Une famille sous emprise
Denis Mannechez, cadre commercial sans histoire en apparence, est accusé d’avoir violé ses deux filles, Betty et Virginie, pendant des années. Betty, la cadette, subit ses premiers abus à 8 ans. Virginie, l’aînée, entame une relation incestueuse avec son père à l’âge adulte, au point d’en avoir un enfant. Leur mère, Laurence Mannechez, est complice par son silence.
En 2002, Betty ose porter plainte. Les parents sont brièvement incarcérés, puis libérés. Sous la pression familiale, Betty se rétracte. Le procès, en 2011 à Beauvais, puis en appel en 2012 à Amiens, se tient à huis clos.
La thèse de l’« amour hors norme »
Lors de l’appel, deux avocats unissent leurs efforts : Hubert Delarue, défenseur de Denis Mannechez, et Éric Dupond-Moretti, conseil de Betty et Virginie. Ensemble, ils plaident une version édulcorée des faits : l’inceste entre Denis et Virginie serait « consenti », voire « un amour hors norme ». Ils supplient la cour de « laisser le couple vivre en paix ». Un psychiatre ose même évoquer un « inceste heureux ».
Résultat ? Denis Mannechez écope de 5 ans de prison, dont 3 avec sursis. Ayant déjà purgé une partie de sa peine en détention provisoire, il sort libre. Précision cruciale : Éric Dupond-Moretti n’était pas l’avocat du père, mais celui des deux sœurs.
L’épilogue sanglant
Libéré, Denis Mannechez reprend la vie commune avec Virginie et leur enfant. En octobre 2014, la jalousie le pousse à assassiner Virginie et son employeur, Frédéric Piard, à Gisors. Condamné à la perpétuité en 2018, il meurt peu après d’une crise cardiaque.
Betty Mannechez sonne l’alarme
En 2021, Betty Mannechez publie Ce n’était pas de l’amour, coécrit avec Julien Mignot. Elle y démolit la version du procès de 2012 : « Nous étions sous emprise. Il n’y avait rien de consenti, rien de “heureux”. » Elle dénonce une justice qui a validé un récit mensonger et échoué à protéger les victimes.
.@MaudPetit_AN94 : sur l’inceste « heureux » (et « consenti »), c’est Dupond-Moretti qui « se défausse » et non l’expert J-L Viaux, car telle était bien la stratégie de la défense, avec l’accord d’EDM, partie civile.
C’est clairement rappelé dans ces extraits sur l’affaire Mannechez. pic.twitter.com/mjfuKmCbeV
— Philippe Radault (@PhilippeRadault) April 29, 2026
Dupond-Moretti en équilibre sur la corde raide
Éric Dupond-Moretti a toujours nié avoir utilisé l’expression « inceste heureux ». En février 2021, sur France Info, il affirme qu’elle provient d’un expert et qu’il ne l’a « pas reprise à son compte ». En avril 2026, devant la commission d’enquête parlementaire sur l’inceste, il martèle : « Affaire Mannechez : je n’ai jamais parlé d’inceste heureux. » Il admet cependant avoir évoqué un « inceste consenti ».
Un débat qui ne meurt pas
L’affaire resurgit à chaque nomination de Dupond-Moretti ou débat sur le consentement. Les associations féministes et de victimes crient au scandale : comment une telle thèse a-t-elle pu être défendue ? L’affaire Mannechez reste un symbole des failles judiciaires face à l’inceste intrafamilial, où emprise et consentement s’entremêlent dans un imbroglio moral.
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