Un « frère Templier » et un ancien policier du renseignement passent aux aveux

mise à jour le 15/03/21

franc-maçon

Dans l’affaire de la tentative d’assassinat d’une coach, deux hommes liés à la DGSE sont passés aux aveux : un ancien policier du renseignement et un « frère Templier ». Selon un rapport de synthèse de la brigade criminelle, ils sont soupçonnés de huit autres crimes ou barbouzeries. Dont certaines impliquant des personnalités politiques. Les révélations de Marianne.

Un jeu de piste en forme de poupées russes

Les « missions » s’emboîtent. Sordides. Un assassinat. Deux autres tentatives. Il est aussi question d’un passage à tabac. Dans l’enquête sur le projet « d’élimination » d’une coach, mettant en cause des pieds nickelés de la DGSE, les policiers de la brigade criminelle vont de découvertes folles en découvertes folles. Un dossier déjà hors normes, sur fond de loge maçonnique et de services secrets… Deux personnages y jouent les premiers rôles. Leurs procès-verbaux de garde à vue sont édifiants.

Une société de conseil référencée auprès des Nations unies

Le premier est un flic à la retraite, né en 1954 à Agen, Daniel B. entre dans la police en 1975, comme inspecteur. D’abord aux renseignements généraux, puis à la DST, le service de lutte contre l’URSS, puis à la DCRI quand les services de renseignement extérieurs ont fusionné. Au sein de ces services, il travaille dans les unités en charge de la lutte contre les « groupes extrémistes » et dans des unités en charge des « politiques » et des affaires financières.

Autre facette du personnage, Daniel B. est depuis une vingtaine d’années membre de la franc-maçonnerie au sein de la loge Athanor au grade de maître au « 1er degré de maîtrise ». C’est aussi via la maçonnerie qu’il dit communiquer avec la DGSE. « Par quel protocole ? » le questionnent les enquêteurs. « Un frère travaille à la DGSE et c’est à lui que je répercute les informations qu’il répercute à qui de droit », leur répond le commandant B… désignant comme « le frère de la DGSE » un homme en poste au Kosovo.

Une relation d’emprise

Le second personnage de cette affaire hors norme est lui aussi franc-maçon. Frédéric V., ex-journaliste et communicant, est un ancien vénérable de la loge Athanor et il se présente comme « Templier ». Lui aussi œuvre aujourd’hui dans la sécurité et l’intelligence économique. Il navigue entre la France et Genève. « Un personnage extrêmement charismatique », dit de lui le commandant B. se décrivant même « sous son emprise ». « Mon très cher frère, je ne t’ai pas encore payé, mais cela va arriver. C’est ce genre de discours qu’il tient et qui me fait finir par accepter la mission suivante », a confié Daniel B. sur procès-verbal en évoquant ses relations avec « Maître V. »… et leur dizaine d’opérations communes, tout aussi édifiantes qu’illégales.

Le commandant B. passe à table

Jusqu’à ce 21 janvier dernier où les limiers de la « Crime » placent en garde à vue Daniel B., dont le nom est simplement apparu sur le téléphone de la compagne de Sébastien L. La prudence de sioux du commandant lui a probablement permis ces quelques mois de répit. Lors de la perquisition à son domicile, Daniel B. tente de jeter par son balcon 4 800 euros en liquide, mais à part ce comportement suspect, les enquêteurs n’ont, de prime abord, pas grand-chose contre lui. Sébastien L. ne l’a jamais mis en cause.

Mais en garde à vue, le commandant B. va se mettre à table. Et dans les grandes largeurs ! Non seulement il admet avoir recruté l’équipe opérationnelle, mais il désigne « Frédéric V. » comme étant la personne qui lui a commandé en fait deux « contrats » contre Marie-Hélène Dini.

Un troisième homme

Dans la foulée de cette première garde à vue, Frédéric V. est arrêté à son tour, mais il ignore encore tout de ce qu’a déclaré l’ex-commandant. Pendant de longues heures, il « chique », ce qui dans le jargon policier désigne quelqu’un qui nie jusqu’aux évidences. Puis « frère V. » se ravise. « Nous vous écoutons », lui disent les enquêteurs, l’invitant à commencer son récit. Il va durer plusieurs heures.

« Je ne suis pas le commanditaire de cette affaire, car les demandes ont été faites par Jean-Luc B. », prévient Frédéric V. Entre en scène, un troisième homme, Jean-Luc B., un autre maçon de la loge Athanor, et qui est à la tête d’une école de coaching concurrente de celle de Marie-Hélène Dini. Frédéric V. raconte avoir été d’abord mandaté, à l’automne 2019, pour « qu’il se renseigne » sur Marie-Hélène Dini. Frédéric V. dit jouer les intermédiaires avec l’équipe opérationnelle du commandant B. Il est d’abord convenu du vol à l’arraché de l’ordinateur de la coach. « B. a dit OK », raconte Frédéric V qui se fait payer, via une fausse facture, 10 000 euros… La machine est en route.

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