Portrait en 4-4-2 de Sylvester Stallone : Le Self Muscle Man d’Hollywood

Qui n’a jamais crié « Adriaaaaaaane » dans la cour de récré pour amuser ses camarades ou couru, vêtu d’un ensemble jogging avec un bonnet vissé sur la tête comme Rocky, qui monte une à une les marches du Philadelphia Museum of Art ? Stallone n’est pas seulement un acteur et une star d’Hollywood ; il est devenu une véritable icône, la personnification d’une Amérique forte et fière d’elle-même. Mais derrière ce personnage, on trouve aussi un père attentif et parfois trop possessif, et un fervent soutien de Trump.

mise à jour le 02/04/25

Sylvester Stallone, bien plus qu’un acteur, un véritable phénomène qui a marqué des générations.

Stallone : une allégorie idéale et idéalisée de l’Amérique

Sylvester Stallone, né le 6 juillet 1946 à New York dans le quartier de Hell’s Kitchen, est un acteur, scénariste, réalisateur et producteur américain d’origine italienne et française. Ses parents, Frank Stallone Sr., coiffeur, et Jackie Stallone, astrologue et ancienne danseuse, ont ainsi des racines diverses : son père est un immigré italien de Gioia del Colle, tandis que sa mère a des ascendances françaises (bretonnes) et juives ukrainiennes. Sylvester est l’aîné de deux fils, son frère Frank Jr. devenant plus tard musicien et acteur. Sa naissance est marquée par une complication : l’utilisation de forceps endommage un nerf facial, ce qui paralyse la partie inférieure gauche de son visage, y compris sa langue. De là vient son œil tombant et son phrasé si particulier. Après le divorce de ses parents, il est élevé à Philadelphie où il fréquente des écoles comme Notre Dame Academy, avant de découvrir le théâtre à l’American College en Suisse et à l’Université de Miami. Il abandonne ses études en 1970 pour poursuivre une carrière d’acteur à New York.

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Stallone, surnommé « Sly », débute avec des rôles mineurs, comme dans The Lords of Flatbush (1974), mais sa vie bascule en 1976 avec Rocky. Inspiré par un combat de boxe entre Muhammad Ali et Chuck Wepner, il écrit le scénario en trois jours et insiste pour jouer Rocky Balboa, un modeste boxeur de quartier qui, grâce à sa détermination sans faille et ses poings enragés, devient le symbole de l’Amérique populaire, en combattant d’égal à égal avec le champion du monde poids lourd Apollo Creed. Réalisé par John G. Avildsen, le long métrage remporte l’Oscar du meilleur film et propulse Stallone au rang de star, avec des nominations pour l’Oscar du meilleur acteur et du meilleur scénario. La saga Rocky devient une pierre angulaire de sa carrière : Rocky II (1979), qu’il réalise lui-même, montre Balboa affronter à nouveau Apollo Creed et le vaincre ; Rocky III (1982) introduit Mr. T et un combat contre l’adversité personnelle ; Rocky IV (1985), au sommet du succès commercial, oppose Rocky au Soviétique Ivan Drago (Dolph Lundgren), dans un contexte de Guerre froide ; Rocky V (1990) explore son déclin, et Rocky Balboa (2006) offre une conclusion émouvante. Plus tard, Stallone passe le relais dans Creed (2015) et Creed II (2018), jouant un mentor pour le fils d’Apollo, Adonis, et décrochant une nomination à l’Oscar du meilleur second rôle pour le premier.



Parallèlement, Stallone marque les années 1980 avec une autre franchise légendaire : Rambo. Dans First Blood (1982), réalisé par Ted Kotcheff, il incarne John Rambo, un vétéran du Vietnam brisé par la guerre, confronté à l’injustice. Ce rôle, mêlant action brute et émotion, devient un symbole de l’époque Reagan. À cette époque, l’anti-américanisme est très présent, et beaucoup critiquent l’intervention américaine au Vietnam. Le personnage de Rambo est donc instrumentalisé par le pouvoir politique afin de redorer le blason de l’armée américaine. Les suites (Rambo II : La Mission en 1985, Rambo III en 1988, John Rambo en 2008 et Rambo : Last Blood en 2019) consolident son statut de star du cinéma d’action.

Outre Rocky et Rambo, Stallone brille dans d’autres films grand public comme Cobra (1986), Tango & Cash (1989) avec Kurt Russell, Demolition Man (1993) avec Wesley Snipes, ou encore la saga The Expendables (dès 2010), qu’il coécrit et réalise en partie. Sa carrière connaît des hauts et des bas, mais il continue d’incarner le rêve américain grâce auquel un moins-que-rien (on traduirait cela par « underdog » en anglais) devient un homme respecté. Dans les années 2000, il renoue avec le succès grâce à ses franchises emblématiques et apparaît dans des séries comme Tulsa King (2022).

Une anecdote qui m’a beaucoup touché concerne son attachement à son chien, Butkus. Dans les années 1970, alors que Sylvester vivait dans un refuge et qu’il crevait de faim, il partageait sa vie avec Butkus, son meilleur ami. Incapable de subvenir à leurs besoins, il le vend pour 40 dollars devant un magasin, mais cette séparation lui brise le cœur. Après le succès de Rocky, qu’il écrivit en partie en s’inspirant de cette période sombre, Stallone rachète Butkus pour 15 000 dollars. Celui à qui il l’avait vendu, ayant eu vent du succès de Rocky, avait décidé de le lui revendre le plus cher possible. Toutefois, les deux meilleurs amis ont été finalement réunis. Butkus apparaît même dans les deux premiers Rocky. Cette petite histoire montre bien la loyauté, la sensibilité et la persévérance de « l’étalon italien ».

Du symbole du rêve américain au porte-étendard du mouvement MAGA à Hollywood : le parcours mouvementé du soldat Stallone

Stallone, icône du cinéma d’action américain, n’a jamais été un acteur politique au sens traditionnel du terme, mais ses convictions et ses prises de position ont progressivement émergé, souvent en lien avec ses valeurs personnelles et son admiration pour des figures charismatiques.

Au début de sa carrière, Stallone préfère ne pas afficher un engagement politique marqué et se concentrer sur ses films. Néanmoins, ses films ont toujours promu une certaine vision de l’Amérique qui se rapproche davantage de celle des Républicains : l’individualisme, la résilience et une certaine vision de l’Amérique triomphante qui vient aider ses soldats en détresse. Lors de l’élection présidentielle de 2008, il apporte un soutien public au candidat républicain John McCain, révélant ainsi une sensibilité républicaine, bien qu’il ne soit pas officiellement inscrit comme électeur de ce parti. Cette prise de position reste cependant ponctuelle, et Stallone semble alors préférer se concentrer sur sa carrière artistique plutôt que sur une implication politique soutenue.
L’entrée en scène de Donald Trump dans l’arène politique marque un tournant dans la perception publique de l’engagement de Stallone. Dès 2016, alors que Trump devient président des États-Unis, Stallone exprime une admiration personnelle pour l’homme d’affaires devenu politicien. Dans une interview accordée à *Variety*, il qualifie Trump de « personnage à la Dickens », soulignant son caractère **larger-than-life** et le comparant à des figures comme Arnold Schwarzenegger ou Babe Ruth, des icônes dépassant la réalité.



Cette même année, Trump propose à Stallone de diriger le National Endowment for the Arts (Fonds national pour les arts), un poste culturel au sein de son administration. L’offre surprend, Stallone n’ayant aucune expérience politique formelle. Flatté, l’acteur décline néanmoins, arguant qu’il serait plus utile dans un rôle lié aux vétérans, un sujet qui lui tient à cœur en raison de son personnage de Rambo. Ce refus montre une volonté de rester en marge de la politique active, tout en laissant la porte ouverte à une collaboration future.

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Si Stallone reste discret sur ses intentions de vote lors des élections de 2016 et 2020, son soutien à Trump ne fait plus aucun doute, après la réélection de ce dernier en 2024. Lors d’un gala organisé par l’America First Policy Institute à Mar-a-Lago en novembre 2024, Stallone introduit Trump sur scène avec un discours dithyrambique. Il le décrit comme un « personnage mythique » et va jusqu’à le comparer à George Washington, père fondateur des États-Unis, affirmant : « Personne au monde n’aurait pu faire ce qu’il a fait. » Il établit également un parallèle entre Trump et Rocky Balboa, son alter ego fictif, soulignant la force, la persévérance et le patriotisme du **47e** président des États-Unis. Ce moment marque une évolution notable : Stallone passe du rôle d’admirateur à celui d’un soutien public enthousiaste. Trump décide par conséquent de nommer Stallone, aux côtés de Mel Gibson et Jon Voight, « ambassadeur spécial » à Hollywood. Sly sera les « yeux et les oreilles » de Trump dans cette industrie, avec pour mission de restaurer l’« âge d’or » du cinéma américain.

Stallone entre patriarche dur à cuire et père poule

Sylvester Stallone, titan d’Hollywood, n’est pas qu’un cogneur aux pectoraux saillants. Il est le père de deux fils, dont l’un est décédé en 2012, et de trois filles – Sophia, Sistine et Scarlet –, fruits de son mariage avec Jennifer Flavin ; il règne en patriarche protecteur, intimidant et dévoué. The Family Stallone, émission diffusée sur Paramount+, dévoile ce colosse qui veille sur ses princesses et les conseille dans l’arène impitoyable de la vie.

Sophia (1996), l’aînée, est son joyau brut, l’amour de sa vie selon sa mère. Née avec une malformation cardiaque congénitale, Sophia a subi une opération à cœur ouvert à l’âge de deux mois, puis une autre en 2012. Ces épreuves ont renforcé le lien entre elle et Stallone, qui a redécouvert sa foi catholique lors de ces moments difficiles. Sophia, diplômée de l’Université de Californie du Sud en communication, est aujourd’hui mannequin et co-animatrice du podcast Unwaxed avec sa sœur Sistine. Elle décrit son père comme un guide, notamment en amour, lui prodiguant des conseils empreints de sagesse shakespearienne, comme attendre le bon partenaire plutôt que de se précipiter.

Sistine (1998), la cadette, marche dans les pas de son père sans courber l’échine. Signée chez IMG, star des podiums Chanel, actrice dans 47 Meters Down, elle défie son père, ce Rambo qui terrorise ses soupirants – un regard depuis le balcon, et ils déguerpissent. Malgré le fait qu’elle trouve parfois son père trop envahissant et surprotecteur, elle l’aime beaucoup et a loué dans un épisode du podcast Unwaxed sa capacité à transformer des situations banales en moments dignes d’un drame épique.

Scarlet (2002), la benjamine, est la dynamo de la famille qui a hérité des capacités athlétiques de Sylvester. Coureuse star au lycée – Stallone l’appelle « The Flash » sur Instagram –, elle débarque dans la série Tulsa King à ses côtés. Elle est en couple avec Louis Masquelier-Page, un des rares hommes à trouver grâce aux yeux de papa.

Stallone, c’est le rempart qui veille et conseille. Il rédige des SMS de rupture assassins, scrute les intrus comme un fauve. Ses filles ? Elles le disent tendre sous l’armure, un sage qui prêche la patience et la résilience. À 78 ans, propulsé « ambassadeur » par Trump en 2025 avec Voight et Gibson, il reste leur roi – un lion d’Hollywood qui a forgé trois guerrières.

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Les spectateurs retiendront surtout de Sly le côté bagarreur et macho, mais Stallone cache aussi une appétence pour la littérature française : il a lu tout Balzac. L’acteur des Expendables est aussi peintre : il a d’ailleurs organisé plusieurs expositions de ses œuvres en Amérique, en Europe et même en Russie, où il a vendu certaines de ses toiles 50 000 dollars. En somme, Stallone est un personnage complexe aux multiples facettes, mais il continuera d’émerveiller les adolescents pleins de testostérone et les petites filles qui rêvent de boxe. La virilité de Rocky n’est pas toxique puisqu’elle représente un idéal, un but plus grand que soi qui vise à s’extraire de sa condition misérable pour affronter les uppercuts de l’existence et se tenir debout jusqu’à ce que la cloche retentisse : « Le soleil, les arcs-en-ciel, c’est pas le monde. Y’a de vraies tempêtes, de lourdes épreuves. Aussi grand et fort que tu sois, la vie te mettra à genoux, et te laissera comme ça en permanence si tu la laisses faire. Toi, moi, n’importe qui, personne ne frappe aussi fort que la vie ! C’est pas d’être un bon cogneur qui compte ! L’important, c’est de se faire cogner et d’aller quand même de l’avant ! C’est de pouvoir encaisser sans jamais, jamais flancher ! C’est comme ça qu’on gagne ! » (Rocky dans Rocky Balboa, 2006).

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