Douste-Blazy : tout fermer pour mieux rouvrir

Politique, Santé

mise à jour le 24/02/21

Philippe Douste-Blazy

Ancien ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy plaide pour un reconfinement strict de quatre semaines et salue la décision de son président : « Les hommes d’État sont des gens qui doivent être extrêmement courageux (…) et qui ne peuvent pas avoir peur de l’impopularité. Dire aujourd’hui que l’on peut, demain, ouvrir les théâtres, les restaurants ou des lieux de culture, c’est mentir aux Français. C’est impossible. »

Faut suivre

Pourtant, le 1er février, Douste-Blazy saluait la décision du même président de ne pas reconfiner et cela après s’être, lui, déclaré, le 25 janvier, en faveur d’un confinement.

Une très brève période de courage

On se souvient pourtant d’un Douste-Blazy préconisant le traitement à l’hydroxychloroquine : « Ça fait 50 ans qu’on connaît ce médicament ! » Ce Douste-Blazy partageait les critiques du système de santé faites par le Pr Raoult.
Les deux hommes étant sur la même longueur d’ondes, le Pr Didier Raoult a écrit la préface du livre de Douste-Blazy, « Maladie française » sous-titré « Pandémie : et pourtant tout avait été préparé », publié le 22 octobre 2020. La préface de Didier Raoult critique la gestion de l’épidémie en France et particulièrement le confinement : « LHistoire se souviendra d’une époque où les gens étaient fous, où au lieu de soigner ils ont obligé des populations à rester à la maison. C’est un des phénomènes les plus étranges qui se soit passé dans l’Histoire moderne ».
Douste-Blazy ayant été candidat (en 2016) à la présidence de l’OMS, Didier Raoult va jusqu’à regretter qu’il n’ait pas été élu et Douste-Blazy jusqu’à participer à « Hold-up », le film qui pose les questions qui fâchent sur la politique sanitaire.
Le 13 novembre 2020, volte-face ! « Je suis scandalisé par les propos tenus dans le film. Je suis scandalisé par presque tout. » « Quand j’ai vu France Télévisions, c’est comme si je voyais RTL ou autre. Donc, j’y suis allé. » [NDR : Enfin quelqu’un qui pense que RTL est gage de fiabilité, d’objectivité !]

L’obligé de Bill Gates

Et notre Douste-Blazy de s’indigner qu’à voir « Hold-up », on puisse croire « Que Bill Gates, patron de Microsoft, avec qui j’ai travaillé dans l’association que j’ai fondée, […] profiterait de la pandémie pour gagner de l’argent. Ça, j’avoue que je n’en reviens toujours pas. » [NDR : Nous on n’en revient pas qu’il n’ait pas jeté un coup d’œil sur les cours de la Bourse de Microsoft depuis un an. On l’ajoute donc ci-dessous. C’est cadeau !]

L’obligé des laboratoires

Douste-Blazy, ministre de la Santé et de la Protection sociale en 2004, a mené une campagne de vaccination contre l’Hépatite B (à coups de chiffres faux). En trois ans, près de 25 millions de Français se sont fait vacciner avec les produits de GlaxoSmithKline (GSK) et de Sanofi Pasteur MSD. Et ce qui devait arriver arriva : parmi ces 25 millions, plusieurs centaines de Français (1 300 environ) développent, de façon concomitante, diverses affections auto-immunes dont des cas de sclérose en plaques. Depuis, des journalistes ont pointé quelques faits troublants comme le soutien financier d’un labo fabriquant ce vaccin dont il a bénéficié pour sa campagne municipale à Lourdes.
Plus tard, en 2017, à la suite de l’affaire du Mediator (laboratoires Servier) une enquête sur des délits dabus de biens sociaux et de recels dabus de biens sociaux aboutit à Douste-Blazy.

L’obligé de Bill Clinton

Le ministre de la Santé saute aux Affaires étrangères. Il n’y brille pas, mais a le temps de créer l’Unitaid en 2007, censé aider médicalement les pays pauvres avec une taxe sur les billets d’avions. C’est en fait une façon de financer la campagne électorale de Clinton (Unitaid cofinance la fondation Clinton à hauteur de 70 millions de dollars).
La Cour des comptes ironise sur l’Unitaid : « Le modèle financier est d’une grande complexité, et la présentation comptable de ses résultats demeure largement ésotérique. Il repose sur des centaines de pages d’accords juridiques et de notes de procédure, très méticuleusement établis par de nombreux avocats et consultants britanniques, avec le concours de la Banque mondiale pour ce qui concerne la gestion de la trésorerie. »

L’obligé de la Fondation Bill et Melinda Gates

En 2008 Douste-Blazy est conseiller spécial chargé des sources novatrices de financement du développement, auprès du secrétaire général des Nations unies et Bill Clinton appuie son rêve de prix Nobel de la Paix (on croit rêver !). Ils lancent le programme humanitaire MassiveGood, dont la publicité (suivie d’un flop) coûte 22 millions de dollars (pas perdus pour le cabinet McKinsey qui a formalisé le projet). La Fondation Bill et Melinda Gates paiera la facture.

Une politique au gré du vent

2017 : Douste-Blazy demande à François Fillon de se retirer de l’élection présidentielle, au profit d’Alain Juppé : « Il n’a pas été à la hauteur des responsabilités qui étaient les siennes. »
Il rejoint donc Macron pour sa capacité « à dépasser les clivages partisans de plus en plus artificiels et qui ont fait tant de mal à notre pays ».

Cet homme nous offre par sa vie une vraie leçon : « Il est des moments où il faut faire passer son pays et ses idées avant sa propre personne », nous dit-il. L’aboutissement de cette carrière exemplaire ne pouvait manquer de passer par la case confinement… en attendant autre chose.

Jacqueline pour « Le Média en 4-4-2 »

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