Santé

Euthanasie et don d’organes : le député et franc-maçon Jean-Louis Touraine milite pour le « droit de mourir »… et pour les greffes

L’Assemblée nationale a rejeté, en quelques minutes, un amendement qui voulait interdire le don d’organes après une aide à mourir. Derrière la formule rassurante de la « dignité », une question beaucoup moins confortable s’invite dans le débat : que devient le consentement quand la mort peut aussi servir à fournir des greffons ?

mise à jour le 06/07/26

Avec Jean-Louis Touraine, la compassion a des gants bleus et une glacière homologuée.

Le sujet est présenté avec des mots doux, presque cotonneux : aide à mourir, accompagnement, liberté individuelle, fin de vie digne. Mais au détour d’un amendement, une autre réalité apparaît, beaucoup plus froide : celle du don d’organes après euthanasie ou suicide assisté.

Le 23 mai 2025, les députés Philippe Juvin, Olivier Marleix, Fabien Di Filippo et Justine Gruet ont déposé un amendement qu’une phrase très simple peut résumer : « Tout don d’organes d’une personne ayant recours à l’aide à mourir est interdit. » Pas un roman, pas une usine à gaz juridique. Juste une limite claire, compréhensible par n’importe qui, sauf apparemment par une Assemblée pressée d’avancer.

L’amendement a été rejeté après un avis défavorable du rapporteur principal Olivier Falorni, qui y voyait une « atteinte au principe d’égalité ». Traduction politique : même dans la mort médicalement organisée, il ne faudrait surtout pas traiter différemment ceux dont les organes pourraient encore intéresser quelqu’un.



Une précaution élémentaire rejetée au nom de l’égalité

Les auteurs de l’amendement ne parlaient pas seulement des patients en toute fin de vie, dont les organes peuvent déjà être fragilisés par la maladie. Ils visaient surtout les personnes qui ne sont pas en phase terminale, notamment celles souffrant de troubles psychiatriques, pour lesquelles le corps peut rester médicalement « intéressant ».

C’est là que le débat devient franchement sinistre. En Belgique, aux Pays-Bas ou au Québec, le don d’organes après aide médicale à mourir n’est plus une hypothèse de laboratoire. Le texte de l’amendement rappelait qu’au Québec, près de 15 % des donneurs d’organes auraient préalablement eu recours à l’aide médicale à mourir. Autrement dit, la frontière entre mourir parce qu’on souffre et mourir en pensant « servir à quelque chose » devient très mince.

On imagine sans peine le mécanisme psychologique chez une personne fragile : si ma vie n’a plus de valeur à mes yeux, mes organes en ont peut-être une pour les autres. Voilà comment une société peut transformer un désespoir en geste prétendument altruiste, avec le tampon médical et les grands mots habituels autour de la compassion.

Jean-Louis Touraine, l’euthanasie et France Transplant

Dans ce décor, le nom de Jean-Louis Touraine revient forcément. Ancien député LREM du Rhône, professeur de médecine, conseiller municipal à Lyon, il milite depuis longtemps pour le « droit à mourir dignement ». Il est aussi président de l’association France Transplant depuis 1995, structure engagée dans le monde de la transplantation.

Ce double décor – euthanasie d’un côté, greffes de l’autre – mérite au minimum d’être regardé sans naïveté. Personne ne conteste l’importance des greffes pour sauver des vies. Mais lorsqu’un pays prépare une loi sur l’aide à mourir pendant qu’un plan ministériel 2022-2026 vise à relancer fortement les prélèvements et les transplantations, il n’est pas absurde de demander des garde-fous solides, d’autant que ce plan semble avoir échoué.

Préparons-nous à la guerre grâce aux dons d’organes

La députée RN Michèle Martinez a alerté la ministre de la Santé sur « un risque en cas de conflits de haute intensité qui impliquerait, pour des militaires ou des civils blessés, une hausse des demandes de greffe. Alors que le service de santé des armées se prépare à une hypothèse d’engagement majeur, ce risque n’est pas à négliger. » (J. O. du 10 mars 2026, page 2070)



Le risque d’une mort « utile »

Le point le plus inquiétant n’est pas seulement médical. Il est moral. Le don d’organes après aide à mourir peut devenir une manière de donner du sens à une mort quand on ne parvient plus à donner du sens à sa vie. Cela peut paraître noble sur le papier. Dans la réalité, cela peut aussi devenir une pression invisible.

Une personne dépressive, handicapée, âgée, lourdement malade ou simplement épuisée par le regard des autres pourrait finir par intégrer cette idée terrible : en vivant, je coûte ; en mourant, je donne. Ce n’est plus de la liberté, c’est une comptabilité de la détresse.

Et c’est précisément pour éviter ce glissement qu’une interdiction claire avait du sens. Elle aurait permis de couper tout lien entre l’accès à l’aide à mourir et la possibilité d’un prélèvement d’organes. Elle aurait évité qu’un patient voie sa propre mort comme un service rendu. Elle aurait protégé les plus vulnérables d’un discours faussement généreux, mais potentiellement ravageur.

La dignité, mot magique pour tout faire passer

Depuis des années, les promoteurs de l’euthanasie avancent avec le vocabulaire de la dignité. Qui pourrait être contre la dignité ? Personne. C’est justement l’intérêt du mot : il ferme la discussion avant même qu’elle commence. Mais une société digne ne se contente pas d’organiser la sortie. Elle protège aussi ceux qui ne demandent plus rien parce qu’ils ne se sentent déjà plus légitimes à vivre.

Le rejet de l’amendement sur les dons d’organes envoie un signal désastreux. Au lieu d’installer une barrière nette, les députés ont préféré laisser la porte ouverte. Au nom de l’égalité, bien sûr. Au nom de la liberté, évidemment. Au nom de la dignité, comme toujours.



Dans cette affaire, le plus inquiétant n’est pas ce qui est écrit noir sur blanc. C’est ce que le législateur refuse d’interdire. Car lorsqu’un pouvoir organise la mort tout en refusant d’écarter clairement la question des greffes, il ne protège pas seulement une liberté individuelle. Il prépare un terrain où la fragilité humaine peut devenir une ressource disponible.

Jean-Louis Touraine et les partisans du « droit à mourir dignement » peuvent continuer à parler de progrès. Mais quand la dignité se termine sur une table de prélèvement, il est permis de se demander si la société soigne encore les vivants, ou si elle commence déjà à trier les morts utiles.

Chères lectrices, chers lecteurs,

Soyez acteur du changement en soutenant un journalisme véritablement indépendant et de qualité en vous abonnant à notre média financé par les dons de personnes comme vous.

Accédez à des contenus exclusifs
et soutenez notre indépendance

Abonnez-vous

partagez cet article !

Pas encore de commentaire sur "Euthanasie et don d’organes : le député et franc-maçon Jean-Louis Touraine milite pour le « droit de mourir »… et pour les greffes"

Laisser un commentaire

Newsletter

La Boutique du 4-4-2

Santé

Accédez à des contenus exclusifs et soutenez notre indépendance

Abonnez-vous

Accédez à des contenus exclusifs et soutenez notre indépendance

Abonnez-vous

Accédez à des contenus exclusifs et soutenez notre indépendance

Abonnez-vous