Boualem Sansal crache sur la France pour une affaire d’argent : « La France, c’est fini pour moi. Je me tire de ce pays ! »

Libéré après une forte mobilisation en France, Boualem Sansal choque désormais par ses propos contre le pays qui l’a défendu. Entre son arrivée chez Grasset, son livre à paraître et son envie affichée de quitter la France, l’écrivain donne l’image d’un homme qui transforme son retour en opération éditoriale.

mise à jour le 25/04/26

La France s’est battue pour lui, et maintenant il veut partir : on applaudit ou on lui tient la porte ?

Boualem Sansal entre ce samedi 25 avril à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. Une distinction importante pour l’écrivain franco-algérien de 81 ans, libéré après près d’un an de prison en Algérie. Mais au moment même où il reçoit les honneurs, ses propos sur la France provoquent un profond malaise.

Car la France ne s’est pas contentée de suivre son dossier de loin. Pendant sa détention, plusieurs voix politiques, médiatiques et institutionnelles ont insisté pour obtenir sa libération. Le CRIF, Conseil représentatif des institutions juives de France, s’était également mobilisé en faveur de l’écrivain. Des chaînes d’information, des responsables publics et une partie du monde intellectuel ont fait de son cas un symbole.

L’Algérie, pays souverain, a finalement décidé de le gracier. Et voilà qu’une fois revenu en France, Boualem Sansal choisit de s’en prendre au pays qui l’a défendu.

« La France, c’est fini pour moi » : une phrase qui passe mal

Dans un entretien accordé à l’AFP, Boualem Sansal déclare :

« La France, c’est fini pour moi. Il me reste quelques mois à tirer dans ce pays. Puis, je me tire ».

Difficile de faire plus brutal. Cette phrase sonne comme une gifle pour ceux qui ont réclamé sa libération, parfois avec insistance. Après avoir bénéficié d’un soutien massif en France, l’écrivain donne désormais l’impression de mépriser ce même pays.

Il peut évidemment critiquer la France. Mais le ton employé, le moment choisi et la violence de la formule donnent une image désastreuse. Beaucoup y voient une attitude indigne, surtout venant d’un homme que la France a longtemps présenté comme une figure à défendre au nom de la liberté d’expression.

Une affaire littéraire, mais aussi une affaire d’argent

Derrière les grands discours, il y a aussi un calendrier éditorial très concret. Le livre de Boualem Sansal consacré à sa détention, La Légende, sera publié le 2 juin. Son arrivée chez Grasset, maison d’édition appartenant au groupe Hachette de Vincent Bolloré, coïncide donc au moment où son nom est particulièrement exposé et après une brouille avec Gallimard. L’écrivain reproche à son ancien éditeur la manière dont son dossier aurait été géré pendant sa détention. Il affirme avoir voulu être défendu comme un homme libre, pas comme un objet de négociation :

« Je ne suis pas une marchandise dont on négocie la peau ».

Officiellement, l’écrivain refuse toute lecture politique de ce choix. Il affirme ne pas vouloir être associé à Vincent Bolloré :

« Bolloré, je ne l’ai jamais rencontré, je ne connais pas ce monsieur. Il n’a pas besoin de moi, je n’ai pas besoin de lui ».

Après sa libération, son retour médiatique et maintenant son nouveau livre, Boualem Sansal occupe une place centrale dans l’actualité littéraire. Il ne s’agit pas seulement d’un débat d’idées. Il y a un livre à vendre, une maison d’édition, une campagne de promotion et un marché. Dans ces conditions, voir l’écrivain attaquer aussi durement la France a de quoi choquer.

Bolloré s’est fendu d’une avance de 1 million d’euros (Gallimard ne proposait que 100 000 euros), assortie d’un luxueux appartement à Saint-Germain-des-Prés, dont le loyer frise les 7 000 euros par mois. De plus il s’est débarrassé d’Oliver Nora qui ne voulait sortir le livre de Boualem Sansal qu’à la fin de l’année, après les prix. 

La France l’a voulu, la France l’a eu

Chez certains Algériens, la réaction est ironique. Ils rappellent que la France a beaucoup insisté pour obtenir la libération de Boualem Sansal. Aujourd’hui, ils observent la séquence avec un certain amusement : la France voulait l’écrivain, elle l’a eu. Et maintenant, elle découvre ses attaques contre elle.

Cette ironie est cruelle, mais elle n’est pas incompréhensible. Pendant des mois, Boualem Sansal a été présenté en France comme un homme à sauver, presque comme un symbole national de la liberté. Mais à peine revenu, il explique qu’il veut quitter le pays et qu’il n’en peut plus de la France.

Le contraste est brutal.

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