Le parquet de Paris a requis un an de prison ferme contre Dieudonné pour avoir célébré l’anniversaire de sa fille un 7 octobre

Dieudonné M’Bala M’Bala risque un an de prison ferme pour une vidéo publiée le 7 octobre 2024. Il affirme qu’il célébrait l’anniversaire de sa fille. Le parquet, lui, y voit autre chose. Résultat : une date familiale devient un dossier judiciaire, avec associations parties civiles, soupçons de message caché et grande distribution de morale publique.

mise à jour le 21/06/26

Faut-il maintenant demander l’autorisation du parquet avant de souhaiter un anniversaire le 7 octobre ?

Le 7 octobre est désormais une date sous surveillance. On peut s’y recueillir, s’y indigner, s’y taire, s’y aligner sur le ton officiel du moment. Mais le fêter ? Attention, terrain miné. Surtout si l’on s’appelle Dieudonné.

Mercredi 17 juin 2026, Dieudonné M’Bala M’Bala était devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Il était jugé notamment pour apologie du terrorisme, à cause d’une vidéo publiée le 7 octobre 2024 sur X. Le parquet a requis un an de prison ferme, 20 000 euros d’amende et trois ans d’inéligibilité.

La raison ? Dans cette vidéo, Dieudonné parle d’un jour de joie, d’une date “merveilleuse”, “extraordinaire”, “féerique”. Pour l’accusation, ce vocabulaire ne passe pas, car le 7 octobre renvoie aussi aux attaques du Hamas en Israël en 2023. Sauf que Dieudonné donne une autre explication : ce jour-là, il célébrait l’anniversaire de sa fille. Oui, l’anniversaire de sa fille.

Le 7 octobre, jour interdit de sourire ?

Le sujet avait déjà été abordé dans notre article consacré à cette vidéo du 7 octobre. La question posée était simple : faut-il désormais interdire de fêter un événement heureux parce qu’il tombe le même jour qu’une tragédie ?

Car c’est bien là que l’on arrive. Un enfant naît un 7 octobre. Quinze ans plus tard, son père lui adresse un message public. Mais comme cette date a depuis été happée par l’actualité internationale, tout devient suspect.

Une date ne vous appartient plus. Votre histoire personnelle passe après le calendrier émotionnel imposé par les plateaux télé, les associations en embuscade et les indignés professionnels.

On peut parfaitement comprendre que le 7 octobre soit un jour de deuil pour de nombreuses personnes. Personne ne demande à qui que ce soit d’oublier les morts ou les horreurs de cette journée. Mais de là à considérer qu’un anniversaire familial devient automatiquement un message codé, il y a un pas. Et visiblement, certains l’ont franchi avec des chaussures de randonnée.

Dieudonné explique, mais quand Dieudonné explique, cela ne suffit jamais

À l’audience, Dieudonné a soutenu que cette vidéo était destinée à sa fille. Il affirme avoir voulu lui parler d’une date devenue lourde médiatiquement, alors que pour lui, elle reste d’abord celle de sa naissance.

La présidente du tribunal lui a demandé pourquoi il n’avait pas commencé par “bon anniversaire”. Question intéressante. Désormais, la structure d’un message d’anniversaire pourrait donc relever de l’expertise pénale. Il faudra peut-être bientôt un modèle homologué :

“Bonjour, ceci est un anniversaire familial sans intention géopolitique. Merci de ne pas saisir le parquet.”

Dieudonné, lui, répond qu’il est humoriste, qu’il joue avec les mots, qu’il provoque, qu’il dérange. Rien de neuf. C’est même précisément pour cela qu’il remplit encore des salles quand on ne l’empêche pas de monter sur scène. Il l’a rappelé devant le tribunal : “Je fais rire les Français depuis 40 ans !”

Mais voilà : quand il s’agit de Dieudonné, le rire est rarement traité comme du rire. Il devient soupçon. Puis signalement. Puis dossier. Puis audience. Puis réquisitoire.

Un an ferme pour une vidéo d’anniversaire : tout va bien

Un an de prison ferme requis. Pour une vidéo.

Pendant ce temps-là, les Français entendent chaque semaine parler de dossiers criminels qui traînent, de victimes qui attendent, de multirécidivistes qui ressortent, de familles abandonnées par une justice débordée. Pire encore : la famille Barella peut tranquillement violer de la gamine. Mais pour Dieudonné, miracle administratif : la machine répond présente. Elle trouve du temps. Elle trouve une salle. Elle trouve des avocats. Elle trouve des parties civiles. Elle trouve un parquet très motivé.

On aimerait voir la même énergie partout.

Le problème n’est même plus de savoir si l’on aime ou non Dieudonné. Ce n’est pas un concours de sympathie. On peut ne pas aimer son humour, ne pas aimer ses provocations… Très bien. Mais la justice n’est pas censée fonctionner à l’affect. Elle n’est pas censée dire : “Comme c’est lui, on sait bien ce qu’il voulait dire.”

Car si “l’intention” est déjà décidée avant même l’explication, autant supprimer l’audience et passer directement à la peine.

Une liberté d’expression avec service de sécurité

Le cas Dieudonné dépasse cette seule audience. Depuis des années, ses spectacles sont interdits, déplacés, annulés, encadrés, surveillés. Le Média en 4-4-2 a déjà raconté comment la justice administrative avait suspendu une interdiction de spectacle et condamné l’État à verser 1 000 euros. Dans cette décision, l’interdiction avait été considérée comme portant une atteinte grave à la liberté d’expression.

Autrement dit : l’État interdit, puis parfois la justice corrige. Mais entre-temps, les salles ferment, les dates sautent, les spectateurs repartent, l’artiste est empêché de travailler.

Même logique en Guyane, où le député Davy Rimane a dénoncé l’interdiction d’un spectacle de Dieudonné. Sa question était limpide : dans quel État de droit empêche-t-on quelqu’un d’exercer son métier après qu’il a été condamné et qu’il a purgé ses peines ?

Le vrai crime : s’appeler Dieudonné ?

L’avocat de Dieudonné a résumé le fond du problème : “Si ce n’était pas Dieudonné”, ce dossier n’aurait peut-être pas pris cette ampleur.

C’est brutal, mais difficile à balayer d’un revers de main. Imaginons deux minutes un père inconnu publiant une vidéo pour l’anniversaire de sa fille née un 7 octobre. Aurait-on requis un an ferme ? Aurait-on mobilisé autant de monde ? Aurait-on parlé de message codé ? La réponse semble assez évidente.

Dieudonné traîne un passé judiciaire lourd. Personne ne peut l’effacer. Mais un passé ne devrait pas transformer chaque phrase future en preuve automatique. Sinon, la peine ne s’arrête jamais. Elle change seulement de forme : interdictions, soupçons, procès, pressions, annulations.

C’est une condamnation permanente, sans barreaux, mais avec beaucoup de formulaires.

Le jugement tombera le 17 septembre

Le tribunal rendra sa décision le 17 septembre 2026. D’ici là, la question reste entière : Dieudonné sera-t-il jugé pour ce qu’il a réellement dit, ou pour ce que ses adversaires estiment qu’il voulait dire ?

Parce qu’au fond, c’est bien cela qui dérange.

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