Le projet élyséen du QR code : les récalcitrants devront capituler sous peine d’être privés de vie sociale

16 mars 2021 | Politique, Société

QR-Code

La stratégie du gouvernement semble claire : l’entrée de n’importe quel lieu culturel sera soumise à la présentation d’un QRcode. C’est le chantage au retour à la vie normale, afin de faire plier les irréductibles résistants à la surveillance généralisée et à la perspective d’une vie sous contrôle. Mais justement, cette politique ne participera-t-elle pas sans s’en apercevoir, à accélérer le changement social positif que cherche déjà une grande partie de la population française ?

Le projet du gouvernement

Le projet élyséen à moyen terme n’est pas un bien grand secret : créer un système de QR-codes à scanner avant l’entrée dans les lieux publics pour identifier et suivre la personne. Le calcul politique est simple : les quelques récalcitrants, estimés à 20 % par la présidence, devront capituler de lassitude dans la guerre d’usure, sous peine d’être privés de restaurants, de vie culturelle, de vie sociale tout court.

Intellectuellement, le raisonnement se tient. Il repose toutefois sur une grave erreur de prémisse, due à la nature endogame des décideurs. Les mesures étant prises dans un entre-soi parisien de hauts fonctionnaires plus ou moins pantouflés, l’évidence même leur a échappé : une partie conséquente de la population française réelle, virus ou pas, ne va jamais ou quasiment jamais dans un restaurant, jamais ou quasiment jamais dans des lieux dits culturels.

Le QR Code, un espoir pour un nouveau type de société

Outre le sentiment légitime de rejet, d’autres conséquences sont à prévoir. À commencer par l’accélération de l’édification d’une contre-société, déjà fortement présente dans nombre de lieux, urbains mais surtout ruraux. Restaurants non-officiels, clubs discrets souvent liés à l’extrême gauche ou droite, activités culturelles et sportives non-déclarées, lieux de culte informels, c’est tout un monde qui se structure, dans le meilleur des cas indifférent à l’État parisien, mais le plus souvent hostile. Le projet de QR-code était le coup d’accélérateur décisif qui faisait défaut, l’officialisation de la rupture. Avec une inversion prévisible du stigmate : les personnes vaccinées et munies d’un QR Code pourraient être à leur tour exclues – hors des grandes villes, tout le monde se connaît, et tous sauront de quel camp est l’autre.

Le plus saisissant est pourtant bien la seconde erreur de Macron, plus profonde encore que la première : celle de croire que l’inclusion dans le « mainstream » soit un besoin irrépressible, le summum de ce que l’existence humaine peut atteindre. Il n’en est rien.

À l’heure où le boycott des réseaux dits sociaux dominants s’accélère, la contre-société en voie d’édification pourrait bien devenir autrement plus épanouissante et humainement bien plus riche. Notre QR-code pourrait bien nous en couper pour de bon.

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