Sénateurs et députés : des frais sans limites

mise à jour le 21/04/21

Joëlle Garriaud-Maylam

La sénatrice  LR des Français de l’étranger, Joëlle Garriaud-Maylam, estime n’avoir « rien à se reprocher », malgré le contexte de crise sanitaire. Son « déjeuner de travail » à l’Hôtel Meurice n’a rien à voir avec les dîners clandestins. Rien, à part que c’est illégal, mais la sénatrice ne le sait pas. Elle va s’informer, dit-elle à Médiapart qui l’a prise le doigt dans le pot de confiture. 

Rien de commun avec les repas du palais Vivienne, à part les prix. Au menu du restaurant lorsqu’il est ouvert : entrée belles langoustines d’Écosse, fenouil/citron (135 €), plat : tortellini aux artichauts, tuber melanosporum (150€), dessert : noix de coco, poivre des cimes (35€). On se trouve dans un monde qui ne se contente pas de rosé sur la plage.

Embauche d’un « nègre » au Sénat

La sénatrice ne savait pas qu’elle était dans l’illégalité. Pour une titulaire d’un doctorat de droit international, c’est un comble. Ah ! on oubliait, en fait, elle n’a aucun doctorat, mais elle aimerait bien en avoir un. Pas de problème ! Il suffit, au frais du Sénat, d’engager un nègre pour l’écrire, car, en plus de leur « indemnité parlementaire » (5 246,81 €/mois), de l’« avance sur frais de mandat » (5 600 euros brut annuels), les sénateurs disposent d’un « crédit collaborateurs » (jusqu’à 9 138 euros/mois) pour payer leur équipe. Et c’est là que Joëlle Maylam s’embrouille les pinceaux. Celle qui, lors de sa campagne électorale de 2004, prétendait avoir obtenu une thèse, assure à présent à Marianne n’avoir jamais prétendu avoir obtenu une thèse et dénonce des « calomnies indignes ». Pas de chance ! Dans une archive du site du Sénat, elle est présentée comme « docteur en droit international ». L’université de Paris I explique avoir bien enregistré une inscription en thèse en 2004, mais cette dernière n’a jamais été soutenue.

Massages, soins esthétiques au frais du Sénat

Après Médiapart, c’est au tour d’Anticor de faire un rappel à la loi à notre sénatrice, mais cette fois en déposant plainte pour détournement de fonds publics. En effet, elle a pris l’habitude de régler ses dépenses courantes avec le même compte qui reçoit  l’avance de frais de mandat (AFM) : dépenses liées à sa résidence secondaire dans les Pyrénées-Orientales (essence, électricité), frais de massage et d’esthétique, règlement de médecins, frais de pharmacie…

Des taxes foncières payées par le Sénat

Joëlle Garriaud-Maylam est allée jusqu’à mensualiser le prélèvement de sa taxe foncière et de sa taxe d’habitation sur le compte bancaire qui reçoit l’AFM. La sénatrice s’est défendue en indiquant qu’elle payait personnellement ses dépenses personnelles avec ce même compte, sans apporter de preuve. Et puis encore une fois, elle ne s’est pas informée. Pourtant le Sénat a produit une bien jolie brochure afin d’éviter ce genre de fraudes. Selon ce Guide pratique  intitulé « Frais de mandat des Sénateurs » (page 42) datant de septembre 2020, « Les avances sont versées sur un compte dédié à cet effet. Ce compte est personnel, distinct de celui où est versée l’indemnité parlementaire. »

La Justice devrait contrôler les frais des parlementaires

Joëlle Garriaud-Maylam n’a rien à craindre : elle bénéficie de l’immunité parlementaire (à moins que le bureau du Sénat ne la lève, ce qui est peu probable). Ses très nombreux assistants (le turnover est impressionnant) se plaignent de harcèlement. Face aux prud’hommes, elle a prouvé récemment qu’elle ne connaît pas non plus le Code du travail. On se demande bien d’où viennent ses ennuis actuels…

Au-delà de son cas, c’est « la question du contrôle » des frais des parlementaires que pose Anticor : « Nous voulons qu’un juge d’instruction examine ces dépenses », déclare l’avocate de l’association qui n’a aucune confiance dans l’opaque contrôle interne du Sénat.

Jacqueline pour Le Média en 4-4-2.

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