La démonstration de Rachid Achachi, s’appuyant sur la pensée de Carl Schmitt, est implacable : en prétendant dépasser la distinction fondamentale entre l’ami et l’ennemi pour instaurer une paix universelle par le marché, le libéralisme n’a fait que déplacer le conflit vers un terrain bien plus dangereux, celui de la morale. Incapable de faire la guerre comme un rapport politique entre États ayant des droits, l’hyperpuissance américaine et ses vassaux la mènent désormais comme une croisade punitive au nom de l’humanité.
L’ennemi n’est plus un simple compétiteur géopolitique, mais un « tyran », un « dévoyé », un « axe du mal » qu’il faut non pas vaincre, mais exterminer. Cette déshumanisation, ce mélange des genres entre le politique et le religio-moral, est la matrice de la guerre totale que subissent les peuples du Moyen-Orient, de la Palestine à l’Iran. Dépouillé de son humanité, l’ennemi n’a plus aucun droit ; les « opérations de pacification » peuvent alors se permettre les pires atrocités, le tout sous les ors d’un discours des droits de l’Homme qui n’est que l’arme suprême de l’impérialisme.
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