Les sénateurs proposent une dictature démocratique avec le « Crisis Data Hub »

10 juin 2021 | Société

René-Paul Savary

La délégation sénatoriale à la prospective a présenté le 3 juin son rapport sur « le recours aux outils numériques dans la prévention et la gestion des épidémies »« Nous ne proposons pas de limiter les libertés, nous cherchons un moyen de les retrouver. » Si on a mauvais esprit, on traduira simplement par : les sénateurs projettent de fliquer la population sous un prétexte sanitaire. Mais attention ! « sans rien céder sur nos valeurs démocratiques ». Marcel adore ce genre de mauvaise foi et, comme il a parfaitement vu venir l’entourloupe, il a prédit tout ça dans son nouveau 4-4-2 que vous pouvez voir ici.

Malade ? seule solution : l’informatique !

« Les faits sont là, affirment les sénateurs, les pays qui ont le plus utilisé ces outils [numériques] sont aussi ceux qui ont, de loin, compté le moins de morts. »  Les pays qui n’ont eu que peu de morts (en pourcentage de la population) sont la Malaisie, la Turquie et le Népal (on laisse de côté les îles peu peuplées et peu touchées). Ces trois pays doivent être dotés d’une grande expertise en outils numériques, à en croire  les sénateurs. Disons que réduire le taux de létalité d’une épidémie à un problème de données informatiques est tellement absurde qu’on dirait du Laurent Alexandre.

« Sur un portable, les applications comme Tous Anti Covid, Ouisncf, Waze ou l’application de vaccin ont des données. Il n’y a pas d’interopérabilité entre ces différentes applications. Nous proposons simplement qu’en cas de crise, il y ait cette interopérabilité qui permette de cibler les personnes vulnérables, prendre des mesures qui les concernent et qui évitent des mesures de confinement global, qui protègent beaucoup mieux, et qui fait qu’au global on aurait moins de morts », détaille un sénateur.

Le modèle chinois ?

« Malheureusement, il n’y a pas de mystère : plus les outils sont intrusifs, plus ils sont efficaces », a rappelé la délégation dans son rapport. Le modèle chinois fait trop peur, on ne peut l’importer directement. Alors quoi faire ? Autoriser des traitements, ajouter des lits dans les hôpitaux ? on n’en parle même pas ! Mais « on pourrait imaginer l’envoi automatique d’un SMS à tout individu qui s’éloignerait de son domicile pendant le couvre-feu, à simple titre de rappel et sans aucune remontée d’information ».

« Dans les cas les plus extrêmes, des mesures plus fortes pourraient s’avérer indispensables : ainsi, toute violation de quarantaine pourrait conduire à une information en temps réel des forces de l’ordre, à une désactivation du titre de transport ou des moyens de paiement du contrevenant, ou encore à une amende prélevée automatiquement sur son compte bancaire, comme le font des radars routiers. »

Volontaires, anonymes, les traçages ne sont pas efficaces

Sur « le modèle du Health Data Hub, le Crisis Data Hub collecterait des données plus diverses et nominatives, mais sur un champ bien plus restreint et surtout pendant une période très limitée ». Par exemple, « ces données pourraient venir d’opérateurs privés tels qu’Orange ou la RATP ».

Le Health Data Club, un modèle ? On sait qu’il transmet nos données anonymes à Microsoft qui les décrypte en un tournemain. Voir notre article ici. 

Fustigeant la « profonde défiance à l’égard du numérique dès lors que cela implique l’État ou des pouvoirs publics » et l’usage encore poussif de l’application de traçage TousAntiCovid (17 millions de téléchargements), les sénateurs expliquent ces échecs par le fait que « toutes ces applications ont un point commun, leur inefficacité, qui s’explique par le choix des pays occidentaux de s’en tenir à des dispositifs strictement volontaires et strictement anonymes ».

La vie privée ? un préjugé soutenu par une CNIL conservatrice

« L’obstacle n’est pas technique, il est purement juridique, au nom de la “vie privée” », dénoncent-ils. « Le paradoxe, c’est que tout citoyen français dispose bien d’un numéro unique et fiable, le numéro de sécurité sociale (NIR), mais la Cnil s’est toujours opposée à son utilisation au-delà de la sphère de la protection sociale. »

Le bon Big Brother, c’est l’État, pas les Gafam

Les élus ont appelé à ne pas « se tromper de Big Brother ». « A chaque instant de notre vie, nous livrons aux géants du numérique bien plus de données que l’État n’en aura jamais, à des fins purement commerciales et sans aucune des garanties qu’offre le contrôle démocratique. Faut-il s’étonner, ensuite, que Google et Facebook en sachent davantage sur l’épidémie de Covid-19 en France que le ministère de la santé ou l’assurance maladie ? »

Qui sont les sénateurs ?

Ce sont des chefs d’entreprises, médecins, juristes, enseignants, fonctionnaires, cadres, agriculteurs. Ne cherchez pas d’ouvrier, d’employé au Smic, il n’y en a pas. Etre sénateur, c’est, à l’apogée d’une carrière politique, recevoir tous les mois plus de 7 000 € + 5 900 € net pour les « frais » + 8 400 € pour les collaborateurs, ordinateur. Les voyages en 1re classe gratuits… Vous ne voudriez quand même pas qu’ils encouragent chômeurs et  jamais contents à se déplacer librement et bloquer le pays ?