Rappelons-nous les paroles mêmes de Macron lors de sa campagne présidentielle de 2017. Devant une assemblée suspendue à ses lèvres, il avait déclaré avec une assurance presque messianique : « Je veux que d’ici la fin du quinquennat, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d’y mourir, parce que la dignité de la France, c’est aussi ça. » Cette promesse électorale, prononcée le 10 avril 2017 lors d’un meeting à Paris, résonne aujourd’hui comme une farce tragique. La dignité de la France ? Elle gît, sans doute, aux côtés de ces 850 âmes perdues, abandonnées à leur sort dans l’indifférence générale. Le nombre de SDF est passé de 143 000 en 2017 à 330 000 en 2023, malgré les bonnes paroles du président en maraude, vêtu d’un Perfecto (549 euros) et chaussé de Weston (570 euros), immortalisé par Soazig de la Moissonnière, photographe de l’Élysée (salaire tenu secret).
Car que fait l’État face à cette hécatombe ? Rien, ou presque. Oh, bien sûr, il y a les discours lénifiants, les plans d’action ronflants, les budgets alloués avec parcimonie à des associations qui, elles, tentent de combler les brèches d’un système en ruine. Mais derrière ces façades, la réalité est implacable : les sans-domicile-fixe meurent, jeunes – l’âge moyen des défunts étant de 49 ans, soit près de 30 ans de moins que la population générale – et souvent dans des conditions d’une indignité insupportable. Près d’un tiers d’entre eux périssent dans des lieux publics, exposés aux intempéries, à la violence, à l’oubli.
Macron s’affiche dans une maraude avec le Samu social et le photographe de l’Élysée qui balance les photos sur les réseaux sociaux. Outre l’instrumentalisation des SDF, ce qui m’attriste le plus, c’est qu’il y a encore des imbéciles pour tomber dans le panneau. pic.twitter.com/XwimKXRsE2
— 🇫🇷 CtrlAltDroite ✝️ 🦺 🚜 (@CtrlAltDroite) February 26, 2019
Et que dire de la réponse de l’État à cette crise ? Une série de mesures qui, loin de résoudre le problème, l’aggravent. Les lois contre l’occupation illégale des logements, les interdictions de distribuer de la nourriture dans certains quartiers de Paris et de Calais – autant de décisions qui, sous prétexte d’ordre public, criminalisent la pauvreté. Pendant ce temps, les chiffres s’empilent, implacables : 850 morts en 2024, contre 735 en 2023 et les 549 de 2017. Une progression qui n’est pas une anomalie, mais la conséquence logique d’une politique qui privilégie les apparences aux actes concrets.
Macron, donc, a promis. Et Macron a de nouveau menti. Ou, pour être plus charitable, il a simplement oublié. Car comment qualifier autrement cette dissonance entre ses paroles et la réalité ? La dignité de la France, disait-il. Mais où est-elle, cette dignité, quand des centaines d’êtres humains meurent dans l’indifférence, quand des enfants dorment encore à la rue, comme le rappelait Unicef en 2023 ? Où est-elle, cette dignité, quand les politiques d’austérité, les réformes du logement, et les priorités budgétaires placent systématiquement les plus vulnérables au bas de l’échelle ?
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