Élections

De l’assistant parlementaire au fossoyeur : La trahison calculée d’Éric Ciotti, nouveau maire de Nice, contre son mentor Christian Estrosi

Le verdict est tombé : Éric Ciotti a réduit en miettes dix-huit ans de domination estrosienne. Avec 55 % des voix, le député des Alpes-Maritimes, tête de liste de l’Union des droites républicaines (UDR) et allié du Rassemblement national, a infligé une défaite cuisante à Christian Estrosi, maire sortant sous l’étiquette Horizons. Dès le premier tour, le ton était donné : Ciotti caracolait en tête (42-43 %), Estrosi peinait à suivre (31-32 %). Ironie de l’histoire, le « baron » niçois a été renversé par celui qu’il avait jadis propulsé.

mise à jour le 23/03/26

Entre coups tordus et retournements sordides, les municipales niçoises ont offert un spectacle à la hauteur de leurs acteurs.

De l’admiration à la trahison : l’implacable rupture

Tout avait commencé en 1988. Éric Ciotti, jeune étudiant ambitieux, devenait l’assistant parlementaire de Christian Estrosi. Pendant trois décennies, ce dernier l’a hissé, étape par étape : adjoint, président du conseil général, député, patron des Républicains locaux. Puis vint la rupture, vers 2017. Ciotti, désormais en quête d’une ligne plus radicale, fustigeait la gestion « centriste » et « technocratique » de son mentor. Les ponts furent coupés. Estrosi, ulcéré, le qualifiait de « traître » et de « lieutenant de Marine Le Pen ». Ciotti, sans sourciller, lui rétorquait qu’il n’était plus qu’un maire « déconnecté », régnant sur une ville « mal gérée ».

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Hier soir, devant ses partisans, Ciotti a savouré sa revanche : « Nice redevient une ville de droite, une ville fière de son identité. » Estrosi, lui, s’est muré dans le silence. Selon des indiscrétions, il songerait à quitter définitivement la scène politique. Une retraite forcée, ou un aveu d’échec ?


Scandales et manipulations : la campagne qui a enterré Estrosi

La bataille n’a pas été qu’un duel idéologique. Elle fut surtout une succession de coups bas et de révélations sordides, qui ont scellé le sort du maire sortant.

À La Petite Maison, le très couru resto niçois (pas de bouteille à moins de 70 €, pâtes au homards 48 €), Eric Dupond-­Moretti, proche d’Éric Ciotti, dînait avec des amis le 22  octobre 2025. Christian Estrosi, madame et son beau-père, en faisaient autant quelques tables plus loin. Au cours de la soirée, le maire de Nice se lève pour s’asseoir, sans y être convié, à la table de l’ancien garde des Sceaux. Dialogue.

Christian Estrosi : « Ici, je suis avec de vrais amis…  Tu n’es qu’un intermittent du spectacle. »
Éric Dupond-Moretti : « Tu n’es qu’un intermittent de la connerie», « Tu as trahi tout le monde ! »
Estrosi : « Je pourrais te casser la gueule. Je suis prêt à t’en coller une. »
Dupond-Moretti : « Viens ! Désormais, tu es un OQTF à Nice. »

Le 27 février 2026, une tête de porc fendue en deux, surmontée d’une étoile jaune et accompagnée d’une affiche électorale barrée du mot « connard », était découverte devant le domicile d’Estrosi. L’affaire, immédiatement médiatisée, tournait au scandale : provocation antisémite, menaces sur un élu. Le parquet ouvrait une enquête, Estrosi se portait partie civile. Deux Tunisiens, dont un ancien militant du Parti Pirate, étaient interpellés.

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Mais l’enquête réservait une surprise de taille. Le 11 mars, un proche du couple Estrosi et un ancien agent de la DST, spécialiste des basses œuvres, étaient placés en garde à vue. Des écoutes téléphoniques révélaient que l’un des suspects tentait d’infiltrer l’équipe municipale. Estrosi criait à la « barbouzerie », évoquant une manipulation. Pourtant, tout ressemble ici à de l’autosémitisme : une mise en scène pour transformer un règlement de comptes en acte antisémite. L’affaire, toujours en cours, a laissé un goût amer. La présomption d’innocence reste, mais le doute a fait son œuvre.

Autre épisode embarrassant : celui de la girouette niçoise . En pleine campagne, Estrosi, pourtant connu pour son soutien inconditionnel à Israël (« juif dans l’âme » en 2025), a soudainement regretté son « manque d’impartialité » dans le conflit israélo-palestinien. Devant les journalistes, il s’est excusé, dans un flou artistique, auprès de « toutes les communautés ». Une manœuvre désespérée pour séduire un électorat de gauche et musulman ? Pour beaucoup, ces excuses tardives n’ont fait que confirmer l’image d’un homme prêt à tout pour sauver son fauteuil.



Ciotti, ou l’art de surfer sur le chaos

Face à ces turbulences, Éric Ciotti a joué la carte de la fermeté. Alliance assumée avec le RN, discours sécuritaire et identitaire, dénonciation systématique de la « gabegie » estrosienne : travaux pharaoniques, dette abyssale, insécurité galopante. Le pari, risqué en 2024, s’est révélé payant.

À 59 ans, Ciotti s’installe donc à la mairie de la cinquième ville de France. À 70 ans, Estrosi s’efface, peut-être pour de bon. Une page se tourne à Nice, mais pas n’importe laquelle : celle d’une droite locale qui, après trente-huit ans de tutelle estrosienne, passe désormais sous le joug ciottiste.

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L’histoire retiendra que le disciple a terrassé le maître. Et que, dans la politique niçoise, les trahisons se paient en monnaie sonnante et trébuchante.

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