L’Académie française s’attaque au franglais mais pas aux médias de propagande

Ingénierie sociale, Politique

mise à jour le 26/02/22

L’Académie s’attaque à l’emploi superflu de mots anglais écrits par les administrations et les grandes marques. Son rapport a été largement diffusé par Le Point, CNews, BFMTV, France Info, Le Figaro, Valeurs actuelles, Paris, Normandie… La lecture des romans n’ayant pas été remplacée par celle des circulaires administratives, on voit mal quel impact la langue écrite bureaucratique peut avoir sur l’usage de la langue française.


Les médias, le langage parlé des écrans influent sur la langue parlée et la pensée. Sans les médias, il n’y aurait pas de grande peur du covid-19. A peine si on saurait quel est le nom de cette nouvelle forme de grippe.
L’Académie n’est pas un foyer d’anarchistes. Elle évite donc de critiquer les principaux sites du gouvernement, pourtant bourrés de pass, distanciation sociale (traduction de social distancing) et de clusters pas très français. On a pourtant des mots qui disent aussi bien la même chose : passeport, distance entre les personnes, foyer d’infection… Cela dit ce ne sont pas les textes administratifs qui ont convaincu les Français d’utiliser le mot cluster. Ce sont les médias et cela s’est fait oralement.

Un va-et-vient entre l’oral et l’écrit

Dans le va-et-vient entre langue orale et langue écrite, l’Académie a admis le mot cluster qui remplace foyer de contagion. C’est plus court, les médias l’ont employé, la population a suivi et l’Académie, entérinant l’usage, a fini par l’adopter. C’est la procédure classique. De même le flyer a été adopté au lieu du français prospectus, pas chic du tout.

Une enquête menée dans un domaine réduit

L’Académie a choisi de s’interroger sur le bien-fondé de l’anglicisme Avignon City Pass sur le site de la mairie ou sur le mot teaser, sur celui du Parc des volcans d’Auvergne entre autres sites institutionnels. Avec teaser, on se trouve en présence d’un mot de la langue orale récupéré par la langue écrite. Un mot facilement remplaçable par bande annonce ou accroche publicitaire. Alors, pourquoi l’anglais ? Pour cacher ce mot que l’on ne saurait voir : « publicité » ?

Quand l’Académie décide seule, ça ne marche pas

Avec « la » covid-19 , l’Académie a voulu s’opposer aux médias et à la langue parlée en optant pour le féminin. L’Académie fait référence à la traduction de « coronavirus disease 2019 », puisque maladie est féminin, certes mais… disease est neutre. Qui emploie covid-19 au féminin ? Les bien-pensants, les décideurs, ceux qui disent « celles et ceux qui… » au lieu de « tous ceux qui… » afin d’enlever au masculin toute prédominance… dans la langue. Ceux qui expliquent à la population comment elle doit penser. Même le vibrant appel patriotique du préfet de la Meuse, pourtant le doigt sur la couture du pantalon, emploie le masculin pour le mot covid-19 : « Cérémonie du 14 juillet à Paris: hommage à “celles et ceux” qui ont lutté contre “le” Covid-19 en Meuse ».

Les mots franchissent les frontières

Les États-Unis, pour l’instant maîtres du monde, imposent leurs mots, mais du temps où la France était une puissance, les pays étrangers ont adopté une partie du vocabulaire de son aristocratie. En russe, le restaurant se dit песторан (restoran), le parc парк (park), la banque банк (bank), le boulevard бульвар (boul’var), le théâtre театр (teatr), une boutique « normale » магазин (magasin). Les gallicismes occupent 7 % de la langue italienne dans les secteurs de la mode (cravatta, mignon), de la gastronomie (bignè, caffettiera, pasticceria, ragù, babà), l’ameublement (persiana, moquette). Certains mots ont même conservé la forme purement française : madeleine, omelette, cache-col, griffe, délavé, décolleté.

Échange de bons procédés, la France a emprunté à l’italien les mots de la guerre (canon, cavalier, citadelle, colonel, fantassin), mais aussi de la vie sociale et mondaine (cortège, courtisan, page), et du commerce et de la banque (bilan, crédit, faillite). Et encore de l’art (balcon, façade, fresque, mosaïque, corridor, faïence, guirlande, dilettante, ariette, arpège, concerto, final, ténor, sérénade, pastel, pittoresque).
Cherchons les mots empruntés au russe. On trouve goulag, vodka, mais ils correspondent à des réalités russes. Quels sont les mots russes utilisés pour des actes de la vie française ? Nous avons oukase, qui est une façon de gouverner tsariste importée et très actuelle. Sinon, il faut vraiment chercher.
L’anglais a importé les mots de la gastronomie, du charme et de l’amour et comme l’italien il a conservé le mot décolleté !

Le français est une langue parlée

L’Académie n’a pas à s’inquiéter. Les anglicismes de l’administration n’ont de chance de durer que s’ils sont employés. Or, à part les avocats et les notaires, personne ne cite oralement les circulaires administratives.
C’est l’oral et le sens des mots qui modèlent la langue et les esprits. Imaginons des écrits administratifs sans anglicismes. Qu’est-ce que cela changerait ? Le gouffre n’en serait que plus grand par rapport aux fautes de français des politiques. Ainsi l’adresse du ministre de la Santé aux directions d’Ehpad laissant les personnes âgées dépendantes attachées toute la journée sans soin pour qu’elles ne tombent pas faute de soignants : « On leur reproche d’avoir, dans certains établissements, poussé très très très loin le manichéisme en matière de protection, etc. » Définition du manichéisme : conception du bien et du mal comme deux forces égales et antagonistes. Si on comprend bien, la direction d’Orpéa a voulu trop bien faire.

Quel dommage que les académiciens ne discutent que de la forme des mots à l’écrit et non de leur contenu à l’oral ! C’est très léger, pas très intéressant, bref une façon d’ouvrir des portes ouvertes et d’en fermer d’autres. Un peu comme, dans une campagne électorale, faire parler de soi pour manifester son existence.

Jacqueline pour Le Média en 4-4-2.

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