Ce spectacle est une reprise de celui de 2018, où la compagnie avait déjà fait déambuler dans les rues de la « Ville Rose » les gigantesques reproductions articulées du Minotaure (très comparable au Veau d’or de la cérémonie des JO) et d’une monstrueuse mygale. Cette année, une nouvelle figure s’ajoute au spectacle : « Lilith, la Gardienne des Ténèbres ».
Another look at this insane Minautor machine from Compagnie La Machine. pic.twitter.com/RK1xPc0udG
— 𝐒𝐭𝐞𝐚𝐦𝐩𝐮𝐧𝐤 𝐓𝐞𝐧𝐝𝐞𝐧𝐜𝐢𝐞𝐬 (@Steampunk_T) September 2, 2019
Cette fois-ci, l’archevêque de Toulouse s’est publiquement inquiété des motivations d’un tel spectacle à répétition. Dans un geste rare, Mgr de Kerimel a publié un communiqué déplorant que « des nuages sombres s’accumulent sur notre monde. L’actualité nous renvoie beaucoup de réalités négatives qui suscitent des inquiétudes légitimes, et favorisent cette atmosphère de désespérance qui règne dans notre société, et se manifeste dans UNE CERTAINE CULTURE, DE PLUS EN PLUS FASCINÉE PAR L’OBSCUR, LE TÉNÉBREUX. »
En un geste encore plus rare, et inédit à Toulouse, l’archevêque organise une messe le 16 octobre pour « consacrer Toulouse et son diocèse au Sacré-Cœur de Jésus », en se justifiant ainsi : « Il m’a semblé important de poser un acte spirituel qui protège Toulouse et notre diocèse de ces menaces ténébreuses et de la désespérance. […] Le Cœur de Jésus nous dit l’amour infiniment fécond de Dieu pour l’humanité ; il nous dit aussi la victoire du Christ sur le mal et la mort. Il est un signe sûr d’espérance en la VICTOIRE DE LA LUMIÈRE SUR LES TÉNÈBRES. »
Polémique. L’Archevêque de Toulouse veut « consacrer » la Ville rose, « meilleur moyen de repousser les ténèbres », face à un spectacle jugé « satanique » https://t.co/XUuzp8gy5y pic.twitter.com/YlIZRRrlcu
— France 3 Occitanie (@F3Occitanie) September 23, 2024
Trois membres de l’archevêché sont allés voir le directeur artistique de la Compagnie de la Machine, M. Delarozière, pour lui faire part de leurs inquiétudes sur ses choix à répétition. Celui-ci a voulu « calmer le jeu » [sic] car il a « senti une communauté inquiète par le propos du spectacle : l’enfer, la mythologie, le monde des ténèbres et du dieu grec Hadès. Donc j’admets que les gens se posent des questions mais c’est juste une histoire racontée aux enfants. »
Cette réponse est une pirouette gênée. Car le metteur en scène n’explique pas :
– les raisons qui le poussent à « juste raconter », encore et encore, cette « histoire »-là « aux enfants »
– pourquoi il affirme faussement que ce serait un spectacle pour enfants, alors qu’il a été présenté à toute la population dans les rues de Toulouse
– quelles sont les conséquences concrètes qu’il attend de ces spectacles « infernaux » (il cite lui-même Hadès) sur l’évolution psychique des jeunes et des moins jeunes ?
Pense-t-il sérieusement que ces spectacles démoniaques, mortifères, ressassés de façon lancinante, favorisent le respect entre citoyens, le respect de la loi, la baisse des incivilités et de la criminalité ?
La liberté de création artistique doit bien sûr être préservée. Mais il serait bon et urgent que toute la scène artistique française fasse son examen de conscience. La mode sataniste fatigue. N’est-il pas temps de changer de registre ? Pourquoi ne pas présenter aux enfants ou au grand public des spectacles méconnus ou oubliés :
– contes de fée de la culture européenne (Grimm, Perrault, Andersen…) ou du monde entier (Chine, Japon, Inde, Iran…)
– tragédies ou comédies classiques de l’Antiquité (Sophocle, Euripide, Plaute…)
– grands classiques du théâtre ou de l’opéra français, anglais, italien, allemand, russe…)
– théâtre du XXe siècle engagé dans les luttes sociales (Kafka, Brecht, Sartre…)
– etc.
Alors que Michel Barnier vient de faire de la lutte contre les maladies psychiatriques, qui progressent de façon fulgurante, une « Grande cause nationale », n’est-il pas grand temps de présenter aux Français des histoires rassurantes, des hymnes à l’héroïsme, au don de soi, au refus de l’argent-roi, à la beauté et à l’amour ?
François Asselineau sur son canal Telegram.
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