Renault boycotte la Russie : suicide ou stratégie ?

Économie, Politique

mise à jour le 24/03/22

Renault Kaptur

Le chef de la « diplomatie » ukrainienne Dmytro Kouleba a appelé ce mercredi 23 mars sur son compte Twitter à un « boycott » mondial du constructeur automobile français Renault en raison de « son refus de quitter la Russie », à la suite de l’invasion de l’Ukraine par les forces russes. Devant l’Assemblée nationale, Zelensky a  porté des accusations délirantes contre Auchan, Renault, Leroy Merlin :  « Ils doivent cesser de financer le meurtre d’enfants et de femmes, le viol. »


La destruction du tissu industriel français doit donc se poursuivre et la France entrer dans un conflit qui ne la concerne pas. Le Young Leader Emmanuel Macron n’ayant pas réussi à démolir totalement l’industrie et le commerce français, les deux envoyés des États-Unis sont venus  à son aide. Quand ce ne sont pas le virus et les confinements, ce sont les Russes et le boycott. L’Europe, et particulièrement la France, est le grand perdant de la guerre en Ukraine.

Conséquence de ce coup d’éclat à l’Assemblée, Renault (67,7 % d’Avtovaz, qu’on connaît sous la marque Lada) annonce mercredi 23 mars la suspension immédiate de la production de son usine de Moscou. L’annonce peut être vue comme une sanction contre la Russie, mais… c’est sa plus petite usine (1 850 salariés) et elle devait de toute façon fermer par manque de pièces importées. Le site moscovite a été arrêté depuis le 29 février par manque de composants électroniques. Ensuite la fabrication a repris ces trois derniers jours, avec l’arrivée d’un lot de pièces. « L’entreprise a terminé les voitures qui étaient en cours de fabrication, elle a vidé les lignes, puis tout fermé », détaille un bon connaisseur de l’entreprise. Dans les deux autres usines Avtovaz, à Togliatti (35 000 salariés) et Izhevsk (3 500 salariés), la suspension n’est pas immédiate. Une des chaînes de montage de Togliatti devrait redémarrer le 28 mars. Les vacances collectives de trois semaines, initialement prévues pour l’été, sont avancées au 4 avril. Une livraison de pièces pourrait être envisagée pour une production du 28 mars au 3 avril. C’est peu.

Le groupe Renault dit réfléchir à l’avenir de sa participation dans Avtovaz. Le retrait de Renault ne serait alors pas une sanction contre la Russie, mais une nationalisation — coup dur pour Renault qui a investi plus de 1,7 milliard dans Avtovaz…

La pénurie mondiale de composants sévit depuis 2020

La pénurie mondiale de composants est due aux confinements durant la pandémie de Covid-19 et à de multiples causes, qui ont provoqué une hausse des ventes d’ordinateurs et ralentit la production. Plus de 20 % des connecteurs et composants électroniques clés d’Avtovaz sont importés. En Russie cette année, c’est l’installation du système de freinage antiblocage (ABS) et du système de stabilisation qui a été la plus touchée. Les puces de ces systèmes étaient fournies par la société allemande Bosch, qui a rompu sa coopération.

Renault poursuit sa baisse en France

Renault
Cours des actions Renault depuis l’entrée en guerre de l’Ukraine.

Renault réalisait 8 % de ses bénéfices en Russie avec près de 500 000 véhicules : une voiture sur six du groupe était vendue en Russie. Désormais, elle doit tabler sur une « marge opérationnelle » (ça fait plus sérieux que bénéfice) de 3 %, contre plus de 4 % précédemment. Après une année 2020 sans bénéfices, 2021 voyait une légère remontée, mais la guerre en Ukraine (24 février 2022) a accéléré (voir graphique) la chute : – 37,72 % en un an.

Nouvelle stratégie de Renault : produire moins, pour gagner plus

Renault se replie sur son plan stratégique Renaulution axé sur la valeur, la compétitivité et l’accélération des réductions de coûts.
Traduction :
– Renault va produire des véhicules pour les privilégiés : l’Arkana, la Mégane électrique et l’Austral (rien à moins de 30 000 €).
– Le groupe poursuit les licenciements (15 000 au total dans le monde).
– Les nouveaux modèles inédits seront des copies d’anciens modèles 4L et R5. Le PDG de Renault, Luca De Meo, parie sur une voiture rétro. Il l’avait déjà fait en lançant la nouvelle Fiat 500 : une voiture à peine plus chère à fabriquer qu’une Panda, mais qui, par un phénomène de mode, se vend 1000 à 1500 euros de plus.

Renault prend le tournant de la voiture électrique

– Renault « envisage la production de neuf nouveaux véhicules en France à l’horizon 2025 », « dont une majorité 100 % électrique ». Le constructeur ne vendra que des véhicules électriques dès 2030.
En cas de nationalisation d’Avtovaz, Rostec (32,87% des actions Avtovaz) pourrait — sans Renault — prendre le même tournant : produire des voitures électriques, mais pas chères. Une autre stratégie…

Le lithium : de l’Amérique latine à la Chine

Le lithium, composant des batteries des voitures électriques, est l’un des matériaux clés de la transition énergétique automobile. L’Amérique latine possède environ 70 % des ressources mondiales. Après extraction, les concentrés miniers sont acheminés jusqu’en Chine, où ils sont transformés en composés chimiques de lithium. En 2019, la Chine détenait 80 % des capacités mondiales de conversion du lithium et près des deux tiers des capacités mondiales de production de cellules de batteries lithium-ion.
Pour réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine, l’Europe réfléchit à l’ouverture de nouvelles mines de lithium, notamment au Portugal. Tandis que l’Europe réfléchit, pour le lithium, Renault devra se tourner vers la Chine. Pour le nickel (autre composant des batteries), la marque se tournera vers… la Russie (20,7 % de la production minière raffinée) ! On tourne en rond dans une construction impossible à la Escher — le nouveau logo de Renault y fait penser.

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Nouveau logo Renault.
Escher
Escher

 

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