Car il ne s’agit plus de simples affinités personnelles, mais d’une véritable capture institutionnelle. La FIFA, dont les statuts ont été patiemment remodelés pour concentrer le pouvoir et étouffer toute velléité d’indépendance de ses commissions, a fait de la realpolitik son unique boussole. Pendant que l’Azerbaïdjan gazait et bombardait le Haut-Karabagh, ses sponsors gaziers siégeaient tranquilles au conseil de l’UEFA ; pendant que le Rwanda de Paul Kagame, hôte choisi pour le dernier congrès de la FIFA, déstabilisait l’est de la RDC et occupait ses stades, l’institution n’a pas pipé mot. Pire, elle a utilisé son poids pour tenter de dicter à la République démocratique du Congo le choix de ses dirigeants footballistiques, une ingérence caractérisée dans la souveraineté d’un État.
Et lorsque la Palestine ou la Jordanie ont timidement demandé des comptes à Israël, la machine FIFA s’est contentée d’un silence assourdissant, préférant organiser une levée de fonds pour Gaza — une aumône dérisoire pour acheter une conscience — plutôt que d’appliquer ses propres règles. Cette institution, qui n’a jamais sanctionné l’Iran malgré des décennies de violations des droits des femmes dans ses stades, a en revanche suspendu la Russie avec une célébrité suspecte, uniquement pour apaiser la fronde de ses puissants membres européens. La raison de ce deux-poids-deux-mesures ? Elle tient en trois lettres : USA. Avec 80 % de la prochaine Coupe du monde organisée sur leur sol, les États-Unis tiennent la FIFA par le colbac, une position idéale pour imposer leurs pions — du « plan pour Gaza » aux déclarations sur l’Iran — et s’assurer que l’instance suprême du football reste cette officine géopolitique dévouée, où les valeurs du sport ne sont plus qu’un alibi pour blanchir les crimes des puissants.
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