680 hectares de forêt pour produire de l’électricité « verte »
Dans sa dernière version, Horizeo prévoit une centrale photovoltaïque de 820 MW sur environ 680 hectares. Le projet avait initialement été présenté sur près de 1 000 hectares, avec un centre de données, une unité de production d’hydrogène, des batteries et une activité agrivoltaïque. Au fil des contestations, plusieurs éléments ont été abandonnés et la surface réduite.
Le cœur du projet demeure pourtant le même : couper une vaste parcelle de forêt exploitée pour y installer une mer de panneaux solaires. Une opération estimée à plusieurs centaines de millions d’euros, portée par Engie, Neoen et la Banque des Territoires.
Les promoteurs promettent une production électrique bas carbone et des reboisements compensatoires. Les opposants répondent qu’une forêt existante ne se remplace pas par quelques plantations dispersées sur une carte. Ils pointent également les risques pour la biodiversité, l’eau, les sols et la prévention des incendies.
La macronie prisonnière de sa propre écologie
Horizeo est aujourd’hui bloqué par les règles liées à l’objectif Zéro Artificialisation Nette. Voilà donc Engie sommé de développer les énergies renouvelables, tout en étant empêché d’artificialiser une forêt pour le faire. Catherine MacGregor, directrice générale du groupe, a même prévenu en 2025 qu’elle pourrait mettre fin au projet si l’État ne tranchait pas.
Le patron de Neoen, Xavier Barbaro, avait de son côté demandé au gouvernement de « laisser avancer » le consortium. Tout serait prêt, expliquait-il, à l’exception des autorisations nécessaires. En clair, les industriels attendent que le pouvoir politique assouplisse les règles écologiques qu’il a lui-même adoptées.
C’est là que les incendies actuels donnent à Horizeo une dimension particulièrement sinistre. D’un côté, l’État demande aux Français de protéger les forêts, de réduire leur consommation et d’accepter toujours plus de contraintes. De l’autre, il envisage des dérogations permettant à de grands groupes de supprimer des centaines d’hectares de pins pour atteindre ses objectifs énergétiques.
Après les cendres, les panneaux ?
Il serait malhonnête d’accuser Engie ou Neoen de profiter matériellement des incendies sans le moindre élément. Mais il serait tout aussi naïf d’oublier que chaque hectare de forêt détruit rend politiquement plus acceptable l’idée d’y installer autre chose.
Une forêt debout peut être défendue. Une forêt réduite en cendres devient rapidement une « zone à reconvertir », un « foncier dégradé » ou une « opportunité pour le territoire ». Le vocabulaire des cabinets de conseil fait ensuite le reste.
Horizeo résume ainsi l’écologie version macroniste : imposer la sobriété aux habitants, subventionner les grands groupes et transformer la protection de la nature en exercice comptable. On abat ici, on replante ailleurs, on coche la case « compensation » et l’actionnaire peut dormir tranquille.
La Gironde n’a pourtant pas besoin que ses forêts deviennent des réserves foncières pour industriels en quête de certificats verts. Elle a besoin de prévention, de moyens humains, de pompiers équipés et d’une politique forestière cohérente. Les panneaux solaires ont officiellement leur utilité. Les poser à la place des arbres, puis appeler cela une victoire écologique, relève surtout d’un remarquable sens de l’humour noir.
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