tout en empilant les rapports, les drames et les commissions, La France insoumise a trouvé le moment idéal pour déposer un amendement pour le moins acrobatique. Dans le cadre du projet de loi relatif à la protection des enfants, le groupe LFI proposait de retirer certaines références au fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions terroristes, le FIJAIT, dans les critères d’incompatibilité pour exercer auprès de mineurs ou accueillir des enfants placés.
J’ai vérifié, vous ne rêvez pas : l’ensemble du groupe LFI a bien cosigné un amendement pour autoriser aux personnes fichées pour terrorisme d’exercer des professions au contact des mineurs. https://t.co/YNEf0BncME pic.twitter.com/axvTSGIbBj
— Pierre-Marie Sève (@pierremarieseve) July 3, 2026
L’amendement, porté notamment par Gabrielle Cathala, visait à supprimer à l’article 5 les références au FIJAIT lorsqu’elles servent à caractériser une incompatibilité à travailler auprès d’un enfant. Dans son exposé sommaire, le texte expliquait que l’inscription dans ce fichier peut concerner « les mineurs dès l’âge de 13 ans et les majeurs dès le statut de la mise en examen, notamment pour apologie du terrorisme ». Autrement dit, selon LFI, ce signalement ne permettrait pas, à lui seul, de conclure à une incompatibilité durable avec l’accueil ou l’encadrement d’enfants.
Sur le papier, les Insoumis jurent donc ne pas vouloir ouvrir les portes de l’ASE à n’importe qui. Ils plaident pour des contrôles « rigoureux », mais fondés sur une « appréciation objective du risque encouru par l’enfant ». La formule est propre. Très propre même. Le genre de phrase qui sent bon la réunion de groupe, le communiqué relu trois fois et la grande balance morale où l’on met d’un côté des mineurs vulnérables, de l’autre la situation individuelle d’un adulte inscrit dans un fichier antiterroriste.
Le problème, c’est que le texte discuté vise précisément à renforcer les vérifications d’honorabilité dans les métiers ou situations où des adultes sont amenés à s’occuper d’enfants. Et pas de n’importe quels enfants : des mineurs souvent déjà cassés par la vie, les placements, les violences, les carences familiales ou institutionnelles. Dans ce contexte, supprimer un filtre aussi sensible que la consultation du FIJAIT ressemble moins à une subtilité juridique qu’à un concours de funambulisme au-dessus d’un foyer de l’ASE.
L’amendement a été rejeté en commission spéciale, puis retiré. Trop tard pour passer inaperçu. Plusieurs élus, notamment à droite, ont dénoncé une tentative de fragiliser les garde-fous autour des enfants placés. La polémique a ensuite été relayée par plusieurs médias, de La Dépêche au JDD, avec un résumé simple : au moment où l’on parle de mieux protéger les enfants, LFI proposait d’enlever une sécurité automatique liée au terrorisme. Il fallait oser. Ils ont osé.
La défense de LFI consiste à dire que le FIJAIT ne doit pas produire une exclusion automatique sans analyse plus fine. Argument juridiquement présentable, certes. Mais politiquement, humainement et symboliquement, le résultat est désastreux. Car dans le réel, pas dans les notes de bas de page, l’ASE est déjà traversée par des affaires de violences, d’exploitation sexuelle, de placements calamiteux et de contrôles insuffisants. On ne parle pas d’un secteur trop sécurisé. On parle d’un système où les enfants disparaissent parfois derrière les procédures.
LFI a donc retiré son amendement. Très bien. Mais l’épisode reste inscrit noir sur blanc dans le parcours parlementaire. Un groupe entier a soutenu l’idée qu’un fichier lié aux infractions terroristes pouvait être écarté du mécanisme d’incompatibilité concernant des adultes au contact de mineurs. Dans un pays où l’on découvre régulièrement que les institutions ont fermé les yeux trop longtemps, le signal envoyé est pour le moins lunaire.
La protection de l’enfance n’a pas besoin d’un supplément de naïveté. Elle n’a pas besoin qu’on retire des verrous au nom d’une élégance juridique dont les victimes ne verront jamais la couleur. Elle a besoin de contrôles, de moyens, de sanctions, de fichiers consultés, de responsables nommés, et surtout d’adultes capables de comprendre qu’un enfant placé n’est pas un sujet de colloque. C’est un enfant. Et quand il faut choisir entre un filtre antiterroriste et le confort idéologique d’un amendement, le choix ne devrait même pas prendre trente secondes.
Pas encore de commentaire sur "Protection de l’enfance : LFI voulait autoriser les personnes fichées pour terrorisme à exercer des professions au contact des mineurs"