Médias

Rapport accablant sur France Télévisions : Déficits, privilèges et château en Dordogne

La présidente de France Télévision, Delphine Ernotte, a été nommée par l'Arcom, autrement dit par Emmanuel Macron. Mais oh surprise ! Le rapport de la Cour des comptes tombe comme un couperet, un réquisitoire de 150 pages sur la gestion de France Télévisions entre 2017 et 2024. Le diagnostic est sans appel : situation « critique », « préoccupante », au bord de « l'impasse ». Une litote administrative pour désigner un navire où, pendant que la cale prend l'eau, l'équipage s'adonne à la fiesta sur le pont, financée par le contribuable.

mise à jour le 24/09/25

62 millions de surcoût salarial, 133 millions d’indemnités, un parc de 50 véhicules et un château en Dordogne.

Une manipulation

Emmanuel macron a les mains libres pour supprimer France Télévision et vendre ses fréquences à ses amis milliardaires. Qui y trouverait à redire ? Une manipulation que les promoteurs immobiliers ont bien souvent utilisée. Qui leur en voudrait de faire s’écrouler définitivement des immeubles laissés volontairement sans entretien depuis des années ? Parallèlement la Cour des comptes de Pierre Moscovici a, en toute objectivité, salué les efforts de l’Élysée afin d’équilibrer sa gestion.

La lente saignée des capitaux propres

Le tableau financier est proprement accablant. Malgré un budget annuel avoisinant les 3 milliards d’euros, nourri à 80% par l’argent public, France Télévisions a cumulé un déficit de 81 millions d’euros sur la période. Conséquence directe : les capitaux propres, ce coussin de sécurité indispensable, ont été saignés à blanc, passant de 294 millions d’euros en 2017 à 179 millions en 2024. L’entreprise se rapproche dangereusement du seuil de dissolution prévu par le droit commercial. Pour 2025, elle prévoit sereinement un nouveau trou de 40 millions d’euros. On croirait entendre la rengaine d’une gabegie que plus rien n’arrête.


Le « statut maison », machine à fabriquer du privilège

Comment en est-on arrivé là ? La Cour pointe du doigt un mal structurel : l’accord collectif de 2013, un véritable pacte faustien qui verrouille la maison. Alors que les effectifs ont fondu de plus de 10 % en six ans, la masse salariale, elle, stagne (-1,95 %). Le miracle s’explique par une usine à gaz de privilèges salariaux : hausses automatiques de 2,5 % après cinq ans sans promotion, bonds de 5 % lors des changements de grille, prime d’ancienneté pouvant courir sur 40 ans… Résultat : plus de la moitié des salariés ont au moins 21 ans d’ancienneté, et leur rémunération suit une pente naturelle ascendante, indépendante de tout mérite. La Cour chiffre le surcoût de ce « statut maison » à 62 millions d’euros par an par rapport aux conventions standard du secteur. Une générosité qui n’a d’égale que l’irresponsabilité.



La cagnotte dorée des départs

Mais la générosité ne s’arrête pas aux portes de l’entreprise. Quand il s’agit de partir, c’est la bourse ou la vie. L’application systématique de la clause la plus avantageuse a conduit au versement de 27,5 millions d’euros d’indemnités de départ en retraite. Pour les licenciements, l’addition est encore plus salée : 133 millions d’euros, soit près de 17 millions par an en moyenne. La Cour note que ces conditions sont « plus favorables que le droit commun ». C’est un peu comme comparer un studio à Paris et le château de Versailles.

La vie en rose (aux frais de la princesse)

Pendant ce temps, la vie quotidienne à France Télévisions semble échapper aux contingences du monde réel. Un parc de plus de 50 véhicules de fonction arrose les cadres parisiens, un luxe « sans équivalent » dans le public. Les notes de taxi ont explosé, passant de 2,1 à 3,8 millions d’euros entre 2019 et 2024. Les cartes carburant autorisaient jusqu’à 120 litres par jour – de quoi faire le tour de Paris en 4×4 plusieurs fois – avant une timide réduction à 100 litres. La Cour a même déniché des « détournements » ayant conduit à des licenciements. Le sens des réalités, manifestement, n’est pas une matière enseignée rue du Professeur-Florian-Delange.


Le royaume des comités d’entreprise

Pile sur ce terrain déjà fertile, se dresse l’empire des comités sociaux et économiques (CSE), généreusement dotés à hauteur de 2,2 % de la masse salariale pour les activités sociales, contre 1 % ailleurs. Seul le CCAS d’EDF le dépasse avec ses 4,4 % de la masse salariale. Le clou du spectacle est le comité interentreprises, héritier de l’ORTF, qui dispose d’un patrimoine propre digne d’un roman de Balzac : le château de Lalinde, en Dordogne, avec son parc de 115 hectares et sa piscine rénovée pour un million d’euros. Pendant que l’entreprise frôle la faillite, les salariés peuvent ainsi méditer sur la volatilité des deniers publics entre deux plongeons. Le CSE du siège, lui, gardait jalousement plus de 7 millions d’euros de réserves en 2023, après s’être offert un immeuble au Crotoy.

Une inertie managériale coupable

Face à ce naufrage annoncé, la direction semble naviguer à vue. Le projet immobilier « Campus », censé rationaliser les coûts, provoque d’abord un pic de dépenses. La mutualisation des dizaines de sites identifiés comme redondants avance à pas de sénateur. La Cour exige une « renégociation globale et urgente » de l’accord de 2013, une clarification financière et un sursaut managérial.

Mais le mal est profond. Il révèle une culture de privilèges et d’irresponsabilité, où l’argent public est perçu comme une manne intarissable. France Télévisions, miroir de la nation ? Peut-être. En tout cas, la Cour des comptes lui tend aujourd’hui un miroir grossissant, et l’image qui en ressort est celle d’une forteresse assiégée par l’absurdité, où l’on s’apprête à voter le prochain budget… déficitaire. Le service public mérite mieux que cette lente agonie. Les téléspectateurs, qui le financent, aussi.

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