La scène était digne d’un opéra : deux millions de Français massés dans les rues de Paris, des pavois aux couleurs des deux nations, un dîner de vingt plats à l’Élysée, et la pose solennelle de la première pierre du pont Alexandre III, symbole d’une entente qui devait défier l’Europe bismarckienne. La France, isolée depuis 1871, trouvait enfin un allié capable de briser son isolement, tandis que la Russie, en quête de capitaux et de technologie, voyait en Paris le partenaire idéal pour moderniser son empire.
Pourtant, derrière les sourires et les discours, l’ombre de 1812 planait : comment oublier que les cosaques avaient foulé le sol français moins d’un siècle plus tôt ? Mais en 1896, on préférait croire aux miracles. La République, si fière de ses idéaux révolutionnaires, n’hésitait pas à flatter un régime que ses pères avaient honni. Et Nicolas II, éduqué dans le mépris des républicains coupeurs de têtes, jouait le jeu avec une élégance qui força l’admiration. L’Histoire, elle, ne se laisse jamais séduire longtemps. Vingt ans plus tard, les mêmes nations s’entre-déchiraient dans les tranchées. Mais en ce mois d’octobre 1896, Paris, ivre de faste et de diplomatie, croyait encore aux contes de fées géopolitiques.
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