Fumées cancérogènes : Les pompiers réclament des cagoules filtrantes à 60 euros, l’État hésite encore

Durant le Covid, la France contrôlait les masques dans les trains, les commerces, les écoles et parfois jusque sur les plages. En 2026, les pompiers envoyés au milieu des fumées cancérogènes réclament simplement une protection respiratoire digne de ce nom. Eux doivent encore combattre les feux de forêt avec des cagoules jugées moins efficaces qu’un FFP1.

mise à jour le 27/07/26

Après les milliards du masque obligatoire pendant le Covid, quarante-cinq euros supplémentaires par pompier semblent soudain ruineux.

« Il faut nous donner des moyens pour nous protéger : on a les camions, sauf que pour respirer, on a des cagoules qui sont même pas au niveau d’un FFP1 », a déclaré Sébastien Bouvier, secrétaire fédéral de la CFDT.

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Le contraste serait comique si des hommes ne finissaient pas à l’hôpital. Selon le syndicaliste, au moins quatre pompiers mobilisés contre l’incendie de Gironde ont dû être placés en caisson hyperbare après une intoxication au monoxyde de carbone. Dimanche, la préfecture recensait 75 soldats du feu blessés, dont dix évacués.

Des fumées chargées en particules et substances cancérogènes

Sur un feu d’habitation, les pompiers peuvent utiliser un appareil respiratoire isolant, composé d’un masque étanche et d’une bouteille d’air. Sur un incendie de forêt, cet équipement est trop lourd, trop chaud et trop encombrant pour être porté pendant des heures. Les équipes se retrouvent donc avec une simple cagoule thermique, capable d’arrêter certaines grosses particules, mais pas les plus fines ni les gaz toxiques.

Le problème n’a pourtant rien d’une découverte estivale. Dès 2018, une étude du Centre d’essais et de recherche de l’Entente méditerranéenne concluait que les cagoules utilisées sur les feux de végétation ne filtraient ni les particules fines ni les composés chimiques présents dans les fumées.

Les analyses avaient notamment relevé du monoxyde de carbone, du benzène et de l’hydrogène sulfuré. Le benzène atteignait 4,2 mg/m³ dans certains relevés, au-dessus de la valeur limite d’exposition professionnelle sur huit heures citée par l’étude. Pendant ce temps, les particules ultrafines peuvent descendre jusqu’aux alvéoles pulmonaires et rejoindre la circulation sanguine.



La meilleure cagoule coûte 45 euros de plus

Une nouvelle cagoule filtrante existe. Elle pourrait, selon la CFDT, retenir jusqu’à 85 % des particules cancérogènes. Son prix serait d’environ 60 euros, contre 15 euros pour le modèle actuel. Quarante-cinq euros de différence pour protéger les poumons d’un homme envoyé dans un brasier : visiblement, le budget de la macronie hésite encore.

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Un compte rendu syndical d’une réunion organisée en janvier 2024 avec la Direction générale de la sécurité civile évoquait déjà des cagoules capables de filtrer 70 % des particules fines et des suies. Le document signalait toutefois un « frein majeur » : le coût de l’équipement et les réticences de certains services départementaux d’incendie et de secours.

Autrement dit, la solution technique avance, mais son financement tousse davantage qu’un pompier après douze heures passées sous un nuage de fumée. Certains responsables invoquent également l’inconfort du nouveau modèle et la nécessité d’adapter les tactiques d’intervention. Des difficultés réelles, mais qui ne transforment pas la cagoule actuelle en protection respiratoire.

L’État reconnaît le cancer, mais tarde à protéger les pompiers

Le Centre international de recherche sur le cancer classe l’exposition professionnelle des pompiers comme cancérogène pour l’être humain. Un décret publié en décembre 2025 a d’ailleurs élargi la reconnaissance de certaines maladies professionnelles touchant les soldats du feu.

L’administration reconnaît donc officiellement que ce métier peut provoquer des cancers, mais continue d’équiper certains pompiers avec une cagoule qui ne vaut même pas un FFP1. La France avait trouvé des milliards, des contrôles et une énergie administrative inépuisable pour couvrir le visage de toute la population pendant le Covid. Pour protéger ceux qui respirent réellement des fumées toxiques, elle compare encore les devis.

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