Athlétisme féminin : l’Europe veut en finir avec les plans caméra sur les fesses, la France se prépare à manifester

L’UER (Union européenne de radio-télévision) et European Athletics demandent aux diffuseurs d’éviter les cadrages trop insistants sur certaines parties du corps des athlètes. Une décision qui menace directement le patrimoine national du ralenti inutile et de la contre-plongée obstinée.

mise à jour le 16/07/26

Bientôt, filmer une athlète de dos exigera probablement une autorisation, trois formulaires et un prêtre.

L’Union européenne de radio-télévision et European Athletics viennent de publier un guide consacré aux images diffusées pendant les compétitions féminines d’athlétisme. Le document recommande d’éviter les plans filmés au ras du sol, les cadrages serrés par-derrière et les ralentis qui n’apportent rien à la compréhension d’un saut, sauf à préparer une thèse sur la résistance du Lycra.

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Il ne s’agit pas d’une loi, encore moins d’une interdiction générale. L’UER présente ce document comme une série de conseils adressés aux réalisateurs et aux caméramans. Certains angles pourraient continuer d’être utilisés lorsqu’ils présentent un véritable intérêt sportif. Le zoom obstiné sur le même centimètre carré de tissu devra simplement trouver une meilleure excuse.

Le pays n’était pas prêt. Notre rédaction est à deux doigts d’appeler à des manifestations dans toute la France pour défendre le droit imprescriptible du caméraman à rester cinq secondes de trop sur une athlète qui se relève du bac à sable : « Touche pas à mon ralenti. »



Une société en string découvre soudainement la pudeur

Le plus beau reste cette soudaine crise de pruderie dans une société qui utilise le sexe pour vendre des voitures, des parfums, des yaourts, des téléphones, des séries et probablement bientôt des contrats d’assurance obsèques.

Le corps dénudé est moderne dans la publicité, artistique dans un clip, courageux sur les réseaux sociaux et libérateur dans certaines manifestations. Mais dès qu’un réalisateur sportif cadre une athlète en tenue de compétition, la civilisation occidentale remet précipitamment son col roulé.

Le cul est donc acceptable lorsqu’il vend un parfum à 140 euros, mais devient une menace pour la dignité humaine lorsqu’un chronomètre apparaît dans le coin de l’écran.

Cette pudeur à géométrie variable atteint parfois des sommets. Des événements destinés à des mineurs mettant en scène des artistes drag ont déjà provoqué des polémiques. Des parents ont également contesté certains supports d’éducation sexuelle jugés trop crus. Le programme officiel de l’Éducation nationale affirme pourtant privilégier des contenus adaptés à l’âge, le consentement, la santé et le respect de l’intimité. (sic)

Il reste difficile de ne pas remarquer une contradiction culturelle. La nudité est célébrée partout au nom de la liberté, avant que les mêmes institutions ne dégainent la brigade de la pudeur devant une réception de saut en longueur.

On pourrait presque croire que le problème n’est pas le corps, mais la personne qui a le droit de décider comment il doit être regardé.


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Le short existe, et le dos aussi

Il faut aussi arrêter de transformer systématiquement le caméraman en voyeur professionnel. Lorsqu’une athlète court, saute, tombe dans le sable puis se relève, la caméra suit l’action. Si elle est filmée de dos, son dos ne s’arrête pas mystérieusement au niveau de la taille. Le reste du corps apparaît également à l’image. Ce n’est pas toujours une machination patriarcale : parfois, c’est simplement l’endroit où se trouve l’athlète.

La question des tenues ne peut pas non plus être évacuée. Quand une sportive porte une culotte si échancrée qu’elle semble avoir été avalée par son propre fessier, il devient assez difficile d’exiger ensuite que les caméras fassent comme si celui-ci était devenu invisible. Une tenue près du corps montre les formes. Ce n’est ni un jugement moral ni une découverte scientifique.

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Personne ne demande aux athlètes de courir en combinaison de ski. Mais lorsqu’un short, un cuissard ou une tenue plus couvrante est autorisé, chacune peut choisir ce qui lui convient. Au beach-volley, contrairement à une idée encore répandue, le bikini n’est pas obligatoire : la Fédération internationale prévoit notamment des shorts, des pantalons jusqu’aux genoux, des tenues longues ou d’autres modèles acceptés par l’organisation. Son règlement indique même que les joueuses sont libres de choisir le style qu’elles préfèrent dans le cadre de la compétition. Donc ces femmes choisissent de mettre ces tenues.

Le caméraman ne dessine pas les maillots, ne choisit pas leur coupe et ne pousse pas le tissu entre les fesses avant le départ. Il filme une compétition avec les corps, les mouvements et les vêtements qui se trouvent devant son objectif.



Les hommes, cette espèce qui remarque ce qu’elle regarde

Le discours officiel finit souvent par présenter le public masculin comme une vaste association de pervers assis dans leur canapé, attendant avec impatience qu’une perchiste retombe dans une position compromettante.

Il faut reconnaître que certains téléspectateurs regardent effectivement les sportives avec une attention qui dépasse légèrement l’étude du dernier appui. Mais remarquer qu’une femme est belle ou qu’un corps est athlétique ne transforme pas automatiquement un homme en criminel sexuel recherché dans douze départements. Tout les Français ne sont pas comme Patrick Bruel ou DSK !

Le sport repose aussi sur les corps, leur puissance, leur esthétique et leur mouvement. On regarde les muscles d’un sprinteur, les épaules d’un nageur et les cuisses d’un cycliste sans rédiger immédiatement un rapport de 23 pages sur la sexualisation de Bernard Hinault.

À force de vouloir purifier chaque image, on risque de produire des retransmissions où les athlètes seront filmées uniquement au-dessus des sourcils. Le 100 mètres pourrait alors être diffusé comme un documentaire animalier consacré aux fronts qui se déplacent rapidement.

« Au moins, cela fait de l’audience »

Reste l’argument économique : certains plans attireraient une partie du public masculin et offriraient davantage de visibilité au sport féminin, parfois moins suivi que son équivalent masculin :

  • Le téléspectateur concerné n’observe évidemment pas les fesses. Il étudie le transfert d’énergie du bassin.
  • Il ne demande pas un troisième ralenti. Il vérifie la régularité de la foulée.
  • Il ne se rapproche pas de l’écran. Il analyse la biomécanique.

Oui, l’esthétique participe au spectacle sportif. Oui, les corps attirent le regard. Et oui, des images spectaculaires peuvent donner envie de suivre une compétition. Mais lorsque l’audience repose uniquement sur un gros plan de postérieur, ce n’est plus exactement une stratégie de développement du sport féminin. C’est du divertissement pour adultes avec un tableau des médailles.

Réclamations de la rédaction 4-4-2

Nous réclamons le maintien des plans larges, des ralentis techniques, des images de joie, de fatigue, de puissance et, naturellement, des corps entiers. Les sportives ne sont pas des têtes flottantes au-dessus d’un survêtement obligatoire.

En revanche, si un ralenti ne permet ni de comprendre le geste, ni de mesurer la performance, ni de suivre la compétition, mais seulement de compter les coutures d’un short, le caméraman pourra éventuellement reprendre son souffle.

Il restera toujours Internet pour poursuivre ses recherches biomécaniques :

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