Varian Fry, cet Américain tranquille qui a sauvé des milliers de vies en 1940-1941

Documentaire, Histoire

mise à jour le 24/10/22

Interrogé par Idriss Aberkane, François Asselineau a dit que les États-Unis, qui soutenaient le régime de Vichy, voulaient garder à la Libération Pétain et Laval au gouvernement, comme représentants de leur pouvoir (voir vidéo à partir de 42′). En exfiltrant ses propres marionnettes à Berchtesgaden, Hitler a déjoué ce plan.

Le grand pays qu’est l’Amérique a sauvé moins de juifs que la Suisse. C’était une politique délibérée. Il n’y aurait d’ailleurs qu’un seul Américain à avoir organisé le sauvetage des milliers de personnes traquées par les nazis. Il s’agit de Varian Fry (1). En 1967, l’année de sa mort, De Gaulle le fait chevalier de la Légion d’honneur. Vingt-sept ans après, en 1994, il est reconnu comme Juste.

C’est en 1940 qu’il débarque à Marseille. Par tous les moyens, il y crée une filière d’évasion pour des artistes et des intellectuels menacés par la Gestapo. Il était plus difficile aux États-Unis de refuser leur entrée à André Breton, Max Ernst, Hannah Arendt, Alma Mahler, Lion Feuchtwanger (2), aux fils de Thomas Mann, à Arthur Koestler, Victor Serge ou Marc Chagall qu’à des inconnus. De plus, la Gestapo avait fait une liste (la Liste noire) de ceux qu’elle voulait éliminer. Pour les autres, elle voulait bien parfois fermer les yeux.

Dans son récit, écrit après coup en 1942, Varian Fry raconte la mission qu’il a menée à Marseille. Une année qui a changé sa vie. Traqué par Vichy et la Gestapo, sans aide de l’ambassade américaine, il a dû recourir à des truands combinards dont certains l’ont plumé, mais il a été soutenu par de discrets héros. Il a reçu l’aide de la charmeuse et rusée milliardaire américaine Mary Jayne Golf (3) qui s’est dévouée pour corrompre des gardiens du camp du Vernet. Ces derniers ont d’ailleurs fini par oublier les prisonniers qu’ils escortaient en échange d’une nuit bien arrosée et très occupée dans les quartiers chauds de Marseille (aux frais de Varian Fry).
Sous la pression de la Gestapo, de Vichy et de Roosevelt, au bout d’un an, Varian Fry a été obligé de quitter la France. Son absence a coûté des milliers de vies de personnes traquées par les nazis. Il a tenté d’alerter le gouvernement américain. En vain. Il gênait. Il a été placé sous surveillance du FBI. L’Amérique a totalement fermé ses frontières aux victimes du nazisme. De même Wiltold Pilecki, qui s’était fait interner volontairement à Auschwitz pour s’en évader en 1943 et témoigner, n’a pas été écouté par les Alliés. Quand les soldats américains ont libéré les camps, ils ont été surpris de ce qu’ils ont découvert. Leurs dirigeants, eux, savaient.

(1) Varian Fry. Le seul moyen de connaître la vérité intime de cet homme courageux et sortant de l’ordinaire, sous ses dehors d’intellectuel sorti de Harvard, est de lire son autobiographique Liste noire, Plon, 1999. Le policier qui l’a trouvé mort en 1967 a découvert ce manuscrit près de lui. À lire les incroyables péripéties se déroulant à Marseille, il en a conclu qu’il s’agissait d’un roman et que l’homme décédé était donc un écrivain. Varian Fry sera une fois de plus trahi et méconnu, puisque, en 2023, Netflix va sortir une série, Transatlantique, sur ses aventures — romancées bien entendu.
(2) Lion Feuchtwanger (auteur du Juif Süss paru en 1925, détourné en 1940 par Goebbels pour en faire un film) s’est enfui du camp des Milles près d’Aix-en-Provence. En 1942, il a décrit sa fuite avec humour dans Le Diable en France (Livre de poche). Son évasion hors de France a été volontairement omise pour ne pas mettre en danger celui qui l’a sauvé, Varian Fry. Ce dernier trace un portrait pittoresque de Lion Feuchtwanger dans La Liste noire.
(3) Mary Jayne Gold a subventionné l’organisation de Varian Fry et participé au sauvetage de 2 000 réfugiés. Elle a loué la villa Air-Bel (surnommée Villa Espervisa) pour héberger les intellectuels, recueillis par Varian Fry, en attente de visas. Elle décrit cette période essentielle de sa vie dans Marseille année 40, Phébus, Libretto.

Jacqueline pour Le Média en 4-4-2.

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