Cette démarcation devait être provisoire. Comme souvent avec l’occupation israélienne, le temporaire arrive accompagné de bulldozers, de routes militaires, de postes de surveillance et d’une imposante quantité de béton.
D’après une enquête de l’Associated Press fondée sur des images de Planet Labs, la barrière s’étend déjà sur plus de 23 kilomètres, soit plus de la moitié de la longueur totale de Gaza. Elle traverse des secteurs où se trouvaient autrefois des quartiers, des terres agricoles et des infrastructures palestiniennes, largement détruits depuis le début de l’offensive.
Une frontière provisoire particulièrement bien installée
La « ligne jaune » correspond à la position derrière laquelle les troupes israéliennes étaient censées se retirer dans le cadre du cessez-le-feu soutenu par les États-Unis. Elle ne devait pas devenir une nouvelle frontière. Israël vient donc d’y construire une frontière, mais sans l’appeler ainsi, ce qui permet probablement de respecter l’accord dans sa version réservée aux diplomates.
Présentée aux images satellites, l’armée israélienne a confirmé avoir édifié une « barrière physique » dans le secteur. Elle affirme que l’ouvrage doit protéger ses soldats et empêcher des combattants du Hamas de s’approcher de ses positions.
Cette justification ne répond pas à la question essentielle : pourquoi une installation prétendument temporaire nécessite-t-elle une levée de terre longue de 23 kilomètres, des bases militaires, de nouvelles voies de circulation et des dispositifs de surveillance ? Quand Israël plante un panneau « provisoire », les Palestiniens savent généralement qu’ils devront prévoir plusieurs générations pour le voir disparaître.
Plus de la moitié de Gaza sous contrôle israélien
Selon l’Associated Press, l’armée israélienne contrôle désormais plus de la moitié du territoire de Gaza, notamment une grande partie des zones agricoles. La population palestinienne est repoussée vers une bande côtière occidentale toujours plus étroite, où de nombreuses familles vivent sous des tentes ou dans des bâtiments endommagés.
Dans les secteurs occupés, les images montrent la poursuite des démolitions, y compris après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Israël affirme détruire des tunnels, des explosifs et des infrastructures du Hamas. Mais la disparition de quartiers entiers rend également le retour de leurs habitants matériellement impossible.
La muraille suit par endroits les ruines de communautés palestiniennes. Les bulldozers n’ont ainsi pas seulement dégagé un périmètre militaire : ils ont effacé les éléments qui permettaient encore à des familles d’identifier leur maison, leur rue ou leur exploitation.
Une ligne que les Palestiniens franchissent parfois sans le savoir
La « ligne jaune » n’est pas matérialisée de manière uniforme. Des blocs jaunes sont placés à certains endroits, mais les habitants peuvent difficilement connaître avec précision la limite imposée par l’armée. Des Palestiniens ont déjà été tués après s’en être approchés ou l’avoir franchie, parfois alors qu’ils tentaient de récupérer des biens dans les décombres.
Israël soutient que les personnes visées représentaient une menace. Des témoignages et des enquêtes de presse décrivent toutefois une démarcation mouvante, dont les marqueurs auraient parfois été déplacés plus profondément dans les zones palestiniennes.
La construction de cette barrière transforme donc une ligne militaire floue en ouvrage permanent. Elle ne se contente plus de séparer des soldats et des civils : elle partage physiquement Gaza entre une zone occupée par Israël et un espace réduit où survit l’essentiel de la population palestinienne.
L’annexion sans le communiqué de presse
Israël ne parle pas d’annexion. Il préfère les termes « sécurité », « zone tampon » et « présence temporaire ». Pendant ce temps, l’armée détruit les bâtiments, aménage des routes, installe ses bases et dresse une muraille au cœur d’un territoire qu’elle affirme ne pas vouloir conserver.
Les Palestiniens craignent que cette séparation devienne définitive et les prive durablement de leurs terres. Cette crainte ne repose pas sur une formule militante, mais sur une construction de 23 kilomètres visible depuis l’espace.
Le cessez-le-feu devait préparer un retrait israélien plus large. Il sert pour l’instant de calendrier de chantier. Gaza est découpée, la population est confinée à l’ouest et la frontière avance sous les chenilles. Israël n’a peut-être pas encore annoncé la partition du territoire. Il s’est simplement avancé sur les travaux.
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