Autosémitisme à Nice : Un proche du couple Estrosi et un ex-agent des renseignements en garde à vue dans l’affaire de la tête de porc

L'affaire dite de la "tête de porc", ce fait divers nauséabond qui embaume Nice depuis fin février, continue de dérouler son chapelet de personnages aussi pittoresques qu'inquiétants. Derniers venus au commissariat : un intime de Christian Estrosi et un vieux routard de la DST, spécialiste des roublardises soviétiques. Du jamais-vu depuis les plus belles heures des barbouzes marseillaises. L'élu, qui semble collectionner les admirateurs douteux, parle lui-même de "barbouzerie inédite". On ne saurait mieux dire, ni plus mal s'entourer.

mise à jour le 12/03/26

Pendant que les médias s’indignaient, les fils de l’enquête révélaient une toile autrement plus sordide : celle d’une manipulation dont le maire pourrait bien avoir été à la fois la cible et l’instrument.

La mise en scène : porc, étoile et connard

Retour aux sources. Le 27 février, le maire et son épouse regagnent leur domicile et tombent sur une installation artistique pour le moins singulière : une tête de cochon fendue en deux, coiffée d’une étoile jaune, le tout agrémenté d’une affiche électorale ornée d’un affectueux « connard ». Une esthétique qui emprunte autant à l’imagerie nazie qu’aux codes du film de banlieue. Le parquet, flairant le bon filon médiatique, ouvre une enquête pour « menaces et outrage » et « provocation à la haine religieuse ». Estrosi, qui n’a jamais manqué une occasion de rappeler son amour pour Israël, monte au créneau. Le CRIF lui emboîte le pas. Tout ce beau monde se constitue partie civile. La machine est lancée.

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Premiers suspects : la filière tunisienne

Les limiers de la PJ locale ne perdent pas de temps. Les 4 et 5 mars, deux Tunisiens sont cueillis. Le premier, H.Z., est un anonyme sans histoires. Le second, M.A.S., né en 1980, est un ancien cybermilitant de la Révolution de Jasmin, réfugié politique en France depuis 2012, qui fuyait des poursuites qu’il estime bidon. Il a milité contre Ennahdha et traîne ses guêtres au Parti Pirate. Le 6 mars, la machine judiciaire s’emballe : information judiciaire, mise en examen, détention provisoire à Grasse. On leur colle sur le dos provocation à la haine, violences sur élu, accès frauduleux à des données et association de malfaiteurs. Du lourd.

Mais le téléphone de M.A.S. cause. Il révèle des conversations régulières avec une proche collaboratrice d’Estrosi. La dame explique que le Tunisien cherchait à infiltrer l’équipe du maire en proposant ses talents informatiques à la mairie. Plus croustillant encore : M.A.S. avait créé une société en 2021 avec un ancien de la DST, rencontré six ans plus tôt. Le hasard fait parfois bien les choses, surtout à Nice.



Deux de plus, deux de moins : la DST rapplique

Le 11 mars, quatre nouvelles recrues rejoignent la case Auvare. Deux femmes, nées sous de bonnes étoiles en 1963 et 1967, sont relâchées dare-dare. Mais les hommes restent au frais, prolongation de 48 heures autorisée par deux juges d’instruction qui commencent à saturer de ce casting trop fourni.

Premier homme : un proche du couple Estrosi, né en 1980, interpellé chez lui. L’enquête ne précise pas s’il avait droit à un café-croissant. Second homme : né en 1947, ex-agent de la DST, spécialiste de l’espionnage soviétique pendant la Guerre froide. Lui se rend volontairement, preuve qu’avec l’âge on apprend les bonnes manières. C’est lui qui avait monté la fameuse société avec M.A.S.

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Les enquêteurs, en recoupant téléphones et emplois du temps, commencent à flairer la « manipulation ». L’un des suspects initiaux avait même été repéré dans les parages du maire. Infiltration ? Complot interne ? Simple goût pour les quartiers chics ?



La valse des hypocrisies

Par la voix de son avocat, Me Sollacaro, Estrosi confirme la tentative d’infiltration et ressert son couplet sur la « barbouzerie inédite ». Les commanditaires ? Mystère, répond la police, qui garde ses cartouches pour les prochains épisodes. Mais alors que le premier tour des municipales pointe son nez, cette affaire a le parfum entêtant des règlements de comptes politiciens déguisés en attentats antisémites.

Le procureur Damien Martinelli, en bon capitaine, rappelle que tout le monde est présumé innocent, y compris la barbouze et l’ami du maire. L’enquête suit son cours, commission rogatoire en main. D’autres interpellations pourraient survenir. D’autres personnages sortiront des ombres niçoises.

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Entre antisémitisme de pacotille, cyberactivisme en roue libre et vieux réflexes d’espions fatigués, cette affaire raconte surtout une époque où le symbole le plus grave peut servir de cache-sexe aux petitesses les plus triviales. Nice n’a pas fini de nous régaler.

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