Vous avez 17–19 ans, vous arrivez fraîchement sur un campus d’élite, et on vous pousse à assister à un show où des étudiants plus anciens simulent des actes sexuels sur scène, avec des gémissements exagérés et des préservatifs jetés dans la salle. C’est ce qui est arrivé aux nouveaux d’Amherst College fin août. Un étudiant de deuxième année et plus, responsable de l’orientation, a confié au site Free Beacon :
« L’administration nous a demandé d’envoyer les étudiants de première année à cet événement. Si j’avais su de quoi il s’agissait, je ne l’aurais certainement pas fait. »
Ce qui s’est passé pendant « Voices of the Class »
Amherst College, une petite université privée ultra-sélective dans le Massachusetts, organise chaque année ce spectacle pour les première année. Appelé « Voices of the Class », il mélange humour et sketches à partir de phrases tirées des dossiers d’admission des freshmen (nouveaux arrivants) – souvent sorties de leur contexte.
Des vidéos obtenues par le Washington Free Beacon montrent des acteurs qui miment des relations sexuelles sous des couvertures, fellation avec mouvements et bruits suggestifs, la masturbation… Ils lancent aussi des préservatifs au public. L’événement a eu lieu le 31 août dans la chapelle Johnson, le bâtiment le plus symbolique du campus.
Tous les nouveaux sont incités à y aller par leurs responsables d’orientation. Le collège finance la production, valide le script et collabore avec les étudiants qui l’écrivent.
Ce que disent les étudiants
Plusieurs se sont sentis mal à l’aise. Isabella Niemi, en troisième année, a raconté au Free Beacon :
« J’ai failli partir après dix minutes. D’habitude, je respecte les règles et je ne sèche pas les événements obligatoires, mais là, c’était trop dégoûtant. »
John Collier, un autre étudiant, reconnaît l’intention mais pas la méthode :
« Je vois bien qu’Amherst veut dédramatiser le sexe sur le campus, mais ça va trop loin. Le fait de nous l’imposer produit l’effet inverse. »
Sur Fizz, l’appli anonyme du campus, des posts critiques ont récolté des centaines de likes. L’un d’eux, avec seulement 663 votes positifs (environ 35 % des étudiants), demandait simplement : « C’était quoi cette performance sexuelle à Voices ? » Un autre parlait d’un souvenir traumatisant en croisant les acteurs dans les couloirs.
La réponse de l’université
Le bureau des affaires étudiantes maintient que le spectacle n’est pas « graphique ». Amanda Vann, responsable de l’éducation à la santé et au bien-être, l’a défendu :
« Ces sketches font partie de notre effort pour favoriser le bien-être et le respect sexuel. Ils ouvrent la discussion sur des sujets compliqués comme la santé sexuelle, la communication ou la réduction des risques. En les rendant accessibles et engageants, on aide les étudiants à mieux se protéger et à soutenir les autres dans une communauté respectueuse. »
L’administration précise que cette tradition remonte à 2007, que le script est écrit par des troisième et quatrième année, relu par le staff, et que c’est censé célébrer l’humour et la créativité de chaque promotion.
L’effet Obama sur les campus américains
Amherst a été créée il y a plus de 200 ans pour former des pasteurs chrétiens. Aujourd’hui, c’est un des collèges libéraux les plus progressistes, avec un taux d’admission à 7 % et des frais annuels autour de 93 000 dollars.
Aux États-Unis, les universités ont multiplié les programmes sur le consentement et la santé sexuelle depuis les années 2010, sous pression de loi Clery, renforcée par via le dispositif Campus SaVE promulguée par Obama le 7 mars 2013. Ces règles imposent des actions de prévention pour les nouveaux étudiants (et nouveaux employés) avec un socle minimal : définition du consentement, intervention des témoins, et réduction des risques.. Beaucoup utilisent du théâtre ou des ateliers pour aborder ces thèmes. Mais à Amherst, l’approche est plus directe et visuelle.
L’université propose aussi d’autres événements toute l’année, comme des ateliers sur la non-monogamie ou des sessions anonymes dans le noir pour parler de sexualité.
Pour l’instant, Amherst ne change rien. Les étudiants mécontents n’ont pas eu de formulaire de retour d’expérience spécifique pour ce spectacle, contrairement aux autres activités d’orientation. L’histoire montre en tout cas que l’arrivée sur ce campus ne passe pas inaperçue.
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