De la Révolution française au Covid, Petite histoire de manipulation du peuple, de propagande et d’illusion démocratique. Partie 2

Histoire

mise à jour le 14/07/21

Dans cette deuxième partie de notre petite histoire de la manipulation des peuples, nous détaillons la création de la propagande de masse.

Partie 2 : La création de la propagande de masse

Le peuple, comme nous l’avons vu en première partie, se défend contre le modèle capitaliste et tente de contrer la propagande naissante. Mais le début du XXe siècle va voir arriver deux événements majeurs qui vont permettre à l’oligarchie de prendre le dessus dans cette lutte de classes. Il s’agit de la technologie et de la Première Guerre mondiale. A partir de maintenant nous allons nous concentrer sur les USA, étant donné que ce sont eux qui ont fait les avancées les plus rapides dans une ingénierie sociale que le monde prendra comme modèle par la suite.

La technologie comme outil de mystification

Le bon dans le domaine technique accompagne inéluctablement l’apparition de l’ingénierie sociale. Les villes se parent progressivement de l’électricité, du train à vapeur, de l’automobile, du cinéma, de la radio. Les villes deviennent plus vivantes, et l’évolution technique va avoir une incontestable efficacité pour mystifier les consciences et légitimer le système.

Par ailleurs, la technique marque aussi le début de ce que l’on va appeler plus tard la culture de masse, puis la pop culture. Les arts et la culture avant le XXe siècle ne sont réservés qu’à la classe aristocratique et bourgeoise. L’évolution technique va permettre l’invention d’une culture populaire qui va remplacer la culture traditionnelle (contes, rites, mythologie…). Et c’est par le biais de cette culture que la « démocratie psychique » va s’établir.

Ça commence déjà au XIXe avec l’alphabétisation et l’évolution de l’imprimerie qui fait baisser le coût du livre. Mais c’est au tournant du XXe que le roman populaire vit son âge d’or. Les histoires sont simples, souvent composées d’une intrigue très manichéenne. Le personnage du roman est généralement un redresseur de tort ou un innocent persécuté, comme aujourd’hui d’ailleurs.

C’est une technique d’intrigue bien connue depuis Platon. La catharsis, l’identification au personnage, permet d’assouvir les fantasmes, les pulsions du spectateur et de maintenir un statu quo. C’est aussi ce que Roland Barthes nommera « la vaccine » dans Le mythe, aujourd’hui. On inocule un peu de vérité pour calmer et mieux faire accepter l’ensemble de l’injustice.

Le cinéma : l’image réaliste d’une vie irréelle

Et c’est le cinéma qui va concentrer à la fois l’émerveillement devant la technique et le phénomène culturel de grande ampleur permettant la vaccine générale des populations. Temple du règne de l’image sur lequel s’est bâtie notre société moderne, il va devenir l’outil qui permet à la fois d’alimenter le mythe moderne, de naturaliser l’injustice et de transmettre la propagande grâce à des histoires simples et manichéennes, s’adressant davantage à l’affect qu’à la raison. Le réalisme qu’apporte l’image réelle et l’émerveillement qu’elle favorise vont effacer le rapport critique du spectateur.

La technique devient alors la caution du discours. Le cinéma va s’imposer comme le moyen privilégié par le pouvoir pour répandre l’idéologie dominante, puis plus tard la télé s’immiscera même jusqu’à l’intérieur des foyers, engloutissant le domaine privé dans un réel imaginaire. La propagande va alors reposer sur la diffusion d’un imaginaire irréel, celui d’une communauté du peuple homogène.

Les informations et le discours officiel se mettent en place et avant de divertir, tous ces médiums se disent aussi éducatifs. On passe des « leçons de choses » et les actualités sont transmises au cinéma. Les journaux conseillent des lectures scientifiques. Le peuple commence à devenir un public de la vie réelle.

Mais pour que tout ces outils se développent, la Première Guerre mondiale va avoir un impact sans commune mesure sur l’évolution de l’ingénierie sociale.

La Première Guerre mondiale

La commission Creel

On peut affirmer sans crainte que la Première Guerre mondiale a été un laboratoire d’expérimentation hors du commun pour la communication de masse que l’on connaît encore aujourd’hui. Toutes les théories socio-psychologiques des foules et les techniques de relations publiques développées jusque là vont être déployées de manière massive.

C’est la Commission Creel, qui va s’en charger. Appelée également Commission sur l’Information du Public, elle entame une véritable campagne de « lavage de cerveau » contre une majorité d’Américains qui ne veulent pas entrer en guerre. La Commission va s’infiltrer dans tous les champs de la société pour convaincre l’opinion publique. Une vingtaine de bureaux sont mis sur pied aux États-Unis mais aussi à l’étranger.

La stratégie se fonde sur la diffusion de tracts, films, affiches, caricatures, discours et de communiqués de presse élaborés à partir des théories sociales. Les États-Unis sont inondés par la propagande. Il s’agit de convaincre de « la justesse de la cause défendue » et de « l’altruisme des objectifs poursuivis » grâce à un arsenal de rumeurs, de clichés, de nouvelles fabriqués, d’images truquées et de censure. Le mythe de la guerre pour la démocratie commence.

La division presse

Pour la presse, Creel reprend la stratégie d’Ivy Lee, l’autocensure (voir partie 1). La commission se positionne comme l’organe incontournable d’information de la presse et menace les journaux qui refusent de suivre scrupuleusement sa ligne de ne plus avoir accès aux informations officielles.
Grâce à cette stratégie et à la censure des informations, l’intégralité de la presse s’aligne d’elle-même et relaie alors quotidiennement le discours officiel. Sur 6 000 dépêches émises par la commission, seules trois furent remises en question.
Sans contradiction et faute de n’avoir jamais été démentie, la propagande relayée est maintenant devenue Histoire. La seule fuite qui demeure connue aujourd’hui, c’est l’épisode du « fourth of July fake » où elle a informé d’une attaque allemande qui n’a jamais existé.

Les « Four Minutes Men »

Cette propagande repose sur 75 000 volontaires recrutés pour tenir des discours d’une durée de quatre minutes un peu partout dans le pays. Ces citoyens lambdas, mais souvent impliqués dans leur communauté, devaient se lever durant l’entracte au cinéma, à la messe et dans les lieux publics pour prononcer un discours en faveur de la guerre selon les recommandations de la commission.
Les discours encouragent également les emprunts nationaux lancés pour financer la guerre appelés « emprunt de la liberté ». Au total Creel estime que 750 000 discours furent prononcés et entendus par 310 millions de personnes.

Endoctriner les étrangers et les femmes

Une division spéciale est formée pour susciter le patriotisme chez les immigrés à travers des milliers de réunions, tracts et journaux (révéler ce qu’était la véritable Amérique) en utilisant des personnes influentes dans ces milieux communautaires. Dans la même veine une division est créée pour la propagande ciblée auprès des femmes, relayée par des femmes reconnues et influentes dans des journaux, des magazines et des associations de femmes.

La division des images

La division des images est chargée des affiches, des cartoons et des films. Elle rédige les scénarios, assure la distribution et la promotion des films et emploie également des acteurs connus. Elle collecte les photos et images du front pour les documentaires, et contrôle tout les films qui sont projetés aux États-Unis. Et c’est cette division qui contribue à faire prendre conscience au pouvoir de la puissance de l’image.

La division publicité

La division publicité montre aussi à quel point les patrons de l’industrie sont intriqués au pouvoir politique puisqu’ils constituent l’essentiel de la division « publicité » et offrent leurs emplacements publicitaires pour la propagande souvent gratuitement.

La division éducation

Et enfin une division « coopération civique et éducative » crée la propagande à destination des enseignants. Cette division édite une publication mensuelle envoyée à toutes les écoles du pays. Le National School Service contient plusieurs articles pour aider les professeurs à traiter la guerre, ainsi qu’un résumé des derniers événements, des déclarations de responsables politiques et militaires, des histoires, des chansons, des poèmes et des problèmes mathématiques traitant de la guerre et du (beau) rôle qu’y joue les États-Unis (les problèmes mathématiques pouvaient porter là aussi sur « l’emprunt à la liberté »).

Au États-Unis et en France, la guerre n’était pas souhaitée par le peuple dans son integralité. L’histoire officielle peut bien essayer de nous faire croire que les soldats partaient tous la fleur au fusil, il suffit de lire Voyage au bout de la nuit de Céline, ou cette archive d’un journal révolutionnaire du Pas-de-Calais qui date de 1911, pour s’apercevoir que la réalité est toujours plus complexe.

Au regard des résultats significatifs obtenus par la commission et inquiets de la recrudescence des mouvements anarchistes, les laboratoires de recherche fondés par les barons voleurs vont se déployer de manière exponentielle après guerre. Ils fournissent les outils que la grande bourgeoisie cherche pour asservir les peuples à un projet économique et politique qui s’envisage déjà à l’époque à l’échelle mondiale.

L’expansion de la grande bourgeoisie

La grande bourgeoisie qui installe son pouvoir avec les révolutions industrielles se coordonne et s’organise grâce à un réseau d’ententes et de sociétés secrètes entre l’Angleterre et les États-Unis afin de s’accaparer le monopole économique et politique à l’échelle de la planète. La Pilgrims Society fondée en 1903 et à laquelle appartient Rockefeller et tous les grands barons de l’industrie du début du siècle en est un bon exemple. Les guerres, les organisations de recherche, de philanthropie ou gouvernementales ne sont qu’un paravent derrière lequel se cache la haute bourgeoisie au XXe siècle. Le premier à avoir révélé le projet mondialiste de cette classe industrielle bourgeoise des années 30, c’est Caroll Quigley, en parlant du groupe de La Table ronde. Il donne dans ses ouvrages d’inestimables précisions. Mort en 1977, il avait par ailleurs demandé à ce que ses livres ne paraissent que de manière posthume.

En 1913, est fondée la Fondation Rockefeller dans un but avoué d’eugénisme qui s’étendra en Europe jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Après l’ère de massacre d’ouvriers pour leur position révolutionnaire (voir partie 1), la fondation investit énormément dans des recherches visant à supprimer ce que Rockefeller nomme les inférieurs. La fondation est à l’origine d’un trust de médicaments en 1938 avec l’industrie IG Faben (Bayer) qui soutiendra le projet d’eugénisme nazi.
Après la Seconde Guerre mondiale, le mot eugénisme changera pour celui « d’étude de biologie sociale ».

Par ailleurs, la fondation façonne l’éducation et encourage les jeunes universitaires à s’emparer des sujets liés au contrôle des masses en tissant un vaste réseau d’universités et de bourses d’études.
On peut citer la création de l’université de Chicago en 1890. En 1901, la création de l’université Rockefeller, spécialisée dans la recherche médicale puis John Hopkins, Columbia, Yale, et beaucoup d’autres jusqu’en Europe.

A partir de 1921, avec les avancées faites durant la guerre, des structures visant à étudier et à contrôler les mouvements sociaux vont suivre. John D. Rockefeller crée par exemple le département des relations industrielles, la Social Science Research Council (avec Ford et Carnegie) qui investit des champs comme la psychologie, l’anthropologie, la propagande, mais aussi le plus connu Council on foreign Relations, que Lippmann (dont nous parlerons plus tard) participera à créer.

Plus tard, David Rockefeller sera à l’origine du groupe Bilderberg et de la Commission trilatérale.

Aujourd’hui, la Fondation Rockefeller est aussi mêlée à l’institut Tavistock, think tank anglais spécialisé dans les recherches sur le comportement, et qui participe au développement des sciences cognitives. Ce même institut est en lien avec la société RAND (groupe lié au Pentagone) qui a développé ces dernières années un programme d’influence du comportement appelé MINDSPACE.

C’est encore la Fondation Rockefeller qui a produit en 2010 un scénario troublant qui « anticipait » déjà les mesures liberticides (p.18) que l’on vit actuellement autour du Covid et qui prédit une cyber-attaque mondiale.

Le succès de la propagande mise en œuvre par la commission Creel en temps de guerre, qui fut jugé comme décisif dans la victoire des Alliés, donne donc de véritables espoirs aux oligarques et aux gouvernements quant à l’efficacité des méthodes socio-psychologiques sur le contrôle des masses.
Nous verrons dans notre prochaine partie que c’est à partir de là, que la propagande est véritablement consacrée comme LA méthode de gouvernance en démocratie moderne.

Paul pour Le Média en 4-4-2

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