Censure dans l’édition : le livre intitulé « Face à l’obscurantisme woke » est interdit

« Face à l’obscurantisme woke » devait sortir en avril. Il aura fallu quelques heures seulement aux Presses universitaires de France pour céder à la pression de l’historien Patrick Boucheron, membre du Collège de France. L'éditeur, Paul Garapon, avait pourtant commandé l'ouvrage depuis... 2022 (il en avait même trouvé le titre !) « Ils ont déprogrammé notre livre pour “sauver la maison” nous ont-ils dit », réagit Pierre Vermeren, l'un des auteurs qui ont dirigé 26 contributions d'universitaires.

mise à jour le 15/03/25

« Ils ont déprogrammé notre livre pour “sauver la maison” nous ont-ils dit », réagit Pierre Vermeren, l’un des auteurs.

L’anglais « woke » se traduit par « éveillé ». Depuis en 2015, aux débuts du mouvement Black Lives Matter financé par Soros, le « wokisme » vise à dénoncer le discours et les actes de ségrégation ou de discrimination à l’égard des Noirs mais aussi des femmes, des LGBT et des minorités en général. Une façon de ne pas évoquer de lutte des classes en les dissimulant par des divisions secondaires qui ne mettent pas en question le système capitaliste.

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L’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires

Emmanuelle Hénin, Xavier-Laurent Salvador et Pierre Vermeren, qui ont signé « Face à l’obscurantisme woke », animent l’Observatoire du Décolonialisme, créé en 2021. Il rassemble des universitaires inquiets de la montée des idéologies identitaires, woke et décoloniales (la pensée décoloniale s’attache à examiner le fait que les États modernes maintiennent des pratiques issues de la colonisation).
Désormais l’antiwokisme, c’est le trumpisme. Il est impossible de faire entendre que les ennemis de nos ennemis ne sont pas forcément nos amis. C’est un raisonnement beaucoup trop élaboré pour le sectarisme de gauche, qui divise le monde en deux camps : le Bien et le Mal.

Le point de vue de Arrêt sur images : « L’Observatoire du décolonialisme : sans véritable légitimité institutionnelle ni scientifique. Mais avec beaucoup de blagues. »

Censurer au nom de la liberté

Tout a commencé lors d’une conférence de presse tenue par Patrick Boucheron au Collège de France dans le cadre de Stand Up for Science, afin de dénoncer les conséquences du « trumpisme » sur le débat d’idées… et défendre la liberté d’expression contre la censure politique ! Paul Sugy, journaliste au Figaro, raconte sur son compte Twitter :

« Patrick Boucheron avait fustigé les « idiots utiles » de l’université française qui osent s’inquiéter de la montée de la censure et du climat de terreur intellectuelle qui s’installe à cause du wokisme… Boucheron cite donc nommément cet ouvrage à paraître aux PUF, et s’étrangle en le disant, répétant à trois reprises : “aux PUF ! aux PUF ! aux PUF !” C’est-à-dire chez lui, chez eux, dans leur petit entre-soi élitaire et préservé… Alors que le danger ce n’est pas le wokisme, c’est Trump, voyons, Trump et rien d’autre !

Bref, dans la foulée, L’Obs et Libé pilonnent de questions les Presses universitaires de France, qui courageusement écrivent aux codirecteurs de l’ouvrage en invoquant le faux prétexte de la proximité de certains d’entre eux avec Pierre-Édouard Stérin… Comme si c’était Stérin lui-même qui signait le livre. » En principe rien ne justifie l’interdiction d’un livre universitaire, mais… l’actualité ne s’y prête pas. Penser contre l’idéologie dominante, c’est militer pour Trump. Pas de débat. Circulez !

Les médias soutiennent la censure, sauf Le Figaro

Tandis que le NouvelObs réduit les auteurs de Face à l’obscurantisme woke à « une poignée d’universitaires », Le Figaro voit à l’inverse, dans l’intervention de Patrick Boucheron « une campagne menée par quelques intellectuels et journalistes contre la parution de cet ouvrage collectif ».

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BFM : « Les PUF suspendent la parution d’un livre anti-woke aux obsessions trumpistes. »
Le Nouvel Obs : « A deux doigts de se trumpiser en publiant un pamphlet anti-woke, les éditions PUF rétropédalent. »
L’Humanité : « Les éditions PUF annulent la parution d’un brûlot anti “woke” après les révélations sur les liens entre Pierre-Édouard Stérin et ses auteurs. »
Valeurs actuelles : « Les Presses universitaires de France suspendent la sortie d’un livre anti-woke aux accents trumpistes. »

Le pouvoir aime Patrick Boucheron et il le lui rend bien

Pour ce professeur au Collège de France de la chaire Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XII – XVIe  siècles, le pouvoir est un thème inspirant. Très répandu dans la plupart des médias et des lieux de pouvoir, il n’est guère apprécié au Figaro : Patrick Boucheron « a créé autour de lui un système de pouvoir et d’allégeances qu’il instrumentalise pour devenir l’historien médiatique de référence du récit postnational ».

Une équipe choisie par Macron pour les J.O. en toute indépendance

Thomas Jolly avait été mis au premier plan de la cérémonie d’ouverture. Mais c’était du sérieux ! Il ne fallait pas moins qu’un professeur du Collège de France pour cette cérémonie. Patrick Boucheron a donc été choisi par l’Élysée pour être le principal co-auteur. Il assure paradoxalement : « Dès que j’ai pu obtenir toutes les garanties nécessaires quant au fait que nous pourrions travailler dans une indépendance absolue, celle de la liberté de création, à l’abri de toutes pressions politiques (et ce fut le cas), je me suis, c’est le cas de le dire, “jeté à l’eau”. »
 De Aya Nakamura en duo avec la garde républicaine à la cavalière sur la Seine en passant par la décapitation de Marie-Antoinette ou la « Cène subliminale », c’est lui.

Dans son équipe « indépendante », figurait la romancière franco-marocaine Leïla Slimani, mariée au banquier Antoine d’Engremont. Elle a reçu le Prix Goncourt 2016 pour Chanson douce. Un style construit sur le schéma sujet + verbe+ complément. Vérifiez là. Emmanuel Macron l’a choisie en 2017 pour être sa représentante personnelle pour la francophonie et siéger au Conseil permanent de l’Organisation internationale de la francophonie. Plus de 80 millions d’euros de budget et près de 350 collaborateurs, recrutements discrétionnaires, manque de transparence, dépenses et frais de représentations exorbitants, opérations financières suspectes. Le bon job. Les objectifs sont plus politiques que linguistiques. L’OIF s’est dotée de la plateforme ODIL pour rassembler « des initiatives de lutte contre la désinformation ». En 2018, elle devient présidente du prix du livre Inter et membre du jury du festival du cinéma américain de Deauville. Elle fait partie d’un voyage présidentiel au Maroc en 2024.

L’animatrice Daphné Bürki (Daphné de Marin de Montmarin) a été choisie pour le stylisme et les costumes.

La troupe du Théâtre national de Bretagne coûte cher

Thomas Jolly, directeur artistique, a engagé le comédien Damien Gabriac qu’il a connu au Théâtre National de Bretagne. Arthur Nauzyciel, directeur du Théâtre national de Bretagne, a voté Macron et engage à le soutenir pour faire face à l’extrême droite.
Patrick Boucheron est chercheur associé, depuis 2017, au Théâtre National de Bretagne. Lui aussi a voté Macron et lui aussi sait faire sauter les bouchons de champagne. Le budget de ce théâtre très subventionné (11 millions par an, dont seulement 3 millions issus de la vente de billets) permet à ses dirigeants un excellent train de vie avec des frais de réception, de mission et de déplacement — hors tournées — illimités. La Cour des comptes l’ayant remarqué, les frais de réception des artistes ont diminué de 30 %, mais, en dépit de la réduction du nombre de tournées, les frais de voyages et de transports de décors n’ont que faiblement diminué.

Depuis 2021, Patrick Boucheron est résident de la « Villa Albertine » aux États-Unis (New York, Boston, Chicago). Il a reçu une bourse pour y développer un projet historique et théâtral intitulé « La peste aux USA » pour le Théâtre national de Bretagne. Comment, assure-t-il, ne pas être inspiré par le sida, le coronavirus, la peste brune, la peste gay ? Bref, de métaphore en métaphore, de marabout en bout de ficelle, son séjour à la Villa Albertine aux frais de l’ambassade de France se trouve justifié. Aucune pièce, aucun spectacle n’en est ressorti, ni au Théâtre national de Bretagne ni ailleurs, mais qu’importe, les émissions s’enchaînent : Histoire de sur Radio France, Faire l’histoire sur Arte.

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Combien ont coûté les magnifiques prestations de Patrick Boucheron et de sa fine équipe du Théâtre national de Bretagne pour les J. O. ? On ne sait pas. Le wokisme est bien au-delà de ce genre de questions à l’allure trumpiste.

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