« La police, c’est Daesh avec la sécurité de l’emploi » : Laurent Nuñez porte plainte contre Pierre-Emmanuel Barré

Le 9 novembre 2025, l'humoriste Pierre-Emmanuel Barré distille sur Radio Nova une chronique qui fera date. Qualifiant police et gendarmerie d'institutions "structurellement violentes, racistes et déresponsabilisantes", il conclut par une comparaison qui fera grincer les dents du ministère : "La police, c'est Daesh avec la sécurité de l'emploi". Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur, déposera plainte le soir même pour "propos inqualifiables". La satire aurait-elle franchi la ligne jaune ?

mise à jour le 16/11/25

Apparemment, comparer la police à Daesh est plus grave que de jouer à Counter-Strike avec des manifestants.

Chronique d’une provocation annoncée

Dans « La Dernière », Pierre-Emmanuel Barré ouvre le bal par une question faussement naïve : « Personne n’a été violé par la police aujourd’hui ? » S’ensuit un inventaire glaçant : agents de Bobigny mis en examen pour agression sexuelle, gendarme marseillais et touriste anglaise menottée. L’humour, noir, sert de révélateur à une réalité documentée : 429 victimes de violences sexuelles par les forces de l’ordre depuis 2012. « La police viole en ville, la gendarmerie à la campagne », lâche-t-il, avant de rappeler que la France détient le record européen de morts en garde à vue. Son verdict : « Se faire contrôler est plus dangereux que de sauter en parapente. »

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Sainte-Soline, ou la guerre des caméras-piétons

Le cœur de l’affaire bat au rythme des images de Sainte-Soline, révélées par Mediapart. Les caméras des gendarmes montrent des tirs horizontaux interdits, des grenades lancées à bout portant et une bande-son jubilatoire : « On va les tuer ! » « J’en ai couché au moins quatre ! » Pierre-Emmanuel Barré y voit un « Counter-Strike » grandeur nature où l’on « massacre des inconnus ». Face aux 200 blessés — dont 40 graves —- l’humoriste s’interroge : où commence la disproportion ?

Le ministre, cible désignée

Laurent Nuñez, alors préfet de police, avait parlé de « petits manquements » et de « gestes pas toujours proportionnés ». Des euphémismes qui valent au ministre d’être traité de « grosse cuve à pisse » – expression pudiquement caviardée. Pierre-Emmanuel Barré rappelle qu’à l’époque des Gilets jaunes, les ophtalmologues parisiens avaient « triplé leur chiffre d’affaires ». La satire, arme de déconstruction massive ?

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La plainte qui fait désordre

La réaction de Nuñez fut immédiate : plainte pour diffamation. Son entourage s’indigne d’une comparaison avec Daesh, surtout en période de commémorations du 13-Novembre. Le syndicat Police Un1té saisit l’Arcom, qualifiant les propos d’« immondes ». Pourtant, le ministre n’avait usé que de mots mesurés pour les violences de ses troupes à Sainte-Soline et la Justice avait poursuivi sa sieste. Faut-il en conclure qu’une blague offense plus qu’une grenade ?



Radio Nova campe sur ses positions

La station oppose un communiqué sans équivoque : « La satire, la caricature et la critique sont protégées dans une société libre. » Elle précise que la chronique n’a aucun lien avec les attentats et « n’acceptera aucune menace ». Pendant ce temps, Pierre-Emmanuel Barré profite de la polémique pour promouvoir sa BD sur les réseaux. L’art de retourner une plainte en publicité gratuite.

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Le paradoxe français

Cette affaire dessine en creux un curieux paradoxe : des gendarmes filmés dans l’exaltation de la blessure impunie, quand un humoriste risque le tribunal pour une simple métaphore. Comme le note Radio Nova, « une société libre n’a rien à craindre du rire ». Reste à savoir si la justice partagera cette philosophie. L’enquête déterminera si la satire peut encore, en France, pousser le bouchon trop loin.

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