Géopolitique

Kim Jong Un, après un essai nucléaire : « Si vous pensez pouvoir conquérir la Corée du Nord comme le Venezuela, souvenez-vous que vous jouez avec le feu. »

À la faveur d'une cérémonie officielle à Pyongyang, Kim Jong-un a apporté une justification aussi inattendue que commode à son dernier essai nucléaire, le qualifiant d'acte "pacifique". Prenant exemple sur l'intervention éclair des forces spéciales américaines à Caracas et la capture du président Nicolás Maduro en janvier dernier, le dirigeant nord-coréen a prévenu que toute velléité de "conquête" de son territoire équivaudrait à "jouer avec le feu". Une mise en garde explicite aux États-Unis, prononcée sur fond de renforcement militaire accéléré et à la veille d'un congrès majeur du Parti des travailleurs.

mise à jour le 23/02/26

Alors que les sirènes de l’interventionnisme américain résonnent encore des ruines de Caracas, un autre régime, bien plus armé, tire les leçons du drame vénézuélien.

L’atome, ce « pacificateur » : Pyongyang muscle son arsenal

La démonstration de force suit son cours. Le 19 février, Kim Jong-un supervisait en personne le déploiement de cinquante nouveaux lanceurs pour roquettes de 600 mm, des systèmes désormais capables d’emporter des charges nucléaires tactiques. La presse d’État vante l’intégration d’Intelligence artificielle et de technologies de guidage avancées, destinées à « renforcer la dissuasion stratégique » face à la Corée du Sud. Cet essai nucléaire, le premier techniquement confirmé depuis 2017 selon les relevés sismiques, est présenté par le régime comme un geste défensif, une simple assurance-vie. Pourtant, ces annonces s’inscrivent dans une escalade méthodique : depuis décembre 2025, les ordres de production de missiles ont été multipliés, et en janvier, un missile hypersonique fendait déjà le ciel de la péninsule. Le site de Punggye-ri, lui, reste en alerte, prêt à toute éventualité selon l’AIEA.

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Le syndrome vénézuélien : quand l’impérialisme justifie l’atome

Mais le cœur du discours de Kim Jong-un réside ailleurs. Le kidnapping de Nicolás Maduro le 3 janvier, exfiltré vers New York à bord de l’USS Iwo Jima pour y être jugé, a agi comme un électrochoc à Pyongyang. Condamnée avec véhémence comme une « violation flagrante » et la preuve de la « nature brutale et voyou » des États-Unis, cette opération est devenue la matrice de la communication nord-coréenne. « Le Venezuela n’avait pas notre bouton », semble souffler Kim. L’argument est imparable pour la propagande locale : l’arsenal nucléaire est l’unique rempart contre une « frappe de décapitation » similaire, contre une nouvelle « crise géopolitique » provoquée par l’Oncle Sam. Les experts du Sud en conviennent : l’affaire vénézuélienne a cristallisé les craintes et dynamité toute velléité de dialogue, renforçant au passage l’alliance de fait avec Moscou et Pékin, qui échangent volontiers technologies et soutien diplomatique contre des ressources et une fidélité anti-occidentale.

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L’engrenage : la région retient son souffle

La mécanique est bien huilée. À chaque condamnation internationale, Pyongyang oppose un nouveau test. Washington, Séoul et Tokyo ont beau multiplier les consultations d’urgence, leurs appels à la retenue se heurtent à un mur bâti de sarcasme et de défiance. La Chine, tout en appelant au calme, pointe du doigt les « actions américaines » au Venezuela, tandis que la Russie célèbre son « amitié invincible » avec la Corée du Nord. Les tentatives du président sud-coréen Lee Jae-myung de renouer le dialogue ont été sèchement éconduites par Kim Yo-jong. Avec la tenue du 9e Congrès du Parti, le régime pourrait bien annoncer de nouveaux programmes, qu’il s’agisse de sous-marins nucléaires ou de missiles à ogives multiples. Le précédent vénézuélien, loin d’être un avertissement, est devenu un accélérateur. Et le risque, désormais, est que la prochaine détonation ne soit plus seulement un signal, mais le prélude à un embrasement généralisé.

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