Société

Affaire Lyhanna : “Il va y avoir une guerre civile, ça va se régler d’homme à homme”, prévient une psychologue sur la sécurité des enfants

Après la mort de Lyhanna, 11 ans, dans le Gers, une séquence diffusée sur BFMTV a traduit la colère d’une partie du pays face aux lenteurs judiciaires dans les affaires de violences sexuelles sur mineurs.

mise à jour le 09/06/26

Une procédure qui dure 6 ou 10 ans, c’est encore de la justice ou juste de l’attente organisée ?

La mort de Lyhanna, 11 ans, retrouvée sans vie dans le Gers après sa disparition à Fleurance, continue de provoquer une onde de colère. Sur BFMTV, lundi 8 juin, l’émission animée par Maxime Switek est revenue sur cette affaire en présence du ministre de la Justice, Gérald Darmanin. Au cœur des échanges : la place laissée aux victimes, les délais judiciaires et le sentiment, très fort chez les Français, que l’institution ne protège plus assez les enfants.

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Dans cette séquence, Clément, agent de sécurité et ancien surveillant pénitentiaire, a pris la parole avec une violence verbale assumée. Son intervention n’est pas celle d’un juriste, ni d’un responsable politique. C’est celle d’un homme qui dit ne plus croire au fonctionnement actuel de la justice lorsqu’il s’agit de pédocriminalité, de viols ou de crimes terroristes.

« S’il y avait un rétablissement de la peine de mort pour les terroristes, pour les pédophiles, pour les violeurs, pour ce genre de salopards, il y aurait des économies et il y aurait des places de prison en plus », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter : « Ces mecs-là n’ont pas le droit de vivre. »

Ces mots sont durs. Ils choquent, forcément. Mais ils disent aussi une colère qui dépasse le seul plateau télé. Dans l’affaire Lyhanna, le profil du suspect et les procédures passées dont il a fait l’objet ont alimenté un sentiment d’abandon : comment un homme déjà signalé ou visé par des plaintes a-t-il pu rester libre aussi longtemps ? C’est cette incompréhension qui nourrit aujourd’hui une défiance profonde envers la justice.

Johanna Rozenblum parle de « désarroi », pas seulement de colère

Après l’intervention de Clément, la psychologue clinicienne Johanna Rozenblum a réagi en ramenant le sujet sur le terrain des parents. Pour elle, il ne faut pas balayer ces paroles comme une simple sortie de colère.

« Là, on entend des papas, on entend des parents. C’est ces gens-là qu’il faut écouter, avant la justice, avant la politique. Il ne s’agit pas de colère de ces papas, il s’agit de désarroi. »

Son propos va plus loin. Elle prévient que si les familles n’ont plus confiance dans la capacité de l’État à protéger les enfants, certains pourraient finir par vouloir régler les choses eux-mêmes.

« Si les Français sombrent dans le désarroi concernant la sécurité de leurs enfants, il va y avoir une guerre civile », a-t-elle lancé. « Les choses vont se régler d’homme à homme. C’est très important de prendre conscience de ça. »

Cette phrase ne doit pas être lue comme un appel à la vengeance. Elle sonne plutôt comme un avertissement : lorsqu’une société donne aux parents le sentiment que leurs enfants ne sont plus protégés, la colère peut sortir du cadre démocratique. Et ce risque-là, personne ne devrait le prendre à la légère.

La parole des enfants au centre du malaise

La psychologue clinicienne a aussi insisté sur un autre point : la difficulté pour les enfants victimes d’être entendus jusqu’au bout. Selon elle, les messages adressés aux mineurs sont contradictoires. On leur demande de parler, mais leur parole se heurte ensuite à des classements, des non-lieux, des délais très longs ou à la suspicion.

« Rendez-vous compte, un enfant toutes les trois minutes… Quand un enfant parle, ce qu’on oublie de dire, c’est que dans 70 % des cas, il va y avoir un non-lieu. Les faits sont insuffisamment caractérisés. Les enfants parlent, on leur dit « procès Outreau », donc les enfants ont menti, donc on va pas croire les enfants. » *

* Dans l’affaire d’Outreau, tout a été fait pour imposer l’idée que « les enfants avaient menti ». Les acquittements ont été obtenus en poussant les enfants à revenir sur leurs témoignages par la terreur — Dupond-Moretti s’en est chargé. De plus, deux des acquittés ont par la suite été condamnés pour agression sexuelle.

Johanna Rozenblum décrit un parcours dans lequel la victime mineure se retrouve souvent fragilisée une seconde fois. L’enfant parle, mais il peut avoir le sentiment qu’on ne le croit pas. Une mère alerte, mais elle peut être soupçonnée de manipuler son enfant dans un conflit familial. Un agresseur présumé est désigné, mais l’enquête dure parfois des années 6 ans, 7 ans, 10 ans.

« Aujourd’hui, vous savez ce que je fais avec mes patients ? »

La fin de l’intervention de Johanna Rozenblum a été particulièrement forte. Elle a expliqué qu’au lieu de pouvoir accompagner sereinement des victimes dans leur reconstruction et dans leur parcours judiciaire, elle se retrouve souvent face à des situations psychiques très lourdes.

« J’aimerais accompagner mes patients dans un parcours de reconstruction après le trauma. J’aimerais aussi les accompagner dans un parcours judiciaire pour qu’ils puissent faire face à la justice, parler, s’exprimer… Aujourd’hui, vous savez ce que je fais avec mes patients ? Huit patients sur dix, je leur trouve des places en hôpital psychiatrique, je supplie mes confrères psychiatres et pédopsychiatres de prendre encore ces patients et j’en perds chaque année 10 parce que 50 % des victimes se suicident et passent à l’acte.»

Derrière l’affaire Lyhanna, une peur simple : ne plus pouvoir protéger ses enfants

La séquence diffusée sur BFMTV dit quelque chose de très concret : beaucoup de parents ne supportent plus l’idée qu’un enfant puisse parler, alerter, être entouré d’adultes, et que le système réagisse trop tard.

La colère autour de Lyhanna ne vient pas seulement de l’horreur du crime. Elle vient aussi de cette impression que des signaux existaient avant le drame. Quand cette idée s’installe, la confiance s’abîme vite.

Clément a parlé avec des mots extrêmes. Johanna Rosenblum a répondu avec un avertissement tout aussi brutal. Mais les deux interventions tournent autour d’un même point : lorsque la justice donne l’impression d’arriver après la catastrophe, les familles ne demandent plus seulement des explications. Elles veulent des actes, des délais plus courts, une meilleure prise en compte de la parole des enfants et une protection réelle avant qu’il ne soit trop tard.

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