La Banque de France parle d’une légère stabilisation par rapport au mois d’avril. Le mot est rassurant. Il signifie simplement que les entreprises françaises continuent de tomber à un rythme proche de 70 000 par an, sans accélérer davantage. Dans la Macronie, ne plus creuser aussi vite est désormais présenté comme une remontée.
37 700 entreprises tombées en six mois
Les chiffres publiés par Altares pour le deuxième trimestre 2026 confirment que l’incendie économique n’est pas éteint. Depuis janvier, 37 700 entreprises sont entrées en procédure collective, soit 1 500 de plus qu’au premier semestre 2025. Deux sur trois ont directement basculé en liquidation.
Près de 58 830 emplois sont menacés selon cette étude. Une autre estimation, fondée sur un périmètre différent, évoque plus de 106 000 postes exposés durant le premier semestre. Derrière les tableaux Excel se trouvent des restaurants, des artisans, des agriculteurs, des commerçants et des patrons de PME qui ferment avec leur outil de travail, leurs économies et parfois leur maison engagée en garantie.
Les secteurs les plus abîmés ne sont pas anecdotiques. Sur douze mois, la Banque de France compte 14 368 défaillances dans la construction, 13 940 dans le commerce et la réparation automobile, et 9 553 dans l’hébergement-restauration. L’agriculture affiche une hausse annuelle de 19,6 %. Le pays qui voulait réindustrialiser commence donc par liquider ceux qui construisent, produisent, transportent, cultivent et nourrissent.
Le « quoi qu’il en coûte » n’était pas un cadeau
Pendant la crise sanitaire, les fermetures administratives ont privé des milliers d’entreprises de leurs clients. Pour éviter l’effondrement immédiat, l’État a distribué des aides et garanti des prêts bancaires. Environ 600 000 entreprises ont souscrit un prêt garanti par l’État en quelques mois.
Ces PGE ont empêché des faillites instantanées. Mais un prêt reste une dette. Les entreprises ont dû recommencer à rembourser alors qu’elles affrontaient simultanément l’inflation, l’explosion des factures énergétiques, la hausse des taux d’intérêt, la consommation en berne et l’empilement des normes. Le gouvernement avait congelé les difficultés ; il les a ensuite remises à température ambiante.
Selon les données reprises par La Tribune, l’endettement médian des entreprises défaillantes est passé de 25 % en 2019 à 31 % en 2025. Le rattrapage mécanique de la période Covid ne suffit d’ailleurs plus à expliquer la situation : pour les TPE, PME, ETI et grandes entreprises, le surplus de défaillances enregistré depuis 2023 a désormais dépassé le nombre de faillites évitées pendant la crise sanitaire.
Bruxelles surveille les aides, pas les rideaux qui tombent
Pour les entreprises incapables de rembourser leur PGE en six ans, un étalement reste possible dans certaines procédures amiables. Mais le gouvernement reconnaît lui-même qu’une nouvelle dérogation générale serait difficile à obtenir, car les aides aux entreprises en difficulté sont strictement encadrées par les règles européennes de concurrence.
L’Union européenne tolère donc la dette lorsqu’elle finance des plans décidés d’en haut, mais s’inquiète rapidement d’une « distorsion de concurrence » lorsqu’un État souhaite maintenir ses petites entreprises en vie. Bruxelles protège le marché avec une telle ardeur qu’il ne restera bientôt plus grand monde pour y vendre quoi que ce soit.
Il serait toutefois trop facile d’attribuer les 70 077 défaillances aux seuls PGE ou à l’Union européenne. La Banque de France évoque des chocs successifs, une conjoncture dégradée et des incertitudes persistantes. À cela s’ajoutent les choix français : fiscalité, instabilité politique, énergie coûteuse, commandes en baisse et absence de stratégie industrielle cohérente.
La start-up nation ferme boutique
Macron promettait une nation d’entrepreneurs. Il l’a obtenue : plus d’un million d’entreprises sont encore créées chaque année, souvent sous le régime fragile de la microentreprise. Beaucoup naissent faute d’emploi stable, puis disparaissent sans bruit. Les créations alimentent les discours ; les liquidations remplissent les tribunaux.
Le « quoi qu’il en coûte » aura donc surtout coûté du temps. Il a repoussé une partie des faillites sans reconstruire une économie capable de produire, d’investir et de respirer. L’État a payé pour maintenir les entreprises sous cloche, puis les a rendues à un marché dégradé, lestées de dettes et encadrées par Bruxelles. L’addition est servie. Pour le règlement, comme toujours, la Macronie compte sur les autres.
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