Pédocriminalité

Une mère face au silence : « Pourquoi ma fille fait des terreurs nocturnes en criant “Maman, enlève-moi ce qu’il y a dans ma bouche !” »

À Saint-Laurent-du-Var, dans les Alpes-Maritimes, l’école maternelle Pasteur se retrouve au cœur d’un dossier explosif. Plusieurs familles accusent un instituteur de moyenne section d’avoir commis des faits de viols et d’agressions sexuelles sur de très jeunes enfants, âgés d’environ 3 à 4 ans au moment des signalements. L’enseignant conteste les accusations et reste présumé innocent. Mais pour les parents, le problème ne se limite plus aux faits dénoncés : il concerne aussi la manière dont la justice a d’abord traité leurs plaintes.

mise à jour le 07/07/26

La justice n’était pas pressée, jusqu’au moment où les parents ont rendu le silence impossible.

Selon les éléments rapportés par Nice Radio et Stéphane Larue, les premières plaintes remontent à l’automne 2025. Deux familles déposent plainte début octobre. Le parquet de Grasse ouvre une enquête préliminaire, puis classe rapidement les deux premières plaintes sans suite. D’autres plaintes suivent en novembre. Là encore, les familles se heurtent à une réponse judiciaire qu’elles jugent expéditive.

Des enfants très jeunes, des récits difficiles, une justice qui classe

Les parents décrivent des propos d’enfants glaçants, des changements de comportement, des terreurs nocturnes, des troubles corporels, de l’énurésie, de l’incontinence, des TOC. Des symptômes qui, dans n’importe quelle famille, provoqueraient une alerte immédiate. Dans un dossier judiciaire, ils semblent avoir été avalés par le vocabulaire administratif.

Le parquet aurait notamment retenu le caractère confus ou discordant de certaines déclarations, ainsi qu’un risque de confabulation. Traduction moins polie : des enfants de 4 ans ne seraient pas assez fiables pour que l’on s’attarde trop longtemps. Formidable confort intellectuel. Quand un enfant parle mal, on classe. Quand il parle trop tard, on explique qu’il n’y a plus assez d’éléments. La mécanique est connue : la victime mineure doit être précise, cohérente, calme, chronologique, presque adulte. À 4 ans, c’est pratique : elle ne coche jamais toutes les cases.

L’enseignant avait été écarté à titre conservatoire après les premiers signalements, avant que la situation n’évolue au fil des plaintes et des décisions administratives. Nice Radio rapportait en novembre 2025 que plusieurs familles avaient retiré leurs enfants de l’école, dans un climat de défiance totale.



Les parents prennent la parole publiquement

Le 23 juin 2026, les familles décident de sortir du silence lors d’une conférence de presse. Ce jour-là, le dossier change de nature : il ne reste plus enfermé dans les couloirs du parquet, il arrive sur la place publique. Et comme souvent, la parole des parents semble soudain produire plus d’effet que les plaintes elles-mêmes.

Miléna, mère d’une petite fille, refuse la réponse commode du “les enfants fabulent” :

« Je ne me contenterai pas d’un simple “les enfants fabulent”. Je veux savoir pourquoi ces enfants fabulent. Pourquoi ma fille fait des terreurs nocturnes en criant “Maman, enlève-moi ce qu’il y a dans ma bouche ! Au secours, Maman, aide-moi !” Pourquoi ? Pourquoi ma fille développe des tocs ? Pourquoi elle n’arrive plus à se retenir et qu’elle se fait pipi dessus ? »

Laura, mère d’un petit garçon de 4 ans, pose une autre question, tout aussi simple :

« Comment sommes-nous censés vivre après cela ? Devons-nous reprendre notre vie comme si rien ne s’était passé ? Oublier ? Faire semblant ? Que devrons-nous faire lorsque la personne mise en cause reprendra ses fonctions dans un autre établissement, au contact d’autres enfants ? »

Ces mots ne condamnent personne. Ils demandent une chose élémentaire : que l’on enquête sérieusement. Pas que l’on balaie. Pas que l’on range. Pas que l’on explique à des parents que leurs enfants sont trop jeunes pour être crus, mais assez grands pour retourner dans une classe comme si de rien n’était.

Me Vincent Brengarth dénonce des enquêtes bâclées

L’avocat des familles, Me Vincent Brengarth, dénonce des classements sans suite qu’il juge “parfaitement expéditifs”. Il pointe aussi la façon dont la parole des enfants aurait été recueillie : auditions trop courtes, questions frontales, absence de mise en confiance suffisante. Autrement dit, on demande à des enfants de maternelle de parler d’un possible traumatisme avec la précision d’un adulte devant un formulaire.

Le dossier arrive dans un climat national déjà chargé. Les affaires de violences sexuelles sur mineurs, les lenteurs d’enquête, les classements sans suite et les dysfonctionnements institutionnels s’accumulent. L’affaire Lyhanna a déjà marqué les esprits : une enfant morte, des alertes, des retards, puis des institutions qui promettent de regarder ce qui n’a pas fonctionné. Toujours après. Toujours trop tard.

Le même réflexe revient : protéger d’abord la procédure, le calendrier, l’institution, puis éventuellement les enfants. La justice aime rappeler qu’elle agit à charge et à décharge. C’est son rôle. Mais quand les délais s’étirent et que les parents ont le sentiment de devoir hurler pour obtenir une enquête, la confiance disparaît.



Information judiciaire ouverte : huit mois pour enclencher la vitesse supérieure

Le 23 juin 2026, le procureur de Grasse annonce finalement l’ouverture d’une information judiciaire pour viols et agressions sexuelles présumés. Un juge d’instruction est saisi. Il devra reprendre le dossier, examiner les éléments, entendre, confronter, vérifier, chercher ce qui peut encore l’être.

Huit mois après les premières plaintes, la justice passe donc à l’étape supérieure. Huit mois pendant lesquels les souvenirs d’enfants très jeunes ont pu évoluer. Huit mois pendant lesquels les familles ont vécu dans l’angoisse. Huit mois pendant lesquels la réponse judiciaire a ressemblé, pour les parents, à une porte fermée.

Il faut le répéter clairement : l’instituteur mis en cause nie les faits et bénéficie de la présomption d’innocence. Une information judiciaire n’est pas une condamnation. Elle ne préjuge pas de la suite. Elle signifie seulement qu’un magistrat instructeur va enquêter plus largement. Mais c’est précisément ce que réclamaient les familles depuis le départ : une enquête digne de ce nom.

Quand les enfants parlent, la justice doit écouter autrement

Dans les affaires de violences sexuelles présumées sur mineurs, surtout quand les enfants sont très jeunes, la prudence est indispensable. Mais la prudence ne doit pas devenir une anesthésie. Elle ne doit pas servir de couvercle. Elle ne doit pas transformer chaque approximation d’enfant en excuse pour ne pas creuser.

Un enfant de 4 ans ne raconte pas comme un adulte. Il ne date pas, ne structure pas, ne localise pas toujours. Il parle avec ses mots, ses peurs, ses silences, ses dessins, ses troubles. Si la justice ne sait pas entendre cela, alors elle n’est pas seulement lente : elle est inadaptée.

À Saint-Laurent-du-Var, les familles veulent comprendre. Elles veulent savoir si leurs enfants ont été victimes. Elles veulent savoir pourquoi leurs plaintes ont été classées si vite. Elles veulent savoir pourquoi il a fallu une conférence de presse pour que le dossier prenne enfin un autre chemin judiciaire.



Une affaire qui dépasse Saint-Laurent-du-Var

Cette affaire dépasse largement les murs de l’école maternelle Pasteur. Elle dit quelque chose d’un pays où les parents ont de plus en plus l’impression que la protection de l’enfance passe après la gestion des dossiers sensibles. Quand des familles déposent plainte pour des faits aussi graves, la réponse ne peut pas ressembler à une formalité administrative.

La pédocriminalité en milieu scolaire ne se combattra pas avec des communiqués rassurants, des classements rapides et des auditions menées au chronomètre. Elle se combat avec des moyens, des enquêteurs formés, des magistrats spécialisés, des expertises solides et une certitude simple : lorsqu’un enfant parle d’un geste sexuel, on ne commence pas par chercher comment refermer le dossier.

À Saint-Laurent-du-Var, la justice a désormais huit mois de retard à rattraper. Pour les familles, c’est déjà beaucoup. Pour des enfants de 4 ans, c’est une éternité.

Les critiques envers la Justice : un problème de pédagogie

Selon Françoise Decottignies, la présidente du tribunal judiciaire de Grasse et le procureur Eric Camous , il faut redonner confiance aux citoyens en la justice. Or les magistrats ne sont « guère aidés à restaurer cette confiance » en raison de « la généralisation des attaques » qu’ils subissent et qui fragilisent « gravement les fondements de notre démocratie ». Traduction de cette inversion accusatoire : les critiques envers la magistrature sont la cause de son mauvais fonctionnement. Le message est :

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