L’État pyromane ne fera rien pour éteindre l’incendie… tout partira en fumée comme à l’hôpital !

Environnement, Politique

mise à jour le 09/08/22

Alors que de nouveaux feux de forêt ravagent le sud de la France et que les pompiers luttent au péril de leur vie contre les pires incendies depuis 20 ans, une grande partie de la presse continue à défendre ignoblement l’éviction des pompiers non vaccinés, et s’enflamme sur les possibilités utopiques de reconversion de l’A400M en bombardier d’eau, alors que cet avion militaire n’a pas du tout été construit pour lutter contre les incendies.


Obligation pour l’A400M de se poser pour ravitailler, structure de l’avion sous-dimensionnée et risques de décrochage majeurs dans des conditions de vol à proximité d’incendies, absence d’effet de masse de l’eau lors du largage, une telle solution avait pourtant déjà été étudiée et finalement rejetée au début des années 2010 sur le Beriev 200 et le Transall, deux avions de même nature que l’A400M. Un nouveau délire médiatique mensonger qui arrose les Français de fausses solutions et manque de parler des véritables problèmes que rencontrent ceux qui luttent réellement contre le feu.

Manque de moyens, manque de reconnaissance, réduction dramatique du nombre d’avions bombardiers d’eau, la dégradation, ces dernières années, de la prévention et de la lutte contre les incendies est pourtant extrêmement préoccupante, et c’est une autre réalité qui a fini par se révéler tout au long de l’été : comme pour notre système de santé, l’État cherche à détruire notre sécurité civile.

Le parallèle est tout d’abord évident avec l’éviction des pompiers non vaccinés, devenus du jour au lendemain de véritables parias. Outre l’aspect proprement illégal, inhumain et purement indigne du pays des droits de l’Homme d’une telle pratique d’État, on comprend mal comment ce dernier peut justifier l’éviction de plusieurs milliers de pompiers (la CGT, qui est pro-vaccins, avance les chiffres probablement très largement sous-estimés de 140 pompiers professionnels et 5 000 volontaires) en plein été caniculaire, sinon en avouant vouloir mettre littéralement le feu au pays.

Pour ce qui est des moyens matériels, Christophe Govillot, pilote de Canadair et porte-parole du Syndicat national du personnel navigant de l’aviation civile (SNPNAC), dresse pour SudOuest l’inventaire sous le gouvernement Macron : « En juillet 2019, nous avions sur le parking de Nîmes vingt-deux avions en capacité de voler. Trois ans plus tard, nous n’en avons plus que treize. » Des moyens aériens insuffisants en nombre et de surcroît en majorité indisponibles : « Les mécaniciens font le maximum pour faire voler les avions, mais sur douze Canadairs, seulement trois ou quatre qui sont généralement disponibles. » Aéronefs cloués au sol pour des raisons administratives incompréhensibles, indisponibilité matérielles et avaries récurrentes, la maintenance s’est elle-même très fortement dégradée ces dernières années. Il faut bien souligner qu’en 2014, Sabena Technics, la société en charge de cette maintenance, avait, sous la menace d’un transfert de l’activité de maintenance lourde des appareils en Espagne ou en Italie, accepté de sacrifier les conditions salariales de ses employés en les amenant à travailler dix heures de plus par mois sans augmentation.

Une politique libérale qui, de la même façon, a centralisé en 2019 la gestion financière des Pompiers de Paris, ce qui a engendré de multiples dysfonctionnements tels que des retards de quatre, voire six mois dans le versement des primes de vol, qui représentent 65 % du salaire, et jusqu’à 10 ou 20 % manquant sur la fiche de paie.

« Ici l’angoisse, c’est le 25-26 du mois : on voit tous les mecs au boulot regarder leur portable en attendant que la paie tombe sur l’application de la banque, je n’ai jamais vu ça ! s’indigne Stéphan Le Bars, le secrétaire général du SNPNAC, les gens arrivent avec des soucis. Nous, on a besoin d’avoir des gens qui montent dans les avions en étant sereins, apaisés et tranquilles. » On imagine sans peine que ces manques à gagner récurrents sont générateurs de tensions et de stress pour les pilotes, et des facteurs de risques supplémentaires en vol.

Une sonnette d’alarme tirée depuis des années sans n’avoir jamais été écoutée. En mars, la profession avait d’ailleurs fini par déposer un préavis de grève pour le 1er juillet : salaires, primes, reconnaissance des risques, manque de moyens, les 88 pilotes de la Sécurité Civile avaient exprimé leur ras-le-bol en menaçant de ne pas aller au feu cet été. Un métier pas même reconnu à ce jour comme à risque ! Pourtant, gravés dans le marbre à l’entrée de leur base, ce ne sont pas moins de 34 noms de pilotes morts en service aérien commandé.

Mais le dévouement est trop fort. Les incendies, d’une ampleur exceptionnelle cette année, ne leur ont pas laissé le choix : ils y sont retournés. Alors, comme pour les soignants, on applaudit bien fort, puis on détournera le regard quand la société n’aura plus besoin d’eux et que le gouvernement, pris dans l’engrenage suicidaire du libéralisme, continuera impunément à jeter l’huile sur le feu. En somme, rien de nouveau sous le soleil : à l’heure où l’argent coule à flots pour entretenir des guerres à l’extérieur de nos frontières, on justifie des économies de bout de chandelle pour faire en sorte que l’État se désengage purement et simplement de la protection du territoire et des Français contre les incendies.

Sylvain, pour Le Média en 4-4-2

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