L’excuse version brouillard : « Je m’excuse auprès de tous ceux qui, concernés d’un côté ou de l’autre »
Christian Estrosi a longtemps été un ardent défenseur d’Israël. Dans une interview accordée au Times of Israel en 2025, il s’était décrit comme « Juif dans l’âme » et avait critiqué la reconnaissance d’un État palestinien par Emmanuel Macron, affirmant que cela reviendrait à « donner raison à ceux qui ont commis le pogrom du 7 octobre 2023 ». Il avait également accusé les Palestiniens de manipulation médiatique. En décembre 2023, il déclarait que des images diffusées montraient « des mamans qui pleurent avec un bébé en plastique, faisant croire que c’est un bébé mort », pour discréditer les victimes à Gaza. Cette affirmation avait été rapidement démentie par un fact-check de Franceinfo, les photos montrant en réalité un véritable bébé décédé.
Dans sa dernière sortie, Estrosi propose une version bien plus édulcorée de ses regrets : « J’ai peut-être eu aussi des propos qui touchent à des conflits internationaux, qui ont pu choquer certaines communautés. Et je veux m’excuser auprès de tout cela. » Interrogé par le journaliste sur l’identité des destinataires de ces excuses, le maire de Nice répond : « Je m’excuse auprès de tous ceux qui, concernés d’un côté ou de l’autre, aujourd’hui doivent attendre de leur maire de rester impartial. » Une formulation si large qu’elle englobe aussi bien les pro-israéliens que les pro-palestiniens, les Niçois que les Martiens. Il admet un « manque d’impartialité » sur le conflit, concédant que « partout où il y a des populations civiles qui sont touchées, je comprends que ça puisse blesser une partie d’une communauté ». Un véritable retournement de veste.
En difficulté face à son ex-copain, le facho Ciotti, Christian Estrosi s’excuse d’avoir été l’un des porte-parole en France qui justifiaient le génocide d’Israël à Gaza…
Lui qui traitait LFI d’antisémite pour avoir condamné ce génocide.
Bref, à Nice, votez Mireille Damiano.😉 pic.twitter.com/GjAM1cP9zX— Kunta van den Kinté (@denkinte_2) March 12, 2026
L’héritage Médecin ou le poids du passé niçois
Les critiques envers Estrosi ne se limitent pas au Proche-Orient. Il traîne comme un boulet son mentor politique, Jacques Médecin, ancien maire de Nice de 1966 à 1990. Condamné pour corruption et abus de biens sociaux, ce dernier avait fui en Uruguay où il a passé ses dernières années. Malgré cela, Estrosi a inauguré une « rue Jacques Médecin » à Nice en 2019, perçue comme une « rue de la honte » par des opposants. Lors du Carnaval de Nice en février 2026, Estrosi a fait une apparition surprise sous une « grosse tête » caricaturale de Médecin, clin d’œil à la tradition carnavalesque qui a toutefois été interprété comme un geste politique, d’autant que la famille Médecin soutient ouvertement Éric Ciotti dans la campagne actuelle. Comme quoi, on peut honorer ses mentors tout en les voyant soutenir l’adversaire.
La France audacieuse : le mouvement qui ose tout, surtout l’ambiguïté
En 2017, Estrosi a fondé « La France audacieuse » (LFA), mouvement transformé en parti politique en 2020, censé rassembler des élus de centre-droit pour promouvoir la décentralisation et l’intérêt des territoires. Présenté comme une initiative pour dépasser les clivages partisans, LFA revendique environ 6 000 militants et vise à dialoguer avec le gouvernement. Estrosi, qui a soutenu Emmanuel Macron en 2022 tout en restant affilié aux Républicains, incarne cette ambiguïté. L’adjectif « audacieuse » évoque une propension à « oser tout » pour conserver le pouvoir – ce qui, outre une phrase légendaire des Tontons flingueurs, reflète une certaine forme d’audace.
Positions sur le Covis : de l’hydroxychloroquine à l’obligation vaccinale
Les revirements d’Estrosi sont particulièrement évidents dans la gestion de la « pandémie » de Covis-19. Atteint par le virus en 2020, il avait suivi le protocole à base d’hydroxychloroquine préconisé par le Pr Didier Raoult, affirmant publiquement son efficacité. Pourtant, en 2021, il s’est prononcé en faveur de l’obligation vaccinale, proposant même de confiner les non-vaccinés « dans les mêmes conditions qu’au mois de mars et avril 2020 » et de leur supprimer l’accès à l’assurance chômage. Des positions opportunistes, alignées sur les directives gouvernementales malgré des preuves scientifiques contradictoires sur les traitements alternatifs.
L’affaire de la tête de cochon antisémite
Le chef du « commando » qui a déposé une tête de cochon, assortie d’un message antisémite, devant le domicile de Christian Estrosi serait un associé de Laura Tenoudji-Estrosi, la femme du maire. « Est-ce qu’on peut imaginer un seul instant […] que j’aurais pu participer à cette manipulation ? » a déclaré, indigné, Christian Estrosi.
Ouverture à gauche et critiques internes
Dans la campagne actuelle, Estrosi semble faire le tapin à gauche. Dans une interview sur BFM Côte d’Azur, il a qualifié Éric Ciotti d’« ultra-droite » cherchant à « bordéliser la campagne ». Il s’est dit prêt à se rapprocher de la gauche pour contrer son rival, déclarant très tranquillement : « Je suis prêt à tout pour garder mon siège ». A Nice, tout le monde sait que Estrosi vendrait sa mère pour conserver le pouvoir. Une réputation que ses dernières déclarations ne risquent pas de démentir.
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