Les faits
Le 3 décembre 2022, Brünisholz réagissait à une publication du conseiller national Andreas Glarner (UDC). Il écrivait : « Si vous déterrez des personnes LGBTQI après 200 ans, vous ne trouverez que des hommes et des femmes d’après leurs squelettes. Tout le reste n’est qu’une maladie mentale promue par le programme scolaire. » Cette déclaration, inspirée d’un mème répandu, a suscité dix plaintes pénales dans l’heure, dont cinq ont été retenues – émanant notamment de deux journalistes et d’un enseignant.
Interrogé par la police de Burgdorf le 15 août 2023, Emanuel Brünisholz a maintenu ses positions. Interrogé sur le sens de son message, il a répondu : « Je veux dire à ceux qui pensent qu’il n’existe pas seulement des hommes et des femmes qu’il n’existe que des hommes et des femmes. » Concernant la communauté LGBTQI, il a ajouté : « Rien, absolument rien. C’est un groupe extrémiste. Ils veulent me faire taire. » Le parquet bernois l’a condamné pour « discrimination et incitation à la haine », considérant que ses propos « rabaissaient publiquement le groupe des personnes LGBT(Q)I d’une manière portant atteinte à la dignité humaine ».
La peine initiale consistait en une amende conditionnelle de 50 jours-amende à 50 francs suisses chacun, soit 2 500 francs, assortis de frais judiciaires. Après le rejet de son recours par le tribunal régional d’Emmental-Haute-Argovie le 20 décembre 2023, des frais supplémentaires de 600 francs ont été ajoutés. Refusant de payer, Emanuel Brünisholz a opté pour l’incarcération, comme le permet le droit suisse en cas d’amende impayée. Il a annoncé sur X (anciennement Twitter) le 19 septembre 2025 qu’il entamerait sa peine le 2 décembre 2025 à la prison régionale de Burgdorf-Neumatt.
Contexte légal
L’article 261bis du Code pénal suisse, initialement adopté en 1995 pour lutter contre les discriminations raciales, ethniques ou religieuses, a été étendu en 2020, suite à un référendum approuvé par 63 % des votants, pour inclure l’orientation sexuelle et, de facto, l’identité de genre. Les autorités estiment que des propos publics dénigrant un groupe protégé peuvent porter atteinte à la dignité humaine, même en l’absence d’appel direct à la violence. Ce cas n’est pas isolé : en 2023, Alain Soral a été condamné à 60 jours de prison en Suisse pour des commentaires jugés homophobes.
Des initiatives parlementaires du Parti socialiste suisse visent à étendre explicitement la protection à l’identité de genre, avec six propositions débattues depuis 2024. Des groupes comme Transgender Network Switzerland militent pour une inclusion plus large, arguant que les lois actuelles ne protègent pas suffisamment les personnes transgenres et non binaires. Heureusement, des voix dénoncent une application sélective de la loi et un risque pour la liberté d’expression, évoquant des situations comparables en Nouvelle-Zélande ou au Brésil.
Es ist soweit, am 2 Dezember gehe ich in den Knast für 10 Tage! pic.twitter.com/yjDAkntrUh
— Emanuel Brünisholz (@EmanuelBrn22173) September 19, 2025
Réactions et débats
L’affaire a provoqué un vif émoi sur les réseaux sociaux, l’annonce d’Emanuel Brünisholz sur X ayant dépassé 1,4 million de vues. Des soutiens conservateurs, tels que l’association Verein WIR, qui défend la liberté d’expression, ont organisé une campagne d’envoi de lettres au procureur pour protester contre ce qu’ils perçoivent comme des « restrictions à la liberté d’expression ». Ils estiment qu’Emanuel Brünisholz énonce une « vérité biologique » fondée sur l’anthropologie, où les squelettes présentent un dimorphisme sexuel clair.
Des commentateurs, comme Christian Rioux dans « Le Devoir », dénoncent une « censure ordinaire » qui criminalise des opinions partagées par une grande partie de l’humanité, y voyant un « messianisme judiciaire ». Des médias conservateurs internationaux, tels que « Reduxx » ou « RT », présentent l’affaire comme un exemple d’« autoritarisme woke », où la biologie serait subordonnée à l’idéologie. En revanche, les médias mainstream suisses, comme Swissinfo, n’ont pas relayé de réactions officielles directes, suggérant une couverture limitée à l’échelle nationale.
Et pourtant elle tourne
Ce cas s’inscrit dans un contexte de débats sur la surveillance numérique en Suisse, notamment avec le référendum sur l’e-ID en septembre 2025, qui alimente les craintes d’un contrôle accru des discours en ligne. La carte d’identité électronique — acceptée à la majorité de 0,4 % — reconnaît-elle les identités de genre diverses et variées ? Les LGBT+ y trouveront-ils leur place ? Une place que l’état civil suisse, dans lequel chaque personne doit impérativement choisir entre « masculin » et « féminin », leur refuse jusqu’à présent : il n’est pas possible de laisser vide le champ relatif au sexe.
Où s’arrête la protection contre la haine en ligne — dépourvue de définition juridique propre —, où commence la censure des faits scientifiques ? Emanuel Brünisholz, qui se présente en défenseur de la vérité, a affirmé : « Je maintiens chaque mot. » Son choix de la prison au lieu du paiement symbolise une résistance à une dérive idéologique.
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