Gabriel de Lautrec : l’origine de la race des bassets

Humour

mise à jour le 27/11/21

Gabriel de Lautrec est un cousin du peintre Henri de Toulouse-Lautrec, mais il n'entretenait avec lui que des rapports distants. Disciple d'Alphonse Allais, il fut comme lui un franc rigolo. Parmi ses titres de gloire, il faut noter la fondation en 1930 de l'Académie de l'humour. Comme nul n'est parfait, il a été candidat (malheureux) à l'Académie française et a fini sa carrière illuminé par une belle Légion d'honneur à son revers. Il nous conte comment des éleveurs ont réussi à créer une race de chiens de chasse aptes à se faufiler sous les branchages débusquer lapins et souriceaux. Voici la fabuleuse histoire de la race des bassets.

Bassets

Depuis ma dernière invention d’une cage en verre, hermétiquement close, destinée à mettre les girouettes à l’abri des vents qui les tourmentent, j’ai vécu, cher monsieur, à la campagne, occupé de chasse et de chiens. – Je ne m’intéresse plus aux boulevards, où passent les réverbères deux par deux.
Ai-je besoin de vous apprendre que mes chiens sont des animaux merveilleux ? – Ne le dites pas à M. Alphonse Allais : je possède, entre autres, l’exemplaire unique de basset à jambes torses offert par le prince de Galles en seize cent soixante-seize à la municipalité de Paris. – Relisez dans Brantôme le récit des fêtes données à cette occasion.
Puisque nous parlons de bassets, ne trouvez-vous pas (permettez à un vieux professionnel la familiarité de l’expression) odieux et barbare le procédé actuellement usité chez les éleveurs pour la fabrication des bassets ?
C’est toujours le procédé traditionnel.
On prend des lévriers à très longues jambes et on les attache à la suite du dernier fourgon d’un train express.
Les jambes s’usent.
Au bout d’un certain nombre de kilomètres, variable selon les individus, les jambes ont la longueur désirable.
Permettez-moi de m’élever, en homme humain, contre la cruauté du procédé.
Tout d’abord, pourquoi ne pas prendre, au lieu de lévriers, des chiens à pattes moins longues ? Ils auraient moins à souffrir, car l’opération serait plus courte.
Quoi qu’il en soit, voilà le procédé antique ; un bon coup de poing sur le museau, pour finir, et le chien est transformé.
Eh bien, pourquoi n’installerait-on pas des pistes spéciales, où l’on ferait courir les chiens sur un sol de papier de verre ou d’émeri ?
L’usure des pattes serait incomparablement plus rapide ; le supplice serait donc plus court.
Je soumets mon idée, généreusement, et avec l’espoir qu’on la soutiendra, à la Société protectrice des animaux.
(Gabriel de Lautrec, in Le Rire, journal humoristique, troisième année, n° 129, samedi 24 avril 1897 ; repris avec quelques modifications sous le titre : « Les Chiens bassets, » dans Le Supplément, grand journal littéraire illustré, seizième année, n° 1505, 6 avril 1899. Gravure de Daniel Lerpinière, d’après Jan Fyt, 1799 ; lithographie anonyme, « Basset Hounds, » 1890)

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L'œil ouvert

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