Pégasus, cheval de Troie de l’espionnage mondial

Science et technologie

mise à jour le 13/09/21

Angela Merkel a été espionnée par la National Security Agency (NSA), l’agence de renseignement américaine chargée des écoutes électroniques, et par le Danemark. Cela a été rendu public cette année. C’est au tour d’Emmanuel Macron, d’Edouard Philippe et de quatorze membres du gouvernement français. Les écoutes, cette fois, ont été faites de façon détournée : pas de service secret américain, mais un logiciel espion, Pegasus, de NSO, société privée israélienne laquelle l’a vendu au Maroc. 

Pégasus, un espion américano-israélien

Les États-Unis n’ayant pas le droit de mener des recherches biologiques dangereuses, les ont exportées à Wuhan. De même ils ont délocalisé la torture à Guantanamo. L’espionnage américain a en partie été déménagé en Israël chez NSO Group. Et Citizen Lab a prouvé que le logiciel Pegasus de cette société a été vendu à une cinquantaine de pays : l’Azerbaïdjan, le Bahreïn, le Kazakhstan, l’Inde, le Mexique, le Rwanda, l’Arabie saoudite, la Hongrie, les Émirats arabes unis et… le Maroc. Gérard Araud, qui travaillait chez ONS en 2019, dit avoir acquis la conviction que le groupe travaillait avec les services secrets israéliens du Mossad, et peut-être avec la CIA. Selon lui, trois Américains siégeant au conseil consultatif du groupe avaient des liens avec l’agence de renseignement américaine, et la société a déclaré que sa technologie ne pouvait pas être utilisée pour cibler des numéros basés aux États-Unis.

Qui est NSO Group, créateur de Pegasus ?

Société privée créée par des Israéliens, NSO emploie plusieurs centaines de salariés dont deux cents ex-membres des unités d’élite du renseignement de l’armée. Les ventes du logiciel Pegasus ont été validées par une commission dirigée par le ministère de la Défense d’Israël à laquelle est associé le Mossad, les services de renseignements extérieurs. 

Mossad et services secrets marocains : une vieille complicité

C’est le Mossad qui avait aidé l’ex-roi Hassan II à éliminer l’opposant Mehdi Ben Barka. Ce sont les services de sécurité marocains qui ont permis au Mossad d’écouter les réunions des dirigeants arabes à Casablanca avant la guerre des Six Jours. C’est Israël qui a fourni des technologies de renseignement et de surveillance pour organiser les services secrets marocains, et qui a fait pression sur les Etats-Unis pour qu’ils fournissent une assistance militaire au Maroc, en récompense de leur intercession auprès de l’Egypte pour faciliter la signature des accords de Camp David en 1978…
L’accès à la technologie de NSO a facilité les bonnes relations d’Israël avec le Maroc et les Émirats arabes unis. 

NSO, société cosmopolite

En Israël le gouvernement de Netanyahou comprenait dix ministres d’origine marocaine. Actuellement ils sont quatre. Au Maroc, Mohammed VI a des conseillers juifs : André Azoulay (ex-BNP-Paribas), Michael Zaoui, Yariv Elbaz. 

Le 12 février 2020, Le Canard Enchaîné a révélé que l’ex-représentant permanent de la France auprès du Conseil de sécurité des Nations Unies, ex-ambassadeur de France en Israël et aux États-Unis, a été embauché en 2019 comme conseiller principal par NSO. Gérard Araud explique avoir « récemment rejoint NSO en tant que conseiller principal après son acquisition par de nouveaux actionnaires qui se sont engagés à aligner l’entreprise sur les principes directeurs de l’ONU sur les entreprises et les droits humains. Je conseille l’entreprise sur la façon de protéger les droits de l’homme et la vie privée ». Emouvant, ce souci de principes éthiques de la part d’une société diffusant des logiciels espions. L’embauche de l’ex-ambassadeur, c’est la french touch !
Gérard Araud sera ensuite recruté, en septembre 2019, par Richard Attias & Associates, — Richard Attias partage son adresse parisienne du 37, avenue Pierre Ier de Serbie avec  l’ami du conseiller de Mohammed VI, Yariv Elbaz. Et la boucle est bouclée !

Pégasus, espion d’exception

Aucun chiffrement des données n’est efficace pour se protéger de Pégasus. Ses développeurs ont découvert trois failles du service iMessage de Apple. Ce logiciel espion s’installe dans le noyau du iPhone ou de l’Android, au cœur du système d’exploitation, ce qui permet d’intercepter les conversations avant tout chiffrement. C’est comme si les espions pouvaient voir ce que l’utilisateur tape sur son clavier. Le chiffrement d’applications comme WhatsApp ou Telegram est inutile face à Pegasus. Forbidden Stories et Amnesty International ont eu accès à une fuite de plus de 50 000 numéros de téléphones sélectionnés depuis 2016 comme cibles de Pégasus par au moins dix clients gouvernementaux de NSO dans 20 pays. Parmi les cibles : 180 journalistes, des défenseurs des droits humains, des opposants politiques, des hommes d’affaires et même des chefs d’État…

Cadiru, le nouvel espion made in Israël 

En 2016, Pegasus n’avait pas de rival, mais ses intrusions avaient été détectées par Ahmed Mansoor, un militant des droits de l’homme aux Émirats arabes unis (il purge actuellement une peine de prison de dix ans pour insulte à la monarchie). En 2021, les capacités de Pegasus – écouter les conversations, lire les messages envoyés sur WhatsApp ou Telegram, prendre des photos avec l’appareil piraté, géolocaliser le smartphone, etc. –n’ont plus rien d’extraordinaire. Le petit dernier s’appelle Candiru. Il a été utilisé par plusieurs gouvernements pour espionner journalistes et militants. Comme Pégasus, Cadiru est vendu par une entreprise israélienne.

Pégasus, la nouvelle arme de destruction massive de journalistes

Pégasus au Mexique

Citizen Lab et ses collaborateurs mexicains ont trouvé 24 cibles de Pegasus au Mexique. Deux cibles sont déjà mortes.

Cecilio Pineda, journaliste, enregistre une ultime vidéo le 2 mars 2017. Sa page Facebook est suivie par plus de 50 000 personnes. Il enquête sur les liens entre un baron local du crime, El Tequilero, et le gouverneur de l’État de Guerrero, Hector Astudillo. Deux heures plus tard, il est mort, touché par au moins six balles tirées par deux hommes à moto, alors qu’il était allongé dans un hamac à l’extérieur d’une station de lavage automobile. Quelques semaines avant son assassinat, son téléphone professionnel avait été sélectionné comme cible par un client de NSO basé au Mexique. Son téléphone a disparu de la scène du crime…
Si les assassins ont pu apprendre où il se trouvait par des moyens non liés aux technologies de NSO, ils savaient en revanche très exactement où le trouver — pourtant le hamac où il était allongé n’était pas visible de la rue.

Javier Valdez Cárdenas, fondateur de Río Doce, un journal mexicain connu pour enquêter sur le narco-trafic, a été abattu près de son bureau à Sinaloa en mai 2017. Quelques jours plus tard, le directeur de Río Doce et un collègue recevront des SMS des assassins de Cárdenas. Ils les ont identifiés. Selon un rapport de Citizen Lab, les messages étaient tous des tentatives d’infection de Pegasus.

Pégasus en Arabie saoudite

De nouvelles révélations de Forbidden Stories démontrent que le logiciel espion Pegasus a infecté le portable de la fiancée de Jamal Khashoggi, Hatice Cengiz, quatre jours avant le meurtre. Quelques semaines après, c’est le téléphone du fils du journaliste, Abdullah, et ceux de proches qui ont été sélectionnés comme cible d’un client de NSO Group basé en Arabie Saoudite  et aux Émirats arabes unis.

Pourquoi le scandale Pégasus éclate-t-il en France ?

Depuis 2016 Citizen Lab dénonçait déjà dans ses rapports l’espionnage de NSO. La société est poursuivie en justice par WhatsApp depuis 2019. Pourquoi cette affaire d’espionnage jaillit-elle à présent, en 2021 — la même année que la découverte publique de l’espionnage par la NSA en Allemagne ? 

Le Maroc attaque en diffamation Amnesty et Forbidden Stories qui ont soulevé l’affaire. Les trois ONG qui ont lancé l’affaire sont financées par la Fondation Open Society de Soros. Dans quelle mesure sont-elles indépendantes ?

Jacqueline pour Le Média en 4-4-2.

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