Analyse de l’intervention américaine au Venezuela : Un tournant géopolitique dans un monde multipolaire

Les USA capturent Maduro le 3 janvier 2026 pour contrôler les plus grandes réserves pétrolières mondiales et chasser la Chine et la Russie de l'hémisphère occidental. Cette analyse géopolitique décrypte la Doctrine Monroe version Trump : ressources d'abord, Europe/Ukraine en second plan, prétexte drogue pour justifier l'opération.

mise à jour le 05/01/26

Opération US au Venezuela : un message à la Chine et à la Russie

Le 3 janvier 2026, les États-Unis ont lancé une opération militaire au Venezuela, marquant l’une des interventions les plus directes en Amérique latine depuis l’invasion de Panama en 1989. Cette action, orchestrée par l’administration Trump, a impliqué des frappes aériennes ciblées sur des sites à Caracas et dans le nord du pays, visant des installations militaires et des centres censés être liés au narcotrafic. Le président Donald Trump a annoncé sur Truth Social la capture de Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores, qui ont été évacués du pays. Maduro est accusé de narcoterrorisme et sera jugé aux États-Unis. Officiellement, l’objectif est de démanteler le « Cartel des Soleils » (Cartel de los Soles), accusé d’impliquer des dirigeants vénézuéliens dans le trafic de cocaïne. Officieusement, le pétrole est le véritable objectif afin d’affaiblir la Chine et la Russie.

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Motivations américaines : sécurisation des ressources et recentrage sur l’hémisphère occidental

Cette intervention américaine vise à sécuriser les ressources stratégiques face à une influence déclinante en Europe. Le Venezuela détient les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde (environ 300 milliards de barils), du gaz naturel, du coltan (utilisé dans l’électronique) et d’autres minéraux stratégiques. Sous la présidence de Maduro, ces ressources étaient gérées via des alliances avec la Russie (notamment Rosneft), la Chine et l’Iran, ce qui pourrait être redirigé vers des intérêts occidentaux suite à cette opération.

Donald Trump a exprimé des idées expansionnistes par le passé, comme la proposition d’acheter le Groenland en 2019 pour ses minéraux (terres rares) et sa position stratégique arctique, ou des plaisanteries sur l’annexion du Canada comme 51e État pour accéder au pétrole albertain et aux minéraux. Plus récemment, son administration a renforcé le contrôle sur les ressources en Amérique latine, via des accords commerciaux ou des pressions sur des pays comme le Mexique pour les chaînes d’approvisionnement en semi-conducteurs. Cela s’inscrit dans une « doctrine Monroe modernisée », où les États-Unis consolident leur « arrière-cour » pour préparer « l’Amérique de demain » dans un monde multipolaire, comme décrit par le président russe Vladimir Poutine avec des blocs rivaux (BRICS, OTAN, UE). L’intervention au Venezuela pourrait ainsi marquer le début d’actions similaires pour garantir l’accès au pétrole, au lithium (essentiel pour les batteries), et aux terres rares, cruciaux pour l’intelligence artificielle, les véhicules électriques et la défense nationale, plutôt qu’un Nouvel Ordre Mondial unifié.

La National Security Strategy of the United States of America (NSS), datée de novembre 2025, est le document-cadre publié par la Maison-Blanche : il expose la vision stratégique, les priorités et les principes de politique étrangère et de sécurité nationale de l’administration en place. On y trouve notamment la notion de « Western Hemisphere » (l’ensemble des Amériques) — donc l’Amérique du Sud est incluse — et une idée centrale : les États-Unis veulent reprendre la main dans leur « voisinage » et empêcher la Chine (premier partenaire du Venezuela), la Russie (et d’autres puissances dites « non hémisphériques ») d’y installer des capacités ou de contrôler des actifs stratégiques.

L’idée de base s’apparente à une « zone tampon » : Washington veut que le continent américain soit stable, sous contrôle, et sans bases, ports ou infrastructures clés aux mains de rivaux. Le texte évoque aussi la volonté de réaffirmer et de faire appliquer la doctrine Monroe via un « Trump Corollary » (le « corollaire Trump »), le nom que la National Security Strategy (novembre 2025) donne à une extension de la doctrine Monroe appliquée au XXIᵉ siècle. Enfin, le document résume ses objectifs avec deux verbes : « Enlist and Expand » (« enrôler » et « étendre »).

Pour illustrer la manière dont une partie du camp américain conçoit l’appropriation des richesses — comme si elles lui revenaient de droit — JD Vance a publié sur X, le 3 janvier 2026, cette déclaration pour le moins lunaire à propos du pétrole :

« Le président a offert plusieurs issues de secours, mais a été très clair tout au long de ce processus : le trafic de drogue doit cesser, et le pétrole volé doit être restitué aux États-Unis. »

À l’époque où les États-Unis contrôlaient le pétrole vénézuélien, avant l’arrivée au pouvoir de Chávez.
@investigaction

Nos livres : https://bit.ly/invs-editions J’ai beaucoup visité le Venezuela, parlé avec Chavez, rencontré plein de gens merveilleux et j’en ai tiré un livre qui explique le véritable « crime » de Chavez, de Maduro et du peuple vénézuélien.   Première d’une série de Minute Michel : infos cachées, causes occultées, actions de solidarité…   La Minute Michel épisode #79

♬ son original – Investig’Action

Liens avec l’Europe, l’Ukraine et le statu quo

Les États-Unis se concentrent davantage sur les territoires à proximité. L’administration Trump critique l’Union européenne pour son manque de contributions à l’OTAN et son soutien prolongé à l’Ukraine, contrastant avec la volonté américaine d’un statu quo rapide (gel des lignes de front pour éviter une escalade). Trump a déclaré que les États-Unis ne peuvent plus « subventionner » la défense européenne, poussant Washington à prioriser des gains immédiats en Amérique latine, où les ressources sont accessibles sans dépendre d’alliés récalcitrants. L’avancée de Poutine, par exemple dans le Donbass, résulte de cette division occidentale. Si les États-Unis se recentrent sur les Amériques, cela affaiblit leur influence en Europe, forçant l’UE à se militariser davantage via des initiatives de défense commune. Cette approche transactionnelle convient aux intérêts américains : poursuivre des objectifs économiques et sécuritaires isolationnistes, sans se soucier outre mesure des préoccupations européennes sur la guerre en Ukraine ou les normes internationales.

Le narcotrafic comme prétexte à l’intervention

La lutte contre le narcoterrorisme est présentée comme la justification officielle : Maduro est accusé depuis 2020 de diriger le « Cartel des Soleils », avec des liens au trafic de cocaïne vers les États-Unis. La prime sur sa tête a été doublée en 2025, et Trump a décrit l’intervention comme une collaboration avec les forces de l’ordre américaines pour démanteler ces réseaux. Cependant, les États-Unis ont ignoré les données scientifiques de la DEA (Cocaine Signature Program) sur les saisies analysées aux États-Unis en 2024 :

Ce programme attribue l’origine à la coca (et non au pays de transit) et classe environ 84 % des échantillons comme d’origine colombienne, 4 % péruvienne, et 10 % comme profil mixte « Colombie–Pérou ».

Le Venezuela n’apparaît pas comme pays d’origine dans ce type de classement, parce que ce programme attribue l’origine à la coca (principalement Colombie/Pérou/Bolivie). Le Venezuela peut être un pays de transit / de départ logistique, mais ce n’est pas présenté comme une route majeure directe vers les États-Unis dans plusieurs analyses récentes basées sur les saisies.

L’opération US au Venezuela ressemble plus à une décapitation de leadership qu’à une guerre anti-drogue, renforçant l’idée d’un motif opportuniste pour des intérêts américains.

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Lien avec la visite de Netanyahou et le rôle potentiel d’Israël

Une coïncidence temporelle intrigue : lors d’une rencontre avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou à Mar-a-Lago fin décembre 2025, Trump a annoncé une frappe sur un dock vénézuélien prétendument utilisé pour le trafic de drogue, orchestrée par la CIA. Netanyahu avait auparavant averti des liens entre le Venezuela, l’Iran et le Hezbollah, qualifiant cela de menace pour la sécurité régionale – une rhétorique reprise par Trump. Des analystes et posts sur X spéculent que les renseignements israéliens (Mossad) ont pu fournir des informations ou un soutien logistique, vu l’hostilité d’Israël envers les alliés sud-américains de l’Iran (le Venezuela accuse Israël de « génocide » à Gaza).

Impact sur la Chine, la Russie et l’Iran

L’attaque au Venezuela frappe indirectement ces puissances : Maduro a tissé des alliances étroites avec elles pour contourner les sanctions américaines. La Russie et la Chine exploitent le pétrole vénézuélien, tandis que l’Iran fournit du carburant et du soutien technique. Une chute de la présidence pourrait rediriger ces ressources vers des intérêts occidentaux. Des observateurs comme Nigel Farage commentent que ces actions, bien qu’illégales, pourraient faire « réfléchir » Pékin et Moscou. Mais, par ailleurs, cette logique de deux poids deux mesures alimente un argument de “prétexte” : elle peut être brandie pour justifier, au moins sur le plan rhétorique, l’offensive russe en Ukraine ou une action chinoise contre Taïwan. Si Washington s’autorise des formes d’ingérence et de pression visant à déstabiliser des régimes jugés hostiles — par exemple au Venezuela —, pourquoi Moscou et Pékin s’en priveraient-ils ?

Les propos de Laura Richardson : quand tout est dit !

La générale Laura Richardson, commandante du US Southern Command (SOUTHCOM), a souligné l’importance stratégique de l’Amérique latine et des Caraïbes, incluant Cuba, le Venezuela et le Nicaragua.

Le 19 janvier 2023, la générale Laura Richardson (Commandement Sud), a participé à une discussion organisée par l’Atlantic Council. Elle y décrit la région comme riche en ressources naturelles : 31 % de l’eau douce mondiale ; 60 % du lithium mondial (dans le « triangle du lithium » : Argentine, Bolivie, Chili) ; ainsi que du pétrole, du gaz, de l’or, du cuivre, de l’argent et des terres rares. Elle explique que ces ressources attirent la Chine (premier partenaire commercial dans de nombreux pays, devant les États-Unis) et la Russie. (Ndlr : le Venezuela dispose des plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde — 303 milliards de barils, soit environ 17–20 % du total mondial — devant l’Arabie saoudite ; mais sa production actuelle reste faible, autour de 800 000 à 1 million de barils/jour en 2025–2026, soit moins de 1 % de la production mondiale.)

Richardson met en garde contre les liens de ces pays avec la Russie : ventes d’armes (2,3 milliards de dollars en 10 ans), présence militaire (plus de 200 troupes russes à Cuba pour une station de suivi satellite), visites diplomatiques (comme celle de Lavrov en 2023 à Cuba, Nicaragua, Venezuela et Brésil) pour contrer l’influence américaine et promouvoir un monde multipolaire. Pour Richardson, la région est cruciale pour la sécurité nationale américaine, car sans investissement, l’influence chinoise et russe pourrait dominer, comme en Afrique, menaçant l’accès aux ressources essentielles pour l’économie et la défense US. Cela renforce l’idée que l’intervention au Venezuela n’est pas isolée, mais une réponse à ces menaces pour exclure les rivaux.

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Cela est renforcé par les propos de María Corina Machado, lauréate vénézuélienne du Prix Nobel de la Paix, qui déclarait lors d’un podcast animé par Donald Trump Jr. et publié sur Rumble le 26 février 2025 :
« Oubliez l’Arabie saoudite : nous (le Venezuela) avons plus de pétrole qu’eux. Nous privatiserons toute notre industrie pour vous (les Américains). Les entreprises américaines en tireront d’énormes profits ! »
À cela s’ajoute une inquiétude plus large à Washington : la dédollarisation en cours. Le Venezuela, avec ses énormes réserves pétrolières, a commencé sous Maduro à vendre une partie de son pétrole en yuans, euros ou autres monnaies pour contourner les sanctions. En reprenant le contrôle de ces réserves et en les redirigeant vers des compagnies américaines qui factureront en dollars, les États-Unis espèrent freiner cette tendance et renforcer la demande mondiale pour le dollar, au moment même où les BRICS poussent pour des paiements en monnaies locales. Cela rappelle les menaces répétées de Donald Trump contre les BRICS en janvier 2025 :
« L’idée que les pays BRICS essaient de s’éloigner du dollar pendant que nous restons les bras croisés est TERMINÉE. Nous exigeons que ces pays s’engagent à ne pas créer une nouvelle monnaie BRICS, ni à soutenir une autre monnaie pour remplacer le puissant dollar américain. »

Vers un isolationnisme agressif américain

La situation au Venezuela est un virage des États-Unis sous Trump vers un isolationnisme : utilisant des prétextes comme le narcotrafic (potentiellement aidé par Israël) pour sécuriser des ressources et évincer des alliés de la Chine, de la Russie et de l’Iran, tout en se désengageant d’Europe et d’Ukraine pour un statu quo favorable. Les propos de Richardson confirment que la région (Cuba, Venezuela, Nicaragua) est vitale pour ses ressources abondantes et terres rares, face à des relations russo-chinoises grandissantes. Cela marque potentiellement le début d’une ère d’interventions dans les Amériques, dans la perspective d’un avenir multipolaire, mais au risque d’instabilité et d’accusations d’impérialisme. Pour autant, à ce stade, on n’est pas encore dans un bourbier comparable à l’Irak.

Pour l’heure, et en dépit des propos de Donald Trump, c’est une chose de mener une opération ciblée visant à écarter le président vénézuélien et son entourage ; c’en est une tout autre de vouloir « prendre » le Venezuela par la guerre, avec des troupes au sol. Les deux scénarios ne sont pas comparables. Par ailleurs, la continuité constitutionnelle de l’État est assurée : c’est donc la vice-présidente, Delcy Rodríguez, qui est appelée à assumer la direction de l’exécutif.

C’est là que tout se joue : que fera Delcy Rodríguez (héritière constitutionnelle de Maduro) ? Sera-t-elle disposée à négocier avec Trump un accès aux ressources via des contrats exclusifs pour des compagnies américaines comme Chevron et Exxon, en échange d’une levée partielle des sanctions et d’investissements visant à relancer la production, ce qui aurait pour effet de réduire l’influence chinoise et russe ? Mais au risque d’être perçue comme une « marionnette » ?

Quant au peuple, la demande est celle-ci :

« Où est la déclaration de la soi-disant lauréate du prix Nobel de la paix, María Machado, qui parle de paix, quand son pays, le Venezuela, a été attaqué par l’impérialisme américain ? »

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