Géopolitique

La journaliste d’investigation Whitney Webb : « Palantir est le nouveau Jeffrey Epstein de l’ère numérique »

La journaliste Whitney Webb assène une comparaison aussi brutale qu’éclairante : « Palantir, c’est le nouvel Epstein de l’ère numérique. » Exit les salons compromettants et les caméras cachées : aujourd’hui, le chantage se fait à l’échelle industrielle, via des bases de données où s’entassent historiques de recherche, transactions bancaires, messages privés et autres traces numériques. « À l’ère de la surveillance totale, Epstein n’est plus qu’un amateur, » résume-t-elle. Une provocation ? Non. Une simple observation des capacités réelles de Palantir, entreprise qui a su transformer un projet de surveillance d’État avorté en un modèle économique florissant.

mise à jour le 22/04/26

« S’ils veulent vous faire chanter… ils accèdent simplement à ce que Palantir a aspiré sur vous : votre historique de recherche, vos communications, vos finances, les tweets que vous avez aimés par le passé, toutes sortes de choses. »

Total Information Awareness : le monstre ressuscité en société privée

Dans les années 2000, la DARPA, branche R&D du Pentagone, lance Total Information Awareness (TIA), un programme visant à croiser toutes les données disponibles sur les citoyens pour « anticiper » les menaces. Scandale : le Congrès enterre le projet en 2003, sous la pression de l’opinion publique. Problème : les idées, elles, ne meurent jamais. Selon des enquêtes, dont celles de Webb, Palantir n’est autre que la réincarnation privatisée de TIA. Ses fondateurs, Peter Thiel et Alex Karp, auraient directement puisé dans les plans de l’amiral John Poindexter, figure sulfureuse de l’Iran-Contra. « Le Congrès a tué le projet public, mais une entreprise privée pouvait le faire revivre sans contrôle démocratique, » souligne Webb. Un tour de passe-passe juridique qui a permis à Palantir de devenir l’outil préféré des agences de renseignement, de la CIA au FBI, en passant par l’armée israélienne.

Palantir : l’arme absolue des États surveillants

Officiellement, Palantir ne collecte pas de données. Officieusement, ses logiciels Gotham et Foundry permettent à ses clients — États, polices, multinationales — d’agréger, croiser et analyser des montagnes d’informations déjà existantes. Historiques bancaires, géolocalisation, messages, likes sur les réseaux sociaux : tout devient matière à profilage. « Palantir ne viole pas la loi, » précise Webb, « il offre aux États les moyens de le faire efficacement. » Un business model aussi lucratif qu’inquiétant, surtout quand on sait que l’entreprise a été financée dès ses débuts par In-Q-Tel, le fonds d’investissement… de la CIA.

Whitney Webb : une lanceuse d’alerte méthodique

Journaliste indépendante basée au Chili, Webb n’est pas une théoricienne du complot. Ancienne rédactrice en chef de MintPress News, elle a bâti sa réputation sur des enquêtes sourcées, comme son livre One Nation Under Blackmail, qui explore les liens entre renseignement, chantage et élites politiques. « Son travail se distingue par une rigueur documentaire rare, » note un de ses pairs. « Elle ne spéculé, elle connecte des faits publics. » Son angle ? Montrer comment la surveillance de masse, autrefois réservée aux régimes autoritaires, est devenue une industrie banale, portée par des entreprises comme Palantir.

Israël, Palantir et l’exportation de la surveillance

Si Palantir est américain, son usage par Israël — notamment pour cibler les Palestiniens — en fait un symbole de la collaboration technologique entre États surveillants. « Les outils de Palantir permettent une occupation algorithmique, » dénonce un rapport de l’ONG 7amleh. « À Gaza comme en Cisjordanie, les données deviennent des armes. » Un comble pour une entreprise qui se targue de « protéger les démocraties ».



Quand la dystopie devient un service client

Whitney Webb ne crie pas au complot. Elle décrit un système où la surveillance totale, hier encore une lubie de romanciers, est désormais une réalité opérationnelle, vendue comme un simple logiciel. « Palantir n’est pas un dysfonctionnement du système, c’est son aboutissement. » Dans un monde où les données valent plus que le pétrole, son avertissement sonne comme un rappel : la privatisation de la surveillance n’est pas une menace lointaine. C’est un marché en pleine expansion.

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