Emmanuel Macron tente d’écarter le président Vladimir Poutine d’Afrique de l’Ouest

Géopolitique, Politique

mise à jour le 29/07/22

Emmanuel Macron entamait une tournée de trois jours en Afrique de l’Ouest pour tenter de raccrocher cette immense partie d’un continent toujours plus enclin à délaisser la France pour se tourner vers la concurrence allemande, chinoise, indienne et, surtout, russe. C’est finalement à une visite présidentielle clownesque qu'on a pu assister mardi 26 juillet au Cameroun.

On ne va pas se le cacher, la dégradation des relations avec les anciennes colonies françaises inquiète plus que jamais les tenants de la Françafrique. Dans un pays comme le Cameroun, où Elf, Bolloré et prédécesseurs régnaient sur 40 % de l’économie dans les années 90, aujourd’hui la France a réduit sa mainmise à 10 %.


Si l’armée française a pendant des décennies servi d’assurance vie pour les dictateurs africains qui, en échange, autorisaient le pillage de leur pays, les exemples du Mali, du Congo-Brazzaville et de la Centrafrique montrent que dorénavant les milices russes de Wagner, ou d’autres, ont pris la suite. Et ce sont probablement les accords militaires, signés en avril avec la Russie, qui ont décidé le président français à venir jouer les équilibristes diplomatiques dans tout ce vaste cirque.

Après la fin sans gloire de l’opération Barkhane au Mali, l’enjeu pour l’exécutif consistait donc à venir défendre malgré tout les intérêts de l’impérialisme français malmenés au Sahel. On est loin, certes, du temps où François Hollande, au début de sa présidence, se faisait acclamer au Mali ; ou même du voyage au Burkina Faso de Macron en 2017, qui avait alors hypocritement conseillé aux étudiants venus l’écouter de ne pas tout attendre de la France et prendre le sort de leur pays en main. Ceux-ci ont d’ailleurs suivi ses conseils à la lettre, puisqu’ils bloquent désormais ses convois militaires et qu’une nouvelle visite du président français n’est même plus envisageable.

Pour sa tournée africaine, Macron s’est donc en premier lieu replié sur cet increvable ami de l’impérialisme français qu’est le dictateur camerounais Paul Biya, un vieillard de 89 ans fort inspirant sans doute pour notre cher président puisque au pouvoir depuis bientôt quarante ans, à la suite d’élections toutes plus truquées les unes que les autres. Lors de celle d’octobre 2018, son opposant a payé de neuf mois de prison le fait d’avoir osé contester les résultats, et l’on ne compte plus au Cameroun les militants emprisonnés, torturés, exécutés dans l’ombre, en particulier dans les régions anglophones où la répression de l’armée contre les mouvements séparatistes a tué des milliers de civils.

La visite a donc commencé en fanfare sur les images d’une foule venue acclamer Macron comme une célébrité. Si une telle scène de liesse peut laisser dubitatif, un document largement relayé sur les réseaux sociaux lève le doute : le RDPC, le parti présidentiel de Biya, aurait débloqué plus de 10 millions de francs CFA afin de payer des étudiants des universités de Yaoundé pour ainsi accueillir le président français.

La suite de la farce ne s’est pas fait attendre. Venu « marquer la Russie à la culotte », selon les mots d’un diplomate français, notre beau parleur s’est lancé dans une diatribe contre Moscou devant un public africain sans doute heureux d’apprendre que l’ingérence coloniale consiste à diffuser « des fausses informations » et « compléter l’offre diplomatique par l’intervention de milices ». En somme, 40 ans de relation franco-africaine résumés en quelques minutes.

Puis notre diplomate numéro 1 s’est risqué sur un autre sujet qu’il semble tout aussi bien connaître : la corruption. Son projet de « réguler les sujets de corruption » n’a pas manqué de faire réagir, les plus observateurs lui reprochant une formule inepte, quand d’autres ironiseront devant les innombrables scandales qu’il traîne lui-même comme des boulets : UberFilesMcKinsey, MSC, Alstom, Rothschild, des ministres poursuivis pour corruption à la pelle, quand on ne parle pas de ceux déjà condamnés, mais restant toujours en place dans son gouvernement. Avant de jouer le coq devant un peuple opprimé, Macron aurait-il l’amabilité de balayer devant sa porte ?

Et c’est avec la question géopolitique que l’agent OSS 117 s’est illustré. Alors même qu’il a reçu à l’Elysée juste après sa tournée Mohamed Ben Salman, le très controversé prince héritier d’Arabie saoudite, Macron a osé reprocher « avec beaucoup de calme et de sérénité » l’« hypocrisie » du continent africain dans sa relation avec Poutine. Selon lui, les « pressions diplomatiques » exercées par la Russie ont empêché le Cameroun d’appeler un chat un chat sur la question de la guerre en Ukraine. Un ton paternalisme qui, s’il ne manque pas de se donner le beau rôle face à l’ogre russe, sonne avec beaucoup de suffisance. Résumons : notre président tente de renouer avec un pays où l’impérialisme français s’étiole lentement en laissant entendre que les Africains sont facilement corruptibles, soumis à la Russie et carrément hypocrites de ne pas dénoncer cette version du néocolonialisme russe.

Après les débats, c’est en apothéose que le spectacle s’est achevé. Alors que les impératifs de la com’ ont poussé Macron jusqu’à la fête du « village Noah », domaine à quelques centaines de mètres du palais présidentiel où l’ancien exilé fiscal Yannick Noah est devenu « chef » d’un quartier qu’il a lui-même créé, un journaliste de la chaîne Naja TV déplorait le sort des petits commerces ayant eu le malheur de se trouver sur le chemin du président français et, afin de permettre le passage de son convoi, venaient la veille même de se faire raser.

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Publiée par NAJA TV sur Lundi 25 juillet 2022

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Sylvain
pour Le Média en 4-4-2.

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