Le constat ambigu du gouvernement : entre aveu et déni
Devant les députés le 14 octobre 2025, le Premier ministre Sébastien Lecornu a lâché cette phrase révélatrice : « Nous avons en proportion trop d’emplois de service moins rémunérés et pas assez d’emplois industriels qualifiés. » Constat aussi juste que cynique, tant il élude les causes structurelles de cette désindustrialisation. Comment, en effet, espérer maintenir des emplois industriels stables lorsque l’on cède, année après année, les joyaux de notre patrimoine économique ?
Les chiffres, bien que parcellaires en l’absence de statistiques officielles consolidées, confirment l’accélération du mouvement. Dès 2014, 474 entreprises françaises tombaient dans l’escarcelle d’acquéreurs étrangers, soit une progression de 32 % par rapport à 2013. Rien qu’en 2024, 138 nouvelles cessions ont été enregistrées, et une trentaine supplémentaires depuis le début de l’année 2025. Derrière les discours sur l’« attractivité » – le rapport Business France 2023 faisait état de 1 815 décisions d’investissement étranger –, se cache une réalité moins glorieuse : environ un quart de ces opérations correspondent à des rachats purs et simples, synonymes de transferts de technologie et, souvent, de délocalisations.
Panthéon des cessions : le cortège des renoncements
Voici un inventaire, non exhaustif mais éloquent, des entreprises majeures sacrifiées à la mondialisation financière :
. Alstom Énergie : Cédée en 2015 à l’américain General Electric pour 12,35 milliards d’euros. Bilan : destructions d’emplois et fuite de savoir-faire stratégique dans le nucléaire.
. Alcatel-Lucent : Absorbée par Nokia en 2016 (15,6 milliards d’euros), avec plus de 600 postes supprimés dans l’Hexagone.
. Lafarge : Fusionnée en 2015 avec le suisse Holcim, acte entérinant la perte du contrôle français sur un secteur clé.
. Club Med : Passée sous pavillon chinois (Fosun) en 2015 pour 939 millions d’euros.
. Latécoère : 66 % du capital confiés en 2019 au fonds américain Searchlight Capital Partners, entraînant des délocalisations au Mexique et en Tchéquie.
. Technip : Fusionnée en 2017 avec l’américain FMC Technologies, malgré les enjeux de souveraineté énergétique.
. Sanofi Opella : Cédée en 2024 pour 16 milliards d’euros au fonds TA Associates – Sanofi ne conservant qu’une participation minoritaire.
. Ascoval : Aciérie ballottée entre British Steel, Liberty Steel et l’allemand Saarstahl, illustrant l’instabilité générée par ces cessions successives.
. Vencorex : Rachetée en 2019 par le chinois Wanhua, mettant en péril plus de 8 000 emplois directs et indirects.
À ces exemples s’ajoutent des opérations récentes, comme le rachat de Plüm Énergie par le britannique Octopus Energy ou celui d’Exxelia par l’américain Heico. La Banque de France elle-même reconnaît l’ampleur du phénomène : 120 milliards d’euros d’investissements directs étrangers entre 2015 et 2017, largement dominés par les acquisitions.
Souveraineté en berne, dépendance organisée
Les conséquences de cette politique sont connues : érosion de l’emploi industriel, perte de brevets stratégiques, fragilisation des filières. Le mantra de la « souveraineté », pourtant brandi à chaque discours, sonne de plus en plus creux. Certains osent encore défendre ces cessions au nom de la modernisation et de l’apport de capitaux frais. Mais à quel prix ? La France, jadis puissance industrielle, se mue progressivement en un territoire dépendant, où la propriété de son outil productif lui échappe toujours davantage. Avec plus de 1 600 entreprises françaises acquises depuis 2012, le mouvement dépasse les seuls cas médiatiques.
Article rédigé d’après le travail de Patrice Gibertie sur son site internet.
Ce n’est pas après que le désasrtre soit consommé qu’il faut pleurer. Alerter avant serait une mission journalistique autrement plus prégnante toutefois conforme à l’existence d’un troisième pouvoir avec avantages fiscaux.