Selon Le Monde, les explosions ont fait 18 blessés, dont quatre policiers. The Guardian évoque deux engins explosifs improvisés, l’un placé dans une benne à ordures, l’autre dans un véhicule. Les autorités syriennes affirment que les forces de sécurité avaient repéré les explosifs, mais que les démineurs n’ont pas pu tout neutraliser à temps. On appelle ça une visite diplomatique sous haute sécurité. Ou, plus simplement, une démonstration publique d’amateurisme.
🚨 TENTATIVE DE SABOTAGE CONTRE LA VISITE HISTORIQUE DE MACRON EN SYRIE ?
Deux explosions puissantes ont secoué Damas ce mardi 7 juillet, juste après le départ d’Emmanuel Macron de l’hôtel Four Seasons. Le président français, premier dirigeant occidental majeur à fouler le sol… pic.twitter.com/tsoycpd5rZ
— Camille Moscow 🇷🇺 🌿 ☦️ (@camille_moscow) July 7, 2026
Emmanuel Macron, lui, n’a pas été touché. Sa visite s’est poursuivie, comme si deux bombes près de son hôtel entraient désormais dans le protocole normal des déplacements présidentiels. Le chef de l’État était venu adouber la nouvelle Syrie, celle d’Ahmed al-Charaa, dirigeant de transition présenté par les chancelleries occidentales comme un interlocuteur fréquentable. Il y a encore peu, le même homme était connu sous le nom d’Abou Mohammed al-Joulani, chef de Hayat Tahrir al-Sham, groupe issu de la galaxie jihadiste syrienne.
Le recyclage politique a parfois de l’audace. En décembre 2024, les États-Unis ont supprimé la récompense de 10 millions de dollars qui visait Ahmed al-Charaa, comme l’a rapporté VOA News. La décision est tombée après une rencontre diplomatique américaine à Damas. La veille encore, l’homme traînait une fiche de terroriste. Le lendemain, il entrait dans la catégorie “partenaire compliqué mais utile”. La géopolitique a ses miracles : il suffit parfois d’une réunion avec Washington pour changer de peau.
Le timing des explosions, lui, ne demande pas beaucoup d’imagination pour faire parler les chancelleries. La veille, la pression israélienne au sud de la Syrie était déjà documentée. Al Jazeera signalait récemment des incursions israéliennes dans le sud syrien, notamment dans les zones de Deraa et Quneitra. Officiellement, personne ne revendique les explosions de Damas. Officieusement, chacun observe la carte : Israël frappe régulièrement la Syrie, avance ses pions au sud, surveille le nouveau pouvoir et n’a aucun intérêt à voir Damas redevenir trop vite présentable.
Rien ne permet, à ce stade, d’attribuer ces explosions à Israël. Mais dans une région où chaque déflagration sert souvent de virgule diplomatique, difficile de croire que le calendrier soit neutre. Deux bombes près de l’hôtel du premier grand dirigeant occidental venu saluer Ahmed al-Charaa, ce n’est pas seulement un problème de sécurité. C’est un avertissement à Damas, à Paris, et à tous ceux qui rêvent déjà de vendre la “stabilité syrienne” comme un produit neuf.
Pour Ahmed al-Charaa, la scène est désastreuse. L’ancien chef jihadiste veut vendre une Syrie normalisée, capable de recevoir Macron, les investisseurs et les caméras occidentales. Résultat : deux engins explosifs sont repérés mais explosent quand même, à proximité d’un quartier ultra-surveillé, pendant une visite diplomatique majeure. La vitrine a tenu quelques minutes avant de se fissurer.
Macron, lui, doit poursuivre sa route vers Ankara pour le sommet de l’Otan. Il repart indemne, avec la photo officielle et la formule habituelle sur la souveraineté syrienne. Les Syriens, eux, comptent les blessés. Ahmed al-Charaa garde son costume de président. Israël garde sa pression militaire au sud. Et Damas, une fois de plus, rappelle que les changements de décor ne suffisent pas à faire disparaître les vieux scénarios.
La Syrie post-Assad devait rassurer. Elle vient surtout de prouver qu’entre un ancien jihadiste reconverti, un président français en opération de normalisation et Israël qui rôde aux frontières, la stabilité ressemble déjà à une mauvaise blague. Toute tentative d’y voir clair se heurte à la complexité des forces adverses. Les Inconnus en avaient fait un de leurs sketches.
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